Après sept ans et demi de lutte acharnée
Le jour du triomphe!
Les accords d’Évian n’étaient pas un cadeau, mais le juste aboutissement d’un rêve qu’on pensait très éloigné.

Les Algériens célèbrent, aujourd'hui, le 63e anniversaire des Accords d'Évian qui ont mis fin à la guerre de Libération nationale. Cette célébration intervient cette année dans un contexte particulier qui voit l'Algérie objet d'attaques inacceptables de l'extrême droite française. Mais ces attaques n'empêcheront pas la vérité historique d'un peuple qui a soutenu son élite du début à la fin. Un peuple qui a supporté les déportations, les tortures, les viols, les bombardements au napalm. Jusqu'à descendre dans la rue, mourir sous les balles de la police coloniale, un 11 décembre 1960 et noyé dans la Seine lors des manifestations d'octobre 1961 pour dire au monde que la Révolution algérienne est unique et mérite la victoire totale. Les Accords d'Évian sont également l'aboutissement triomphal d'une diplomatie née dans le feu de l'action révolutionnaire qui, en sept ans de lutte, a démontré à l'ensemble de la communauté internationale, la singularité du combat algérien qui surpasse les autres luttes anticoloniales. Les Algériens ont donné 1,5 million de martyrs pour reconquérir leur indépendance.
Au début du combat, personne ne parlait d'indépendance. Tous étaient prêts à mourir. La victoire ou la mort est un slogan qui sied parfaitement à la formidable épopée écrite par un peuple qui en a inspiré tant d'autres en Afrique, en Amérique latine et ailleurs. Les indépendances africaines portaient toutes l'empreinte de l'Algérie, jusqu'à celle de l'Afrique du Sud. «L'Algérie a fait de moi un homme», disait Nelson Mandela. Il avait amplement raison. Et ce n'est pas le seul à s'être inspiré du combat des moudjahidine. Les Accords d'Évian n'étaient pas un cadeau, mais un juste aboutissement d'un rêve qu'on pensait éloigné, mais que par la détermination de tout un peuple, est devenu une réalité palpable. Pourtant, qui y croyait lorsque l'Algérie était une colonie d'une importance capitale pour la France? Et bien, des hommes et des femmes qui ont conservé leur identité algérienne ont cru à l'impossible: faire dégager de toutes les terres algériennes la quatrième puissance mondiale qui, par la proximité géographique faisait sienne une Algérie qu'elle pensait avoir définitivement domptée. L'Empire colonial français a disparu avec sa défaite en Algérie.
Assis face à face dans un hôtel de la commune d'Évian, en Suisse, les délégations algériennes et françaises ont négocié d'égal à égal. La seconde avait l'armée et quelques colons à protéger. La première avait tout un peuple derrière, qui lui disait de ne laisser aucun centimètre carré aux occupants. L'équation n'était pas difficile à résoudre. Le président français, tout historique qu'il était, a abandonné la partie face à l'ingéniosité du diplomate Mohamed Seddik Benyahia. Victorieuse après plus de 7 années de guerre, l'Algérie n'en a pas moins respecté son ennemi d'hier. C'est ce qu'il faut retenir de l'esprit des Accords d'Évian. Outre qu'ils ont mis fin à la guerre, ils ont jeté les ponts de nouvelles relations entre les deux pays.
Il reste que le 19 mars a certainement une signification particulière, celle du compter sur soi pour développer le pays. «Les Algériennes et les Algériens d'aujourd'hui, héritiers de cette gloire et gardiens de cet héritage, poursuivent la construction de leur pays avec la même ardeur et détermination, fidèles aux principes et valeurs sacrées qu'ils ne braderont ni n'exploiteront jamais», affirme le président de la République dans son message à la nation à l'occasion de la Fête de la Victoire. Abdelmadjid Tebboune invite les Algériens à aller de l'avant en s'appuyant sur l'«esprit patriotique authentique», dans leur célébration de «la Fête de la Victoire, dans une Algérie triomphante». Le chef de l'État retient l'incontournable «fidélité absolue à nos vaillants martyrs», et évoque la «sincérité totale envers la confiance du grand peuple algérien, et un engagement indéfectible au service de notre patrie bien-aimée».
Le 19 mars, ce n'est donc pas seulement la fin d'une guerre, mais aussi le début d'un autre combat. 63 années plus tard, ces nouvelles luttes, celles du développement et pour la prospérité du pays sont plus que jamais engagées.