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Bouira

Du marché de proximité aux caravanes mobiles

Nous entrons dans un marché, les yeux fortement impressionnés par les couleurs des légumes et fruits frais et les oreilles bourdonnantes des voix de gens faisant leurs courses.

Lorsqu’en 2009, on avait ordonné aux commerçants installés au marché de Bouira, compris entre l’entrepôt de Cevital et l’ancienne gare routière, de quitter ces lieux pour le marché couvert à côté des locaux et hangars de la Ccls, ces derniers, se sentant lésés, avaient poussé des cris d’orfraie. Cela leur paraissait alors une si mauvaise affaire que certains avaient menacé de quitter le métier, d’autres de saisir la justice, d’autres encore de manifester. Puis, de guerre las, ils avaient fini par accepter : il valait mieux être dans un marché clos que dans une rue en proie à la chaleur, au froid et aux descentes fréquentes de la police qui n’est pas tendre avec ceux qui travaillent au noir. Certains ont, aujourd’hui, quarante ans et plus dans ce métier et tous se déclarent satisfaits de leur sort.
Notre déplacement, ce matin, au marché couvert en période ramadhanesque n’est pas sans obéir à quelque mobile secret : qui sait si, au milieu cet amoncellement de fruits et de légumes, de cet entassement de viandes, d’œufs et de poissons ne se love quelque gentil scoop, ne se blottit, parmi les conversations et des rires une petite histoire susceptible de sortir le lecteur de sa torpeur et de l’égayer un moment ?

Des produits pour toutes les bourses
Nous nous sommes accordé une courte halte devant la grande porte droite taillée en arcade. Celle de gauche de mêmes dimensions et de même forme nous permettra, le moment venu, d’en sortir. Quand en viendra l’heure, nous aurons fait à peu près le tour du marché. Nous disons à peu près en connaissance de cause. Le marché en question qui a deux entrées, distantes d’une vingtaine de pas l’une de l’autre, a deux sorties à l’autre bout. Le toit en tôle ondulée est haut, mais les passages, entre les étals, sont assez étroits, et coupent ce grand espace rectangulaire en autant d’îlots. On y circule avec peine. À plus forte raison si l’on porte un panier chargé. Mais la bonne humeur règne et les marchands, tout en faisant la publicité de leurs produits, peuvent vous sourire et même bavarder un instant avec vous. Dehors, à l’entrée comme à la sortie, des étals sont dressés sans souci de la pluie ou de la chaleur.
Sur le fronton de la bâtisse, comme en guise de bienvenue, il y est écrit : marché de proximité. Et soudain, gagnés par la gaieté générale en cette journée printanière, nous nous surprenons à sourire: proximité avec quoi ? La Ccls est derrière, séparée par un haut mur, et la gare routière est à quelques deux cents mètres. Au reste, à moitié désaffectée. Ceux qui viennent de la ville arrivent par la rue qui file vers l’ancienne cité Aïnouche rasée, après le relogement de ses habitants, ou par le chemin tout en marches qui relie de ce côté la ville à l’ancienne gare routière. En vérité ceux qui viennent faire leur course ont le choix de prendre les bus qui desservent les lignes vers les 140 Logements ou Belmahdi, au nord de la ville. Ceux de l’Ecotec, à l’ouest, ont les bus ou fourgons qui desservent les villages de Aïn Turk, Enessis, Saïd Abid ou Aïn El Hadjar. Cela n’empêche pas le marché couvert d’être bien achalandé en temps ordinaire. À la faveur du programme mis en place par les autorités pour passer un bon Ramadhan, son approvisionnement a explosé. Une banderole qu’aucun souffle de vent n’agite permet à Carravic de faire la promotion de son produit carné «La saveur du poulet avec Carravic.»
Nous nous arrêtons un moment devant l’entrée. À gauche l’étal d’Ishak, un jeune de 16 ans qui a quitté l’école dès la première année moyenne pour aider son père à nourrir la famille. La botte de persil et de céleri à 30 DA s’avérant peu rentable, d’autant plus qu’il l’achète lui-même pour la revendre, il y a ajouté l’épinard… L’épinard qui, jeté en brassées sur l’étal, forme une meule qui se voit de loin. De l’autre côté de l’entrée est l’étal de Mohamed qui, en même temps qu’il a divorcé de sa femme a quitté Alger pour s’installer à Bouira. Lui aussi vend ces plantes aromatiques que nous désignons poétiquement chez nous par le vocable «les herbes ». Il n’y a pas de concurrence entre lui, Ishak et Rabah, le frère de ce dernier, installé à l’intérieur, juste après le seuil. Il est nouvellement marié et vit seul avec sa jeune épouse. La vie est dure. Comme « les herbes » ne payent pas, il sort son diplôme de peintre pour avoir du travail. Ce sont deux métiers qu’il associe pour gagner sa vie. Mohamed ne s’en plaint pas. Ce qu’il tire de la vente de ses produits aromatiques semble suffire. « Quand un client réclame du céleri, du persil où de l’épinard, et que je n’en ai plus, je vais en prendre chez Rabah ou Ishak, ou un autre pour le satisfaire. Il y a une telle camaraderie entre nous que nous avons le sentiment d’être une seule et même famille », affirme-t-il. C’est un fait admis par nos trois interlocuteurs. Rabah trouve cher la pomme de terre et la tomate à 100 DA, les piments et les poivrons à 150 et 190 DA, le haricot vert et les petits pois à 250 DA et plus. Mohamed rétorque : on n’est pas obligé d’acheter des produits de qualité. Il y en a de moins cher. Et il cite en exemple la tomate et la pomme de terre à 90 DA et même moins, l’orange à 110 DA, au lieu de 140 DA, etc.
Vérification auprès des étals, une fois à l’intérieur : les prix des fruits et des légumes n’ont pas augmenté. Ils seraient mêmes moins chers que l’année dernière, selon Saliha de Mobilis qui vient faire ses commissions quotidiennement. Avis partagé par sa collègue. Hamid, débordé par la demande, répond à peine à nos questions. Un peu plus loin, un étal attire notre attention : un étal à fruits. Son propriétaire commente : « Si les oranges sont à 130 DA, si la pomme est à 500 DA, c’est que certains qui aiment le luxe ne veulent pas de produits de moindre qualité, mais de qualité supérieure.» Et montrant ces cagettes pleines : « Je fais ce travail depuis que j’avais dix ans. On nous reproche souvent de faire des gains colossaux. On ne regarde jamais les pertes que nous faisons. Cette année, j’ai perdu 1,5 million de centimes. » Et le doigt accusateur pointé vers les oranges : « Elles pourrissaient à vue d’œil, s’écriait-il. J’en jetais des cagettes entières. » « Tenez, la banane, par exemple, poursuit notre marchand, indigné ». Elle se vendait entre 120 et 130 DA. La voilà qui s’envole pour atteindre les 700 DA. Les contrôleurs croyaient que c’étaient nous les responsables de cette envolée. Mais non, ce n’est pas nous, ce sont les grossistes. À Rovigo, où nous allons nous approvisionner, même à ce prix, on ne la trouve plus. Elle a fini par disparaître tout à fait. »

En passant par la Ccls
Au marché couvert, la partie inférieure, celle par laquelle on entre par la gauche et on en sort par la droite, ou vice versa, si on veut faire le tour du marché, est réservée presque exclusivement à la boucherie. Plus d’une quinzaine de locaux s’alignant des deux côtés du couloir. Les prix varient selon les pièces exposées, qu’il s’agisse de la viande de mouton, de veau, de dinde ou de poulet. Et personne n’a l’air de se plaindre.
Au stand de Carravic, les longues et légendaires files qui se formaient l’année dernière devant le guichet, entraînant de la part de ceux qui les formaient, cris de protestation et bousculade, ont disparu cette année sans qu’on en sache la raison. Réduits à la conjecture, pouvons-nous tout au plus émettre l’idée que les cinq points de vente ouverts pour la seule ville de Bouira, ont réussi faire tomber complètement la tension sur ce produit qu’est la viande blanche. À moins que le fait qu’elle soit congelée n’y soit pour quelque chose…
Notre tournée achevée nous quittons le marché, les yeux fortement impressionnés par les couleurs des légumes et fruits frais et les oreilles bourdonnantes de voix de gens faisant leurs courses. Rentrer? Sans un saut à la coopérative des céréales et des légumes secs ? Elle a ses bureaux juste à côté. Et elle aussi est impliquée par ses produits dans le dispositif installé par les autorités locales à l’occasion du Ramadhan. La conversation qui s’engage avec le nouveau directeur, Amenas Morsli, roule un moment sur ce programme dont l’objectif est que le citoyen n’ait pas à avoir à quitter son village pour faire ses provisions. Et pour cause ! Les localités que leur éloignement tient un peu à l’écart des marchés de proximité installés à l’occasion du mois sacré et qui sont approvisionnés en conséquence, ne sont pas oubliées dans ce programme. Trois caravanes mobiles vont chaque jour leur apporter tout ce dont ils ont besoin. Ce sont les propres déclarations du nouveau responsable de la coopérative. Ces trois caravanes, transportant des denrées de première nécessité, viennent donc renforcer le dispositif mis en place par la wilaya à l’occasion du Ramadhan sous forme de marché de proximité, à raison d’un dans chaque daïra. Interrogé sur les prix des produits que l’on trouve sur ces marchés, le responsable de cette coopérative assure qu’ils restent abordables. Concernant les légumes secs, pour le seul mois de Ramadhan, alors qu’on n’est qu’à la mi-temps, la Ccls (coopérative des céréales et des légumes secs) a vendu 20 quintaux de riz, de haricot, de pois chiches, de pois cassés et de lentilles. Des légumes secs au mois de Ramadhan ? Notre étonnement n’a pas échappé à notre interlocuteur : au prix où ils sont vendus, ces produits, s’ils ne sont pas consommés immédiatement, serviront après le mois sacré.
D’ailleurs, les prix fixés pendant le Ramadhan ne changeront pas après. Les citoyens pourront toujours les trouver dans les marchés de proximité.
Ainsi, selon les données fournies par ce responsable, la Ccls, via les marchés de proximité et ses trois caravanes mobiles, a pu écouler, en ce mois béni, 600 kg de haricot, 623 kg de lentilles rouges (Garrido), 299 kg de pois cassés et 4360 kg de pois chiches.
De son côté Carravic, en ramenant la viande de poulet de 350 à 330 DA pour le mois de Ramadhan, en multipliant partout ses points de vente à travers la wilaya, et en ouvrant dès 8h30 pour ne fermer qu’à 16 h, y compris le vendredi, pense, avec cette façon de travailler offrir ainsi son meilleur service au citoyen.

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