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LE MAGHREB DE L'ÉDUCATION

Les tartufferies du francophobe

La haine qui a eu pour première victime Mostefa Lacheraf, à la fin des années 1970, revient en force, ces deux dernières années.

Le Maroc, l'Algérie et la Tunisie connaissent le même dilemme qui déstabilise leur système éducatif (scolaire et universitaire). Il s'agit d'un drame shakespearien: enseigner ou ne pas enseigner en arabe. Un drame d'ordre linguistique; nullement religieux ou culturel, les trois pays étant musulmans depuis de nombreux siècles.
Au lendemain des indépendances, sous la poussée des forces conservatrices brandissant la bannière du nationalisme panarabe des années 1960/70, les décideurs politiques sacrifièrent le bon sens et le pragmatisme pédagogiques sur l'autel du chauvinisme idéologique. A ce jeu, notre pays avait pris de vitesse ses voisins du Maghreb.Nos gardiens du temple firent de la francophobie populiste leur leitmotiv et se lancèrent dans une opération dite d'algérianisation de l'école. Des décennies plus tard, le Maroc sera le premier à évaluer les dégâts d'une récolte de fruits amers. Au mois de février 2016, le ministre de l'Education du royaume, Rachid Benmokhtar, a élaboré un plan de sauvetage du système éducatif marocain. Il avait l'appui du roi et un Conseil des ministres a entériné sa proposition. Le parti majoritaire, avec à sa tête le chef du gouvernement, Benkirane, a crié alors au scandale, au reniement, à la trahison. Mais rien n'y fit. La réalité est là qui montre l'étendue des dégâts engendrés par les décisions populistes et hypocrites des décennies durant. La société marocaine s'est scindée en deux sur le plan culturel: aux enfants de riches et de politiciens, la langue du pouvoir, le français et aux enfants des bidonvilles et des quartiers populaires, les classes et les filières arabisées menant au déclassement social, faute de débouchés valorisants. Le chômage en somme! Comme argument-massue, la démarche du ministre marocain s'appuie sur l'exemple des monarchies du Golfe que l'on ne peut soupçonner d'être anti-arabes. En effet, ces riches pays font fi des considérations idéologiques archaïques quand il s'agit de promouvoir leurs finances. Ainsi, ils empruntent à leur ancien colonisateur, l'Angleterre, ce qui fait sa force: le pragmatisme anglo-saxon. De la sorte, sans rougir de honte et en toute bonne conscience, le roi et les émirs ont fait de l'anglais, la langue d'enseignement du préscolaire à l'université. Seule l'éducation islamique est enseignée en arabe et la langue arabe devient discipline enseignée. Il y a lieu de signaler que les enfants de certains pays étrangers - y compris algériens - n'ont pas accès aux universités académiques enseignant en anglais. Pour poursuivre leurs études universitaires, ils n'ont qu'un seul choix: l'université de théologie islamique. Comme nous le confirme ce cadre algérien travaillant à Riyadh, obligé d'envoyer ses enfants poursuivre leurs études universitaires en Malaisie. Et depuis quelques années, la haute société des pays du Golfe s'entiche d'un «must» qui, chez nous, est monnaie courante: la langue de Voltaire. Et à Doha, le plus couru des établissements scolaires est le lycée français qui porte le nom de l'illustre philosophe. Au point où les autorités de l'Emirat s'empressent de programmer d'autres établissements enseignant en français. A Dubaï (Emirats arabes unis) c'est carrément la Sorbonne parisienne qui débarque, avec une annexe ouverte aux enfants de l'élite sociale et politique. Revenons à la révolution scolaire marocaine. Le ministre R.Benmokhtar a planifié son projet sur quinze ans: le temps d'une scolarité, plus deux années de préparation (encadrement, programmes, méthodes..). Quelle est donc cette recette jugée maléfique par ses détracteurs du bord ultraconservateurs? Il s'agit de faire du jeune Marocain un parfait trilingue à la fin de ses études secondaires. Le français redevient langue des disciplines scientifiques et technologiques et sera enseigné dès la première année du primaire et l'anglais à la fin de ce même cycle.

Quid de l'Algérie?
Installée par le président Abdelaziz Bouteflika, en 2001, la Commission nationale de la réforme du système éducatif (Cnrse) recommandait dans son rapport remis en 2002, quasiment les mêmes mesures prises par le Maroc en 2016. A croire que le ministre du Royaume chérifien avait eu vent du contenu du rapport. Nous étions donc en avance de 14 ans, soit le temps d'une scolarité entière, suffisante pour remonter la pente. Eh bien, quatorze ans après, le bilan est peu reluisant dans la maîtrise des langues, y compris l'arabe, ou des disciplines scientifiques. Les perfor-mances de nos élèves bacheliers (l'élite scolaire) ont baissé comparativement à leurs aînés d'avant 2000. Que nous est-il arrivé pour mériter un tel sort?

Les tartufferies
Une personne honnie par son entourage applique dans son comportement le dicton populaire: «Fais ce que je te dis, ne fais pas ce que je fais.» Ce dicton a trouvé en Algérie un terrain fertile pour fleurir à foison. Depuis l'indépendance en 1962, sans discontinuer jusqu'à cette année 2016, des personnes politiques et des hommes de «culture et des médias» font de cet adage leur pain quotidien. Ainsi, ils ont été jusqu'à déclarer indésirable l'enseignement de la langue française, «langue du colon et des infidèles». Ils ont conditionné le bon peuple à se rallier à cette idée. Les enfants des classes pauvres, des régions déshéritées ne doivent pas apprendre cette langue des mécréants. Cette pratique sera mise en oeuvre, à une très large échelle, dès la fin des années 1970. Parallèlement, eux, envoient leurs enfants d'abord, dans les classes bilingues (années 1960/80), les classes dites normales (complètement arabisées) accueillaient les enfants du «chaâb»(le peuple), puis au lycée Descartes (actuel Bouaâmama) dans les années 1990, et depuis, l'année 2000 dans les écoles privées et au lycée français de Ben -Aknoun. Résultats des courses: de nos jours, les filières universitaires arabisées accueillent les bacheliers socialement déclassés, les fils et filles des pauvres. Quant à ces soi-disant «anti-langue française», ils placent leurs enfants - quand ils réussissent dans les études - dans les filières francisées (médecine, pharmacie, architecture, agronomie, ingéniorat, informatique..). Un apartheid linguistique qui ne dit pas son nom. Un fléau sournois dans son évolution qui finit, par petites touches, à gangrener la société. Pas seulement en Algérie. Nos voisins marocains et tunisiens en sont également touchés. Dans ces deux pays, les établissements scolaires totalement francisés se multiplient d'année en année, au grand bonheur des enfants de riches.
Cette configuration universitaire (filières arabisées et filières francophones) est identique dans ces trois pays. Une coupure linguistico-culturelle qui a fini par produire une société bicéphale: monolingue en arabe, d'un côté et bilingue (arabe/français), de l'autre. De quoi nourrir les fantasmes idéologiques les plus radicalistes. A la clé, le chômage garanti aux sortants des filières arabisées, aux autres les postes de travail enviés qui assurent le pouvoir politique et celui de l'argent. Cette école et cette université à deux vitesses n'avait pas été la conséquence logique et historique d'une stratification de la société maghrébine en classes sociales, mais bien le produit d'une hypocrisie élevée en dogme politique et culturel.Pour donner un vernis de crédibilité à leur discours anti-langue française, les conservateurs des trois pays du Maghreb ne proposent ni plus ni moins que de remplacer le français par l'anglais. Comme si l'Angleterre n'a pas été une puissance coloniale aussi brutale que la France. Une mesure qui aurait été suicidaire, tant elle fait violence aux réalités sociolinguistiques de ces trois pays.D'ailleurs, l'Algérie est allée plus loin dans cette idée. En effet, un référendum scolaire fut organisé en 1991. Ses initiateurs demandèrent aux parents de choisir pour leurs enfants au primaire, entre l'anglais et le français. Une première dans les annales de la pédagogie universelle! Le tapage publicitaire fait autour de la langue de Shakespeare avait eu un écho favorable dans certains quartiers populaires des grandes villes où des parents, souvent analphabètes,avaient «mordu à l'hameçon». L'expérience ne dura que deux ans, se soldant par un cuisant échec. Et dire que des plumes de la jeune génération reviennent à la charge, un quart de siècle plus tard pour revendiquer la pertinence de «ce suicide pédagogique»!

Une question de bon sens
Comment se fait-il qu'après 13 ans d'apprentissage de la langue arabe, 11 ans d'apprentissage du français et 7 ans d'anglais, le bachelier algérien arrive à l'université avec de grosses lacunes dans ces trois langues? C'est d'ailleurs le constat fait par le président Abdelaziz Bouteflika en 2004 dans un discours fait à l'occasion de l'ouverture de l'année judiciaire («nos diplômés en sciences sociales ne maîtrisent ni l'arabe ni le français»). Que dire alors de ceux qui n'ont pas eu leur bac? Cette non-maîtrise n'est pas imputable à ces étudiants ou à ces élèves: ils ne sont que les victimes d'un système. Au lieu de se pencher avec rigueur sur les méthodes d'enseignement et la formation des enseignants de toutes les langues enseignées en Algérie, ces anglophiles insolites - incapables d'aligner une phrase en anglais, encore moins d'écrire en graphie latine - préfèrent maintenir l'opacité idéologique. La preuve de cette opacité nous est donnée par leur silence sidéral, depuis des décennies, devant l'exclusion du référent culturel algérien et maghrébin des manuels scolaires. Exit de la mémoire collective et de l'imaginaire de nos enfants l'oeuvre et le nom de Assia Djebar, A.Benhadouga et tous les autres auteurs algériens et maghrébins. En 2015, lors d'une réunion de travail conjointe, la ministre de l'Education et son homologue de la Culture ont décidé de mettre fin à ce déni identitaire. L'urgence est signalée à très haut lieu de la nécessité de promouvoir les auteurs algériens et maghrébins dans la littérature dispensée dans les établissements scolaires. Il était temps! Mais la partie est loin d'être gagnée face aux vigiles de l'immobilisme. La haine qui a eu pour première victime Mostefa Lacheraf, à la fin des années 1970, revient en force, ces deux dernières années. Elle carbure à longueur d'écrans télévisés et de pages de journaux. Ses géniteurs caressent l'espoir de voir notre pays dépouillé définitivement de son génie créateur qui s'est toujours exprimé dans les trois langues vivantes ancrées au sein de la société: l'arabe, le tamazight et le français. Si le pragmatisme politique ainsi que le respect des normes scientifiques et pédagogiques avaient existé, plus particulièrement vers la fin des années 1970, les élèves algériens et les futurs adultes qu'ils sont devenus, seraient maintenant de parfaits trilingues, voire quadrilingues. Ne dit - on pas que les habitants du Maghreb sont polyglottes de naissance? Et l'Algérie a les possibilités d'atteindre cet objectif. Il nous faut, seulement nous éloigner du discours hypocrite producteur d'une école et d'une université à deux vitesses qui nous rappellent la société des «deux collèges» de la France coloniale. Finissons-en avec la marginalisation linguistique des «fils et filles du pauvre» qu'on a voulu éloigner de la langue française pour mieux les asservir dans des postes de subalternes. Leurs aînés des décennies 1962/70, voire 1980 - encore plus pauvres qu'eux - ont eu plus de chance avec une politique scolaire plus objective et mieux encadrée. Ils ont fini par devenir des cadres de valeur internationale. La nouvelle Constitution du pays nous offre une belle opportunité pour mettre fin à ce fléau qui consume les coeurs et les consciences de certains concitoyens: l'intégrisme culturel. Le monde civilisé auquel le peuple algérien souhaite appartenir fonce tout droit vers le village planétaire. Un monde humanisé où s'exercera la valeur cardinale du «vivre-ensemble» et où cohabiteront en bonne intelligence, les langues, les religions et les cultures. L'Algérie va-t-elle rater ce rendez-vous proche? Nos enfants et petits-enfants ne nous le pardonneront pas. Ce serait trahir le rêve des martyrs de notre glorieuse Révolution de 1954 qui - ne l'oublions pas - n'était pas sectariste mais universelle dans sa symbolique et sa philosophie.
La preuve nous est fournie par les nombreux militants FLN/ALN de confession chrétienne, juive et/ou athés qui ont donné leur vie pour une Algérie libre et indépendante.

TRIBUNE DES PARENTS
De Mme Zohra (PES - Bordj Bou Arréridj)

Merci pour le souffle d'air frais que m'apporte votre rubrique sur l'éducation. Votre constat est terriblement réel. Mais que faire de ces enseignants mal recrutés et pas formés qui, par milliers, sont déjà sur le terrain? Beaucoup parmi eux démissionnent moralement juste après la confirmation au poste! Je suis désolée, mais dans l'état de colère dans lequel je me retrouve je propose leur licenciement, purement et simplement.

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