Musée du moudjahid
La bataille d’Aït Khelili revisitée
Un grand sacrifice pour protéger les hauts responsables de la Révolution.

Le musée du Moudjahid de la ville de Tizi Ouzou a commémoré, ce samedi, la bataille d'Aït Khelili connue pour avoir servi à protéger les responsables de la Révolution, dont Krim Belkacem qui tenait une réunion regroupant plusieurs membres du commandement de l'armée de Libération nationale (ALN). Des témoignages très précieux ont été donnés par des moudjahidine qui ont pris part à cette bataille qui s'était déroulée au village Maouya les 22 et 23 mars 1957. Les maquisards se sont accrochés avec les forces coloniales déployées après avoir eu vent de la présence dans cette zone de la Wilaya III historique, de plusieurs hauts responsables du commandement de la Révolution.
La bataille est restée dans la mémoire collective parce qu'elle était une forme de sacrifice des moudjahidine pour protéger les responsables du Haut commandement de la Révolution. Les accrochages avec les soldats de l'armée coloniale devaient en effet servir à couvrir ces responsables et leur donner le temps de sortir de l'encerclement. Selon les témoignages, les responsables présents à la réunion tenue la veille de la bataille, le 21 mars, étaient Mohammedi Saïd, le lieutenant Si Kaci, Abderrahmane Mira, ainsi que plusieurs responsables de la coordination, des responsables politiques et des responsables militaires de la Révolution dans la Wilaya III historique. La réunion s'est, pour rappel, déroulée dans une cave de la maison d'une moudjahida. D'une superficie de 1,5m2, le lieu aurait contenu environ une quinzaine de personnes, selon les témoignages.
Ayant eu vent de cette réunion et de la présence de hauts responsables de l'ALN, l'armée coloniale a mobilisé plus de vingt mille soldats équipés d'armes lourdes et renforcé des contingents d'Azazga, Aïn El Hammam et Larbaâ Nath Irathen. Après avoir encerclé la zone, les militaires français ont avancé pour resserrer l'étau sur les présents à la réunion. Mais ce sera compter sans la bravoure et le sens du sacrifice des maquisards mobilisés pour les protéger. Des accrochages se sont multipliés dans plusieurs endroits en plus de la plus importante bataille, au village Oumalou, le 21 mars pour arrêter l'avancée des contingents militaires français.
La bataille d'Aït Khelili et celles qui se sont déroulées dans le même contexte, à savoir protéger les présents à la réunion des hauts responsables de l'ALN, a effectivement permis à ces derniers de quitter la zone encerclée grâce au sacrifice de 140 martyrs entre moudjahidine, moussebline et simples villageois tombés au champ d'honneur entre les 22 et 23 mars 1957. Les pertes de l'armée française, affirme le même témoin, ne devaient pas être moindres au vu du nombre d'hélicoptères observés en train de transporter les blessés et les morts. Parmi les martyrs, on dénombrait le lieutenant Si Kaci Iheddaden, Farez Ali, Chenoun Mokrane, Ounar Slimane appelé Slimane Oumouh, Sidi Mammar Hocine appelé «Lkoupter» puisqu'il était chargé des télécommunications, ainsi que son assistant Si Rachid.
Enfin, il y a lieu de souligner le témoignage relatant la mise en place par Amirouche Aït Hammouda d'un commando spécialisé dans la protection des hauts responsables de la Révolution. Composée de quinze éléments, généralement des anciens de la guerre d'Indochine et maîtrisant les arts de combat, des démineurs et autres tireurs d'élite, ces unités, connues sous l'appellation des «commandos de la mort» étaient aux avant-postes dans l'accompagnement, entre autres missions, des hauts responsables dans leurs déplacements, sachant que ces derniers étaient aussi dotés d'unités de protection connues. L'une de ses missions était d'ailleurs d'accompagner Krim Belkacem, Youcef Benkhedda jusqu'aux frontières tunisiennes sans que ces derniers ne soient au courant de leur présence aux avant-postes de leur chemin, ajoute le témoin. Les deux responsables qui avaient perdu, en route, cinq des éléments de leur unité de protection, entendaient toujours des coups de feu sans connaître l'origine des tireurs qui étaient aux avant-postes pour les protéger. Les deux responsables n'étaient pas au courant de la présence de cette section qui les avait rejoints, précise le témoin, à Mezguen non loin du périmètre de la bataille d'Aït Khelili qui se déroulait toujours. Ils ne seront informés de la présence de ces «commandos de la mort» travaillant sous les ordres d'Aït Hammouda qu'une fois arrivés en Tunisie.