Béjaïa
Une quinzaine sereine et conviviale
Entre les déboires des après-midi et l’animation nocturne, les jours du Ramadhan s’écoulent en douce à Béjaïa.

À l'instar des citoyens de toutes les régions du pays, les habitants de Béjaïa bouclent la première quinzaine du mois sacré dans la sérénité, même si les fins de journées sont à éviter. Hier, le mois sacré était à son quinzième jour. L'habitude s'est installée et les réflexes du Ramadhan ont réapparu au fil des jours. Les consommateurs s'y sont adaptés pour mieux gérer le temps qui semble ne plus avoir d'intérêt, sauf celui de le faire passer au plus vite. Les plus malins ont trouvé l'astuce. On se lève tôt chaque jour pour faire ses emplettes et autres affaires administratives et on rentre vite chez-soi. L'après-midi, la ville renoue avec les arrêts anarchiques des automobilistes devant les boutiques, les bouchons en plein centre-ville, des rixes que rien ne justifie et les chaînes devant les vendeurs de zalabia, du lait et de pain. Des denrées qui donnent l'impression de n'exister que durant le mois sacré. Des chaînes interminables pour obtenir quelques sachets de lait. Au-delà de deux, on vous sert plus. Sur les routes, les carrefours, le caractère nerveux purement méditerranéen des Algériens donnent lieu à des scènes que beaucoup trouvent amusantes et que d'autres fuient. Les plus malins ne s'aventurent plus dans la rue à partir de 15 h. Le manque de sommeil, l'hypoglycémie et, surtout, la ruée sur certains produits suscitent cette nervosité permanente du mois de Ramadhan. La journée d'un jeûneur se passe comme ça dans la majorité des cas. L'après-midi passé, l'heure de la rupture du jeûne approche. Les retardataires s'affolent comme s'il s'agit d'un rendez-vous à ne surtout pas rater. Puis, d'un seul coup, on n'entend plus que l'appel à la prière. Le calme s'installe et les rues se vident. Le rendez-vous que tout le monde attendait des heures durant est là. On en profite. Ce n'est qu'une demi-heure plus tard que les rues commencent à s'animer. C'est alors qu'une toute autre ambiance prend forme. Les cafés s'emplissent et les rues s'animent. Chacun a ses loisirs. Entre ceux qui choisissent les prières de Tarawih et ceux qui se donnent rendez-vous pour des soirées festives, l'ambiance nocturne s'installe un peu partout. À la grande joie des citoyens, la morosité totale, qui a caractérisé le mois précédent, s'est transformée en une ambiance des plus enviables. Chaque soir que Dieu fait, un programme culturel varié est présenté au public local qui ne demande pas mieux. Passer une soirée dans une ambiance de fête est désormais possible dans différentes localités de Béjaïa. Et une fois n'est pas coutume, toutes les structures culturelles ont été mises de la partie pour le bonheur d'une population qui n'en demande pas plus. La Maison de la culture de Béjaïa ne désemplit plus. Le programme tracé pour ce mois de Ramadhan est du goût du public qui témoigne son empressement devant l'entrée de l'édifice dès la rupture du jeûne. Un vibrant hommage y a été rendu aux pionniers de la chanson kabyle, en l'occurrence Akli Athwaghlis. La même situation singularise de Théâtre régional de Béjaïa où galas et pièces théâtrales pour adultes et enfants s'enchaînent. Depuis le début du mois sacré, les institutions publiques et privées de Béjaïa ont accueilli toute une pléiade d'artistes de renommée.
Chaque gala est en soi une fête de par la qualité des artistes mais aussi du public visiblement assoiffé de ce genre de rencontre. Incontestablement, et pour la deuxième année consécutive, le groupe Atlantis vole la vedette aux institutions culturelles publiques, en programmant de nombreuses vedettes de la chanson kabyle et algérienne. Comme chaque mois sacré, la solidarité est au rendez-vous. Les 35 restaurants Rahma autorisés font le bonheur des démunis, travailleurs et autres routiers. L'hôtel Aurès du groupe Atlantis, filiale de la laiterie Soummam, propose des repas gratuits à l'occasion du mois de Ramadhan. À Béjaïa, on croit fermement en l'importance de la solidarité et du partage. À Aokas, de nombreux opérateurs économiques, à leur tête Farid Zizi, ont lancé un restaurant ouvert à toutes les personnes, en famille, entre amis ou simplement à la recherche d'un endroit accueillant pour rompre le jeûne. Le Croissant-Rouge algérien (CRA) n'a pas dérogé à la règle avec ses nombreux restos ouverts au profit de voyageurs, démunis et travailleurs sans distinction. Bref, la capitale de la Soummam a véritablement renoué avec son ambiance et sa solidarité d'antan. De nombreux visiteurs s'y rendent pour échapper à la morosité d'ailleurs. Un tableau qui résume le caractère joyeux, solidaire d'une région qui a tant donné au pays.