L’Arcom aux abonnés absents
L’acharnement bestial de l’extrême droite fait penser à la Radio-Mille Collines au Rwanda.

Le paysage audiovisuel français est en roue libre ces dernières années. Après la diabolisation des scientifiques qui n'adhéraient pas à la vision de la doxa dominante sur la gestion de la pandémie du Covid-19, c'était au tour de toute voix discordante dans le conflit russo-ukrainien de faire les frais de la marginalisation médiatique. Un troisième thème est venu, ces derniers mois, enflammer les plateaux de télévision. Pas un jour ne passe sans que toutes ces télévisions, mais aussi des radios et des magazines, n'abordent l'Algérie en mal. Les mensonges y sont légion. Les animateurs ne potassent même pas leur sujet. Le seul souci est de trouver le politicien prêt à déverser sa haine sur l'Algérie. Ces trois étapes par lesquelles est passé le Paysage audiovisuel français (PAF) traduisent la grande déchéance d'un système médiatique privé qui pourrit par la tête. La mise au pas du PAF était plus que flagrante dans le traitement de ces trois grands faits de l'actualité. Pourtant, la France est censée respecter la liberté d'expression. Ce pays s'est doté d'un organisme dont la mission est justement de protéger la diversité des opinions.
Les rares interventions de cet organisme, gendarme de l'audiovisuel (Arcom), ont été symboliques. Trop de chahut est fait autour de chaque décision pour qu'au final rien ne change. Les amendes infligées à certains animateurs passaient sans aucune incidence sur les lignes éditoriales. Les propriétaires payaient sans rechigner. C'est de la petite monnaie pour ces oligarques. De fait, ce gendarme n'a, pour ainsi dire, aucun vrai pouvoir de coercition. Cette nouvelle réalité du PAF, depuis qu'une poignée de richissimes hommes d'affaires contrôlent les télévisions privées, a empoisonné l'atmosphère sociale et politique du pays. Pour le cas des attaques contre l'Algérie, les dégâts sont certainement plus graves que ce que provoque la manipulation de l'information dans le dossier ukrainien.
Devant la déferlante de haine contre les Algériens, leur histoire, leur Révolution, à aucun moment l'Arcom n'a estimé nécessaire de s'autosaisir pour sanctionner de très graves dérapages constatés sur les plateaux.
Les hommes de médias et juristes qui composent cet organisme ont laissé faire des émissions plus que déséquilibrées dans la composition des intervenants. Il est d'ailleurs cruellement visible de constater qu'un seul intervenant défendant la thèse algérienne est généralement entouré par une meute de chroniqueurs et d'«experts» chargés de l'empêcher de s'exprimer librement. Les plateaux de CNews, chapeautée par Pascal Prod et Sud Radio, conduits par Jacques Bourin, pour ne citer que les plus virulents, ont la parole décomplexée jusqu'à réclamer la déchéance de nationalité de Franco-Algériens, voire de Français qui s'aventurent à dire leurs quatre vérités aux racistes de France.
L'extraordinaire violence verbale et les mensonges historiques proférés sur ces plateaux ne font l'objet d'aucune saisine ou autosaisine de l'Arcom.
À voir l'acharnement bestial dont font montre les voix de l'extrême droite française, l'on n'est pas loin de la fameuse Radio-Mille Collines, dont les propos haineux et racistes avaient précédé le génocide des Tutsis au Rwanda. La comparaison est peut-être un peu forcée, mais lorsqu'on appelle à brûler l'ambassade d'Algérie à Paris et que personne ne branche...