Malgré les derniers tiraillements de l’extrême droite
Alger-Paris : la tendance est à l’accalmie
Le président de la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale française propose de se rendre en Algérie pour discuter avec ses homologues parlementaires.

Les signaux envoyés par les présidents Tebboune et Macron ont été entendus. Leur détermination à faire valoir leurs prérogatives dans la gestion de la relation entre les deux pays a eu un effet presque immédiat.
Le discours officiel français reprend des accents diplomatiques. C'est ce qui transparaît des déclarations du président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, Bruno Fuchs. Dans un entretien accordé au quotidien national El Khabar, le parlementaire désavoue le ministre français de l'Intérieur et soutient que Retailleau fait fausse route avec l'Algérie. «Limiter notre relation aux expulsions et aux tensions migratoires est une erreur», affirme le député de centre-droit, élu sur la liste du MoDem, parti du Premier ministre, François Bayrou. À ce titre, Bruno Fuchs représente une tendance au sein de l'exécutif qui, visiblement, opte pour la désescalade. Ce qui renforce l'isolement du ministre de l'Intérieur dans la configuration politique du gouvernement. Le parlementaire explique son propos en affirmant que «dès que l'on entre dans une surenchère politique (...) on passe à côté du potentiel immense de cette relation» algéro-française. En cela, Retailleau traîne de fait l'image du destructeur d'un immense potentiel. Et Bruno Fuchs d'asséner: «Une politique d'escalade ne sert ni l'Algérie ni la France. À l'inverse, tout nous pousse à bâtir ensemble des projets d'avenir.» Le propos est audible au sein de l'hémicycle et traverse également la Méditerranée. Alger est certainement réceptrice de déclarations d'apaisement, émanant du président de la Commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationale, qui se trouve être un cadre du mouvement politique du Premier ministre. Il n'y a pas de hasard en politique, mais des messages précis. En l'espèce, celui de Bruno Fuchs est transmis en clair. Même pas besoin de décryptage. «Mon message est simple: engageons-nous dans une logique de réconciliation. L'Algérie et la France ont encore de belles pages à écrire ensemble», dit le politique, mu par une volonté d'en finir avec le discours belliciste du ministre de l'Intérieur. «Plus nous montons dans la surenchère, moins nous obtenons de résultats», constate le député, retenant le fait qu'«il est dans l'intérêt de nos deux pays de privilégier la diplomatie et l'échange, plutôt qu'une rhétorique de confrontation.» Il est difficile d'être plus explicite. Le cadre du MoDem rejette catégoriquement l'idée d'une rupture entre les ceux pays. «C'est précisément pour éviter ce scénario que je prends la parole. Nous avons trop à perdre en persistant dans cette dynamique d'opposition», dit-il. «La clé est d'élargir notre perspective: ne restons pas enfermés dans un face-à-face tendu autour de la seule question migratoire. Nous avons des coopérations stratégiques majeures à préserver et à renforcer.» On pourrait affirmer que tout est dit dans cette dernière déclaration qui remet en cause les accents racistes et anti-algériens de Retailleau. Il va sans dire que le ministre français de l'Intérieur et ses relais dans certains médias sont surtout motivés par un contentieux mémoriel dont ils ne veulent pas de solution. C'est le cas pour l'accord de 1968 qui fait dire à Bruno Fuchs que «nos deux nations ont besoin l'une de l'autre, et la liberté de circulation est un atout, pas un problème. Toute tentative de blocage serait une erreur stratégique». C'est également le cas pour le récit de la colonisation, notamment l'épisode des armes chimiques utilisées par l'armée coloniale durant la guerre de Libération nationale. Le documentaire qui en parle a fait l'objet d'une censure, parce que déprogrammé à la dernière minute. «S'il s'agit d'une décision politique, ce serait une erreur», commente le parlementaire. «Il est inutile de vouloir cacher des faits historiques. Au contraire, ce type de document mérite d'être diffusé et débattu. Le retirer ne fait qu'amplifier la polémique.» Un autre message à l'adresse des décideurs français? En tout cas, il propose de se rendre en Algérie pour discuter avec ses homologues parlementaires.
La diplomatie parlementaire dans pareils cas est une précieuse clé. Bruno Fuchs est, pour ce qui le concerne, déterminé à trouver une voie vers l'apaisement.