À deux ans de la présidentielle en France
Une voie étroite pour Marine Le Pen

La cheffe de file de l’extrême droite française Marine Le Pen s’est insurgée, lundi dernier, contre sa condamnation par la justice française à cinq ans d’inéligibilité, avec effet immédiat, dans l’affaire des détournements de fonds public provenant de l’Union européenne. Elle a aussitôt dénoncé une « décision politique » et réclamé une procédure accélérée en appel pour pouvoir poser sa candidature pour l’échéance présidentielle de 2027. « Je ne vais pas me laisser éliminer ainsi. Je vais mener les voies de recours que je peux. Il y a un petit chemin. Il est certes étroit, mais il existe », a-t-elle ainsi martelé au journal télévisé de la chaîne privée TF1, avant qu’elle n’obtienne, hier, partiellement satisfaction. La « favorite des sondages » selon les médias de l’Hexagone, n’en est pas pour autant assurée d’obtenir gain de cause car la tendance est connue quant à une aggravation de la peine par les juges qui instruisent l’affaire en appel. La cheffe de l’extrême droite, déboussolée mais résolue à faire front contre la décision, a aussi critiqué « des pratiques que l’on croyait réservées aux régimes autoritaires (...). Il y a des millions de Français qui croient en moi (...) et je viens leur dire (que) ça fait 30 ans que je me bats contre l’injustice (...). Je le ferai jusqu’au bout » a-t-elle clamé. Mme Le Pen, 56 ans, est également condamnée à quatre ans d’emprisonnement, dont deux fermes aménagés sous bracelet électronique. Mais le véritable enjeu a trait à cette inéligibilité qui dresse un mur infranchissable sur la voie de l’Élysée, après trois tentatives infructueuses depuis 2012. Dans l’énoncé du verdict, la présidente du tribunal a prévenu de la nécessité de « veiller à ce que les Élus, comme tous les justiciables, ne bénéficient pas d’un régime de faveur », mesurant comme tout un chacun combien la décision allait secouer l’échiquier politique français. Les lieutenants de Marine Le Pen, dont Jordan Bardella (29 ans) qui est le président du Rassemblement national (RN) et semble désormais en route pour la présidentielle, battent depuis la campagne pour une « mobilisation populaire et pacifique » contre ce qu’ils appellent « la dictature des juges ». Le Premier ministre François Bayrou s’est déclaré, quant à lui, « troublé par l’énoncé du jugement ». Quant au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), il a certes fait part de son « inquiétude face aux réactions virulentes » mais il a aussi et surtout mis en garde contre la remise en cause de l’indépendance de la justice. À l’étranger, les réactions émanent du Kremlin qui s’étonne d’une « violation des normes démocratiques » tandis que le Premier ministre hongrois Viktor Orban, s’exclame sur X: « Je suis Marine! ». Le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini s’emporte contre une « déclaration de guerre de Bruxelles ». Elon Musk, soutien régulier de l’extrême droite en Europe, crie à l’ « abus du système judiciaire » par « la gauche radicale ». Au total, ce sont 23 autres personnes qui ont été condamnées, le Front national (FN), devenu RN en 2018, ayant écopé de deux millions d’euros d’amende, dont un million ferme, et une confiscation d’1 million d’euros, saisis pendant l’instruction de l’affaire d’emplois fictifs d’assistants au Parlement européen. La décision des juges français rebat les cartes de l’élection présidentielle de 2027 tant pour l’extrême droite que pour la droite extrême, cette dernière comptant tirer profit de la nouvelle donne. Marine Le Pen espère pourtant récolter le fruit d’une décennie d’efforts pour rendre le RN fréquentable, avec une percée historique aux législatives anticipées de 2024 qui lui permet d’arbitrer aujourd’hui la vie politique française.