Jean-Noël Barrot attendu, demain, à Alger
Les yeux dans les yeux
L’extrême droite, qui a joué sur la fibre de la haine de l’Algérien, a lamentablement échoué.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est attendu demain à Alger. C’est ce qu’a confirmé un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères qui a fait état, ce jeudi, d’«un appel téléphonique entre Jean-Noël Barrot et Ahmed Attaf». Le communiqué retient le fait que les deux ministres ont passé «en revue les principaux dossiers auxquels les deux chefs d’État ont demandé que soit accordée une attention particulière dans le cadre plus large du règlement des différends qui sont venus récemment contrarier le cours normal de la relation algéro-française». Cette visite traduit donc clairement la volonté des deux chefs d’État de renouer les fils du dialogue après huit mois d’une crise sans précédent entre Alger et Paris. Le même communiqué souligne, en effet, que le déplacement de Jean-Noël Barrot intervient «dans le prolongement de l’appel téléphonique du 31 mars 2025 entre le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et son homologue de la République française, Emmanuel Macron». Le ton est ainsi donné, en ce sens qu’Ahmed Attaf et Jean-Noël Barrot auront pour principale mission de dégager une feuille de route inspirée de l’échange téléphonique entre les deux Présidents. La migration, la sécurité, la coopération judiciaire, le dossier mémoriel et le partenariat économique ont figuré au menu de la communication téléphonique et seront, à n’en pas douter, largement abordés ce dimanche à Alger. L’ouverture de cette séquence diplomatique entre les deux pays s’impose comme une issue inéluctable pour l’Algérie, comme pour la France. Les deux États sont interdépendants, et l’un a besoin de l’autre. Les observateurs de la relation algéro-française ne croient pas à une rupture totale, en ce sens que les liens historiques et humains sont tellement forts qu’ils obligent les dirigeants des deux pays à la réconciliation, quel qu’en soit le passif. D’ailleurs, l’extrême droite, qui a joué sur la fibre de la haine de l’Algérien, a lamentablement échoué. Ces animateurs n’ont pas réussi dans leur entreprise, puisqu’il a suffi d’un appel téléphonique entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune pour que se dégonfle le complot tramé contre les Algériens. La défaite de Bruno Retailleau est désormais actée. Il est d’ailleurs persona non grata en Algérie. Objectivement révoltés par les attaques de l’extrême droite, l’État et le peuple algériens savent que, dans sa grande majorité, la société française ne nourrit aucune haine à l’endroit de l’Algérie. Les Français qui ont voté à une majorité de plus de 90% en faveur de l’indépendance de l’Algérie en avril 1962 n’adhèrent certainement pas au discours néocolonial de cette extrême droite et de ses relais médiatiques. Cela au plan populaire. Au niveau de la classe politique et économique, les politiques de l’Hexagone souscrivent au sérieux de l’Algérie lorsqu’il s’agit de respecter les accords bilatéraux et internationaux. Tous les responsables français qui ont exercé dans de hautes fonctions témoignent de la rigueur et du sérieux des négociateurs algériens, de même que de l’influence de l’Algérie au Maghreb et en Afrique. Jean-Noël Barrot, dont c’est la première visite ministérielle française en Algérie depuis l’éclatement de la crise, trouvera en face de lui des hommes et des femmes sensés qui sauront débattre et exposer le point de vue de l’Algérie pour retenir des décisions partagées avec leurs homologues français. Et Barrot peut se référer à ses prédécesseurs pour s’entendre dire que l’Algérie a toujours respecté ses engagements. Le ministre français des Affaires étrangères vient donc à Alger débarrassé de toute prétention impérialiste. Il devra négocier d’égal à égal. C’est ce qui fait rager Retailleau et consorts qui se croyaient aux temps des colonies. Les «ultimatums, les réponses graduées et autre bras de fer» ont fait basculer les relations algéro-françaises dans une séquence malheureuse où le racisme et l’islamophobie ont fait office de démarche ministérielle. Et si cette méthode a échoué, c’est parce qu’en face les néocolonialistes ont trouvé un pays digne, souverain et fort. L’épilogue de la «farce» de l’extrême droite a donné lieu à un nouvel épisode qui met l’Algérie dans une posture favorable dans le débat qui s’enclenche. Un pays qui prône la paix et la coopération entre les États, usant d’une sémantique diplomatique, au contraire de l’extrême droite française dont le discours exhale des relents de haine. Il ne s’agit pas pour autant de conclure à une promenade de santé pour les deux pays. Les dossiers liés à la migration, comme à la coopération judiciaire et à la mémoire sont lourds, et chaque partie a ses arguments. Il n’est pas dit que cette visite soit la panacée. Un long cheminement attend les deux gouvernements. La où les intérêts ne convergent pas, la discussion doit s’approfondir. La diplomatie sert justement à rapprocher des points de vue initialement irréconciliables.
Communiqué du ministère des Affaires étrangères
Dans le prolongement de l’appel téléphonique du 31 mars 2025 entre le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et son homologue de la République française, Emmanuel Macron, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires Africaines, Ahmed Attaf, a reçu ce jour un appel téléphonique de son homologue français, Jean-Noël Barrot. Celui-ci doit effectuer une visite officielle en Algérie, le 6 avril courant, à l’invitation de son homologue algérien, Ahmed Attaf. Dans cette perspective, l’appel téléphonique a permis aux deux ministres de passer en revue les principaux dossiers auxquels les deux chefs d’État ont demandé que soit accordée une attention particulière dans le cadre plus large du règlement des différends qui sont venus récemment contrarier le cours normal de la relation algéro-française.