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Zoubir Zerarga, écrivain, à L’Expression

«Écrire est une thérapie à tous les maux»

Zoubir Zerarga est romancier, essayiste et poète. Il a reçu le prix du Manuscrit francophone en 2020. Dans cet entretien, il nous parle de ses livres, de ses écrivains et livres préférés, des bienfaits de la lecture et de l’écriture ainsi que de son prochain livre.

L'Expression: Pour les lecteurs de L'Expression qui n'ont pas eu le plaisir de vous connaître et de découvrir vos livres, qui est Zoubir Zerarga?
Zoubir Zerarga: Je suis natif du village Adjioun dans la commune de Draâ El Kaïd, daïra de Kherrata, wilaya de Béjaïa. Ce 16 mars, je viens de fêter mes 56 ans. Je suis marié et père de 4 enfants. J'exerce dans un bureau d'études hydrauliques en qualité de gérant directeur. Bien que je sois diplômé en travaux publics- un domaine purement technique-, je savais que la passion pour l'écriture bouillonnait en moi. Elle était présente dans mes profondeurs et mon âme portait en elle la fibre littéraire. Et cette affection pour les lettres s'est confirmée en 2017, lorsque j'avais publié mon premier roman. Depuis, je me réjouissais de ce statut d'auteur.

À quand remonte votre passion pour la littérature et comment a-t-elle vu le jour?
L'amour de la littérature se découvre uniquement par la lecture. En effet, l'acte de lire signe l'attachement à l'art littéraire. Et à force d'avoir entre les mains des livres, le lien naît et se renforce. Adolescent, j'avais la chance d'être entouré de livres. Mon frère ainé -auquel je rends un grand hommage-, qui était à l'époque (années 1980), étudiant universitaire à Alger, achetait des livres qu'il ramenait pendant les vacances d'été à la maison. Parmi ces ouvrages, je me souviens très bien de celui à la couverture rigide d'un blanc pur, intitulé Extrait de la muqqadima d'Ibn Khaldoun qui résume l'essentiel de l'oeuvre de cet érudit du Moyen Âge. Il y avait aussi ce dictionnaire volumineux, Le Robert, dont les pages roses du milieu m'attiraient par tous les proverbes cosignés. Les dictons me procuraient alors une sensation de finesse inégalée, pour les relire indéfiniment et apprendre par coeur les plus marquants. Voilà en quelque sorte, le point de départ. Bien sûr, avant, il y avait les textes de l'école à travers lesquels j'avais découvert les grandes plumes classiques et contemporaines, que ce soit en langue française ou en langue arabe. C'est ainsi que l'acte de me lier à la lecture était né. J'aimais lire et même relire les ouvrages qui me plaisaient beaucoup. Pour conclure, je dirai que le livre m'était devenu un ami. Quant à l'écriture, j'ai commencé à gribouiller d'abord quelques vers de poésie après le bac. C'était la lecture de Les fleurs du mal de Charles Baudelaire qui m'avait offert ma première inspiration poétique. Le poème composé s'intitulait alors Le griot et commençait par le quatrain suivant:
Sur des charbons embrasés et ardents
Je sens ma muse, qui, bouillonnant,
Mijote si vite et donne du goût,
Pour devenir mon combatif atout.
Donc, c'est la muse qui avait signé mon premier acte d'écriture.

Votre livre Meurtre scientifique est-il un roman policier ou de science-fiction comme le suggère d'ailleurs le titre? Pouvez-vous nous résumer la trame?
Il s'agit d'un roman policier. La science-fiction est un genre passionnant et très prisé même. Peut-être, il viendra un jour où j'écrirai une oeuvre littéraire dans cette catégorie futuriste. Je reviens maintenant à mon polar édité en octobre 2020. Le récit est structuré autour d'une enquête policière sur un meurtre commis dans un laboratoire de biologie, dont la victime n'était autre que le patron. La policière chargée d'élucider le crime compte tirer lucre de l'affaire comme elle en a l'habitude, puisqu'elle fait partie du milieu ripoux de la police. Et au fil de l'enquête, on lui propose une somme faramineuse d'argent en contrepartie de diriger l'enquête d'une façon à incriminer la femme du patron assassiné. Ensuite, la demande se corse et on exige à la policière de procéder à l'élimination de tous les suspects. Pour des remords de conscience, la policière met fin à ses jours. C'est son adjoint qui reprend les investigations. Intègre et loyal, le sergent conclut que c'est l'argent sale associé au désir de détourner la science aux fins de nuire aux humains qui sont dernière ce crime.

D'où vous est venue l'inspiration pour écrire ce roman d'une telle imagination fertile?
Dès l'apparition de la pandémie de Covid en 2020 et les polémiques autour de ses origines, j'ai commencé à me poser des questions sur le pouvoir réel de la science. Et si elle tombait entre des mains maléfiques, que subirait l'humain? Confinement aidant, je me suis imprégné de l'idée pour me lancer dans ma fiction autour de la modification d'agents pathogènes dans un laboratoire de haute technologie biochimique dans le but cruel de commettre des meurtres scientifiques presque parfaits. Faisant le parallèle avec le thriller de Jacques Attali au titre évocateur Meurtres, en toutes intelligence, édité en 2018, j'ai eu l'inspiration facile pour me «confiner» dans la rédaction de mon récit où le suspense tient en haleine dans un style narratif suspicieux.

Vous avez reçu le prix du Manuscrit francophone, est-ce qu'on peut en savoir plus?
C'était en octobre 2020. La journée du Manuscrit francophone est un concours littéraire ouvert à tous les auteurs qui écrivent dans langue de Molière à travers le monde entier. Le nombre de participants a dépassé 300 auteurs en cette édition. Huit catégories littéraires sont en lice, à savoir: essai, science-fiction, policier, témoignages, policier, poésie, nouvelles, roman. J'ai participé avec mon polar et j'ai obtenu le prix dans ma catégorie. Une fois le prix obtenu, j'ai eu cette belle impression du devoir accompli et pour la particularité de l'oeuvre et pour le message véhiculé. Je dirai aussi que, peut-être, le sujet de l'actualité brûlante liée à la pandémie planétaire en cette période a considérablement joué en ma faveur.

Pouvez-vous nous dresser un aperçu global sur vos autres livres édités?
Dans mon premier roman Le montagnard au grand nez, il est question de dignité telle qu'elle est portée par toute personne issue des montagnes et fière de ses origines rurales. Le héros de l'histoire incarne un homme qui tient au principe de la loyauté, à la vertu de l'honnêteté et à la valeur de l'abnégation, mis au service de son pays, par conséquent au service des siens. En dépit des hostilités du milieu où il a évolué, il ne marchande pas son «nif» caractériel. Dans Amour, exil et destin, je mets l'accent sur l'attachement viscéral à la terre natale, lorsque l'on est forcé à l'exil. J'évoque encore la question de ce premier amour inavoué qu'une société patriarcale non seulement ne vous reconnaît pas, mais vous interdit de vivre, en mariant votre bien-aimée sans son consentement au premier venu. Autour du destin, j'aborde l'idée de la fatalité qui façonne un ordre établi répulsif, qui, en réduisant toutes les chances d'émancipation, pousse à la fuite et à l'exil. En effet, dans ce récit, ces thèmes s'imbriquent en triptyque de misère pour rendre la vie dure à beaucoup de personnes dans notre pays. Le roman Les ombres de févier note avec un certain engagement narratif ce désir de changement à chaque fois ajourné. Ainsi, dans cette oeuvre à la thématique diversifiée et à forte symbolique, je raconte en même temps l'espoir et l'échec, la lumière et les ombres, l'amour et la haine. J'en fais encore l'histoire d'une ville, d'un pays, d'une patrie où agissent des ombres en contre-courant des aspirations pourtant largement exprimées. Le récit met en scène une poignée de résistants contre un ordre hermétique et sénescent, qui n'admet aucune vaccination de rajeunissement. Idir, personnage principal et dont le nom signifie vivre dans la langue maternelle, revient dans sa ville après une peine vicennale de prison. Sitôt arrivé, il constate que la cité qu'il vénère davantage est toujours maintenue sous la fièvre obsidionale d'un énième siège. Pour lui, la quête d'un demain meilleur constitue une question de vie ou de mort. Comment va-t-il y parvenir?

Quels sont vos livres où le lecteur pourrait trouver des bribes de votre propre vie?
Sans hésitation, je dirai Le montagnard au grand nez. Il ne s'agit pas d'une autobiographie proprement dit, mais certains passages font allusion au déroulé de ma vie d'enfance, de collégien et d'étudiant. Je suis natif d'un village éloigné des grandes villes. Les moyens manquaient dans ces patelins reculés. Enfant, j'avais connu la précarité du logis (une seule pièce pour 8 personnes). À l'âge de 12 ans, j'avais quitté le foyer familial pour faire de l'internat. C'est pénible quand tu es bambin et lorsque le giron maternel te manque terriblement dès la première nuit passée loin de ta famiille. J'avais gardé le petit troupeau familial et effectué des travaux de jardinage. Ce sont les bribes de ma propre vie que le lecteur peut croiser dans cette oeuvre.

Pouvez-vous nous parler de vos lecteurs préférés, les meilleurs écrivains selon vous? Les plus beaux livres qui vous ont marqué?
Je pense aux chefs-d'oeuvre suivants: Les Misérables de Victor Hugo, La femme de trente ans de Balzac, à La terre d'Emile Zola, Les fleurs du mal de Charles Baudelaire, Maître et serviteur de Tolstoï, Une poignée de seigle d'Agatha Christie Le prophète de Khalil Gibran.
Quant aux textes des nôtres que je trouve d'une beauté littéraire inégalée, je cite: La terre et le sang de Mouloud Feraoun, L'opium et le bâton de Mouloud Mammeri, Un été africain de Mohammed Dib. Je pense aussi à ces textes engagés écrits dans la douleur du sang et des larmes, à l'image de: La malédiction de Rachid Mimouni, Les vigiles de Tahar Djaout. Bien sûr, je ne peux oublier les oeuvres remarquables des temps récents et présents. Je nomme entre autres La porte de la mer de Youcef Zirem, La morsure du coquelicot de Sarah Haider. Dans le registre de la littérature mondiale actuelle, Le crépuscule des fauves de Marc Levy et Nos étoiles contraires de John Green constituent mes véritables coups de coeur.

Vous écrivez pour le plaisir ou bien l'écriture constitue-t-elle une thérapie pour vous?
Les deux en même temps. écrire procure un sentiment énorme de plaisir, voire de bien-être intellectuel. Et cette impression de confort moral constitue en elle-même un remède au mal de l'esprit. Ecrire me soulage, me rend libre et réduit certaines fois la pression qui pèse sur moi. Et à chaque fois que je suis en plein acte d'écriture, je me sens comme si j'évolue dans un univers saint et apaisant.
C'est un monde d'idées qui focalise toute mon énergie et concentre toutes mes facultés sur ce désir ardent de créativité. Je mets alors du coeur dans le but de donner naissance à une oeuvre artistique de haute facture. Et d'une manière générale, je considère l'art d'écrire une thérapie à tous les maux. L'écriture donne la parole, rend la liberté et immortalise
les idées.

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