Une vision moderne de l’administration publique
S’il y a un consensus implicite des États membres des Nations unies, lors des débats en Assemblée générale sur les résolutions à caractère politique, économique, social, environnemental et culturel, c’est sur la nécessité incontournable d’instaurer une bonne gouvernance pour bien mettre en œuvre l’application de ces résolutions.
La dernière résolution relative au « Pacte de l’avenir » adoptée en septembre 2024 par l’AG de l’ONU l’a rappelé de façon explicite. La notion de bonne gouvernance nous renvoie à l’instrument premier de cette gouvernance, à savoir l’organisation et le fonctionnement de l’administration de l’État, au niveau central et local.
Qu’observe-t-on dans les pays avancés dans ce domaine ? Nous constatons une tendance générale, marquée par une évolution accélérée centrée sur la numérisation, la débureaucratisation, une gestion participative, de meilleurs services publics et la dimension sociale et environnementale répondant aux besoins des citoyens.
Le dénominateur commun de ces réformes est qu’elles sont engagées par les plus hautes autorités de chaque pays et concernent à la fois les structures et le personnel œuvrant dans la fonction publique, avec l’objectif d’améliorer l’efficacité et les résultats dans l’exécution de leur mission.
Notons à titre exemplaire, ce qu’a été décidé récemment aux États-Unis, à l’avant-garde dans ce domaine, de confier à une Task Force dotée de tous les pouvoirs pour évaluer l’efficacité des institutions publiques, leur utilité économique et sociale et leurs résultats par rapport au budget alloué, et pour décider selon le cas la dissolution des entités, la réduction de leurs effectifs, l’annulation de subventions allouées ou la diminution des dotations budgétaires. Un autre outil pour débureaucratiser les institutions et réduire leur coût a été la déconcentration de l’État, avec comme mesure phare la dissolution du ministère de l’Éducation en confiant sa mission aux États fédéraux.
Auparavant déjà, dans ce même pays, il a été décidé de réduire les dépenses de fonctionnement de l’État et, à cet effet, de dissoudre systématiquement les structures dont le coût est plus élevé que les résultats escomptés.
Cette évolution s’accélère en Europe et dans le monde, car les priorités budgétaires imposées par les économies de guerre imposent de faire mieux avec moins pour le fonctionnement des administrations publiques.
Cette orientation se traduit dans de nombreux pays par la refondation de l’État, chargé désormais de la régulation et non plus de la gestion, en opérant un double mouvement, de déconcentration et de décentralisation des activités et des effectifs, selon le principe de la subsidiarité.
La révolution numérique de ces dernières années qui apporte aux gestionnaires des outils performants, permet d’améliorer le temps et le coût du travail et donc de transformer radicalement le fonctionnement de l’administration à tous les niveaux.
En Algérie, le processus de modernisation de l’administration est bien engagé. Le nombre de conseils des ministres consacrés à la débureaucratisation par la simplification des procédures et la numérisation, reflète l’importance accordée au fonctionnement des institutions pour mieux servir les citoyens. Les directives données au plus haut niveau de l’État pour accélérer cette transformation et les sanctions prononcées contre les retards constatés dans ce domaine, montre bien la détermination des autorités à réussir la réforme administrative engagée.
S’agissant de la réforme de l’État-Nation, la rénovation des Codes régissant le fonctionnement des collectivités locales, au niveau de la wilaya et de la commune, clarifiant le degré de responsabilité et d’autonomie administrative et financière ainsi que la relation avec les élus, constitue une avancée notable. De plus, pour assurer une plus grande couverture administrative du pays, de nouvelles wilayas et des délégations de wilayas ont été créées. La réflexion se poursuit au niveau de l’Etat sur les coûts et avantages de disposer de plusieurs niveaux administratifs de gestion : la commune, la daïra, la wilaya voire la région regroupant un certain nombre de territoires.
Un autre domaine d’intérêt national est la préservation de l’État social malgré les contraintes financières de plus en plus grandes du fait de la détérioration grandissante des termes de nos échanges résultant de la réduction du pouvoir d’achat du baril de pétrole par rapport au coût des produits importés. À cet effet, un examen approfondi des structures et de l’organisation de la protection sociale, doit permettre d’en réduire le coût tout en améliorant son efficacité en ciblant ceux dans le besoin.
En outre, une question d’une grande sensibilité politique se pose dans tous les pays, à savoir le volume des effectifs de fonctionnaires et l’évolution de leurs salaires. En Algérie, la protection de l’emploi dans la fonction publique est strictement réglementée. La numérisation des emplois va progressivement réduire le nombre de ces fonctionnaires tout en assurant leur reconversion après leur formation dans les nouvelles technologies. À terme, les sureffectifs vont nécessairement se résorber. Quant à l’évolution des salaires et des retraites, on sait que leur indexation sur l’inflation, pour préserver le pouvoir d’achat, ne donne des résultats positifs que si le revenu national progresse. Si par contre les ressources du pays stagnent ou diminuent, les augmentations des salaires et des retraites entraînent un déficit budgétaire, comblé par la planche à billets, et alimentent à nouveau l’inflation, qui réduit à néant la préservation escomptée du pouvoir d’achat.
Par ailleurs, la nouvelle administration aura de plus en plus à se préoccuper de la qualité de l’environnement grâce à la collecte et la transformation des déchets, à la création d’espaces verts, à la lutte contre la pollution urbaine, à l’organisation des transports publics à faible consommation d’énergies fossiles et à la création d’espaces piétonniers et de circuits réservés aux cycles et motocycles. Avec la démographie en progression constante et l’urbanisation grandissante, l’accès à l’eau, au logement et aux services énergétiques exercera à l’avenir une forte pression sur l ’administration qui devra y consacrer plus de moyens.
En conclusion je voudrais souligner l’importance de la démocratie participative, en appui de la démocratie représentative, dans la gestion de l’administration publique, notamment pour l’élaboration du budget et de son suivi d’exécution.
Partout où cette démocratie représentative et participative est à l’œuvre, l’on a enregistré des progrès significatifs dans le fonctionnement des services administratifs à la grande satisfaction des administrés.