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L’émigré qui ne parle qu’en... français

Monsieur le président, je vais faire un effort pour répondre aux questions, en... arabe ! Mais l’arabe dialectal, tel que l’on parle au bled. Ça vous va, Monsieur le juge?

Abdelhalim Bezzaoucha est un magistrat, qui avait passé le plus clair de son temps à Blida, Alger, puis Tizi Ouzou, avant de descendre discrètement, au pied du majestueux Djurdjura, à Bouira, où il occupait le précieux poste de «commissaire d'État» au tribunal administratif, avant de rejoindre Relizane, et atterrir enfin, au Conseil d'État, où il rend encore de précieux et d'utiles services.
Un jour, à la cour de Tizi Ouzou, il devait entendre un émigré qui avait quitté la région, il y a une plus d'une vingtaine d'années environ, après un dur malentendu avec sa famille dont il s'éloignera, fâché comme jamais il n'aura été! Mais le bonhomme a eu un plaisant «accrochage», avec le président qui s'est obstiné, durant l'interrogatoire, à n'avoir d'échanges qu'en langues nationales: l'arabe et le tamazight. Du haut de ses cent quatre-vingt-sept centimètres et des quelque cent douze kilogrammes, Oussaïd H. ne s'exprimait pourtant, qu'en langue française, ne portait que des vêtements «made in...» Et sentait rudement bon. Il sentait aussi la bonne humeur propre aux émigrés à qui il manquait le «bled «bien-aimé, malgré l'éloignement.
Le bonhomme était visiblement bien dans sa peau. Il le sera jusqu' au moment où Bezaoucha, impérial, sortit cette loi d'utilisation des langues nationales dans les juridictions nationales. Parler français? Oui, mais pas lors de débats publics. Or, la loi est claire: n'utiliser que la langue nationale; et chez nous seules deux langues étaient valables: l'arabe et le tamazight!
Le juge rappela à l'inculpé la loi en vigueur en insistant sur un point:
-Écoutez, inculpé, si vous ne pouvez pas vous exprimer en arabe, nos lois sont magnanimes. Exprimez-vous-en tamazight, ou si vous l'ignorez, en kabyle, SVP! Tonne le magistrat visiblement calme, mais décidé à entendre l'inculpé s'exprimer dans une des deux langues nationales et officielles. Bezzaoucha avait fini son «prêche».
Il attendait un seul mot de l'inculpé qui s'accrochait à la langue française, et refusait obstinément, donc la main tendue de la cour à l'inculpé pour pouvoir se défendre comme il l'entendait:
-Je voudrais vous déclarer que...
-Non, non, inculpé, la cour refuse obstinément de vous entendre vous expliquer dans une langue qui n'est pas de chez nous. La langue française est, certes, très belle, mais elle ne nous appartient pas! Veillons sur nos langues, cela vaut mieux pour tous!
L'essentiel, c'est de nous exprimer, et nous comprendre pour pouvoir suivre le fil du pourquoi de votre présence ici. Maintenant, il y a une solution à ce cas délicat: nous allons convoquer un interprète au cours d'une prochaine audience, et le noeud sera délié.
- C'est que je dois rentrer chez moi, en Europe, et le billet est sur moi...
-Alors, allons droit au but. Pourquoi cette perte de temps? Dit, sur un ton bizarrement, trop conciliant, le magistrat qui ne montre aucun signe d'énervement ou de quoi que ce soit qui puisse gêner les débats hachurés et pour cause!
Le prévenu réfléchit un bon bout de temps avant de se décider à en finir:
-Monsieur le président, je vais faire un effort pour répondre aux questions, en... arabe! Mais l'arabe dialectal, tel que l'on parle au bled. Ça vous va, Monsieur le juge? Comme cela, vous en aurez fini avec moi. Alors on y va?
Le prévenu était content qu'il ne fut pas interrompu pendant sa rapide
«plaidoirie «.
-Ah! Ah! Voici une bonne nouvelle pour la justice! s'exclama le magistrat, visiblement satisfait de la tournure du mini- débat instauré par un émigré dépaysé par vingt années d'absence du pays.
Le juge se met en bonne position, histoire de se mettre dans la peau du patron de la police de l'audience face à un justiciable dans le bain jusqu' au cou! Les débats allaient vraiment débuter. Et de quelle manière! Le procès se déroula convenablement, et le litige familial prit fin avec la réconciliation de toute la famille, grâce surtout au doigté des magistrats. Signalons au passage que les frères et soeurs avaient pris la précaution de ne pas heurter le parent qui a tout de même pris le pari de se déplacer à Tizi Ouzou régler ce litige familial et que tout doit rentrer dans l'ordre, et ce, dans l' esprit ancestral, celui de la réussite dans le désaccord.
Mais, là aussi Abdelhalim Bezzaoucha a beaucoup joué sur, précisément des détails, tels le partage exigé par le reste de la famille ignorée jusque-là, par l'émigré pris par les affaires et autres bricolages du genre achats, ventes de voitures toutes marques confondues... L'essentiel est qu'un conflit vieux d'une cinquantaine d'années a pris fin, les parties en présence ayant pris le chemin du retour, le coeur vide de toute rancoeur et plus d'animosité, dorénavant.
Ce succès ne put se réaliser que grâce à un dosage d'application de la loi et de touches ancestrales locales comme seuls, les Amazighs savent le faire!

De Quoi j'me Mêle

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