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L'appel, cet oxygène du prévenu

Le vieil avocat brun de Dar El Beïda, «cour d'Alger», avait un dossier relatif à la came à défendre. Pour ce faire, le conseil avait besoin de beaucoup de tact, d'acharnement et de clarté, en vue d'amener les trois juges vers...

Me Benouadhah Lamouri, le vieil et expérimenté avocat de Dar El Beïda (Alger) plaide encore plus fort, et reste le mieux convaincant.
Les années passent et la fougue des vingt-neuf ans, est toujours là. Il lui arrivait de s'avancer vers le pupitre d'un trio de magistrats pour aller au bout de sa mission, le sourire aux lèvres, signe de paix avec notamment le représentant du ministère public. C'est ainsi que la semaine dernière, à la cour d'Alger, il était sagement assis avec ses jeunes confrères, attendant l'arrivée des détenus venant du pénitencier de Chaïba (Koléa).
Le procès en appel, concernait un jeune récidiviste, en commercialisation de came. L'article de loi retenu pour ce dossier relevait stratégiquement de la loi (article 17 de la loi 04-18 du 25 décembre 2004). C'est dire si le législateur a visé haut et fort. C'est pourquoi le trio qui a une affaire de ce genre, n'y est pas allé avec le dos de la cuiller! Sauf, bien entendu s'il est prouvé que les preuves étaient réunies! Le moment venu, Borhan R. Vingt- trois ans, le mois prochain, à l'appel de la greffière, s'avança lourdement vers les jeunes ambitieux membres de la chambre correctionnelle.
Le président, un vieux de la vieille garde de la promo du début des années 2000, s'attarde sur le dossier ouvert, parcourt une énième fois un feuillet, puis déclare à haute voix, afin que toute la nombreuse assistance entende: «Aïe, aïe, je m'aperçois que vous êtes un drôle de numéro!» dit, d'emblée, le magistrat. Il demande le lieu d'acquisition de la drogue. Le prévenu répond sans paniquer: «Au carrefour des Quatre chemins!» Il toussote un instant puis redit, comme si la précision valait le coup d'être soulignée: «Mais c'est déjà loin où vous achetez de la came, ou encore pour la revendre! De cet endroit, dit ‘'Quatre chemins ‘'- Chaïba, ça va chercher un safari, pour faire un aller retour, avec l'infernale circulation!» Le prévenu est étonnement calme. Pour un présumé trafiquant de drogue, c'est plutôt zinzin! Son brun avocat est debout, à sa droite, prêt au saut salvateur!
Un détenu perd de suite le sang-froid, alors on ne sait jamais... «Monsieur le président, je vous rappelle avec précaution, et respectueusement que mon client est, selon son casier judiciaire, un sacré récidiviste en matière de détention et d'usage de drogue, seulement, pas dans la revente... Donc, nous sommes assez loin de l'article 17.
Le président revient à l'inculpé qui écoute religieusement la version des éléments des services de sécurité: «Il semblerait qu'un gros paquet contenant du kif traité, pesant exactement neuf mille cinq- cents grammes de drogue, ait été ramassé au milieu d'une bande qui traînait entre Chéraga et la zone touristique. «Il y avait sans doute dix kg de marchandise; le reste devait avoir été vendu de bonne heure!» commenta le président. Borhane, l'inculpé-détenu leva la main, le poignet et le bras pour dire que si le paquet a été trouvé à proximité du groupe, «cela ne voulait nullement signifier que la came était la leur»! Cette pertinente remarque sera plus tard mieux développée par le conseil, qui franchement, explosera littéralement en s'écriant, à l'intention du parquetier, qui a demandé «mécaniquement», la très lourde peine de douze ans d'emprisonnement ferme, pour trafic de came. «En ramassant le paquet, mon seul client, s'enfonçait: alors, pourquoi les autres jeunes n'ont pas été neutralisés? Cette juridiction travaille sur des preuves. Où sont-elles? Y a-t-il une seule preuve, impliquant mon jeune client, sur le pupitre? Quand bien même il y en aurait, elle pourrait être mise sur le compte du jeune Borhane, dont l'attitude à elle seule, est éloquente! Cette came n'appartient pas à l'inculpé qui n'est qu'un consommateur, pas un dealer! Rendez justice à ce jeune, et vous aurez rendu justice à la... justice!»
L'avocat était visiblement essoufflé car il avait vidé tout le sac en direct-live sur une affaire que le trio de juges avait bien fait d'examiner, assez longtemps, et attentivement. Borhan R. peut être innocenté, après avoir écopé de douze ans, en 1ère instance! Après le traditionnel dernier mot du prévenu, le juge met le dossier en examen sous quinzaine.
Quinze jours après, il fut relaxé pour absence de preuves! Me Lamouri planait de satisfaction...

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