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Qui a tué le roman maghrébin et arabe ?

Il n’y a pas de roman sans histoire, mais l’histoire seule ne fait pas un roman. L’écriture romanesque est un atelier complexe qui commence par la séduction mythique de la langue, traverse la rationalité de l’histoire, s’interroge sur la philosophie, explore la connaissance de soi, affronte l’épreuve du pouvoir et l’abîme de l’argent, tout en révélant l’ironie et la futilité du monde. Lorsqu’un écrivain manque de ces outils, le roman se transforme en une construction artificielle reposant sur un échafaudage idéologique ou un amas de paroles désarticulées, noyées dans une «poétisation» vide ou une description plate et aveugle.

L’assassinat du roman par la politique
Je pense que le discours politique brut est le parasite du roman. Le roman algérien, comme le roman arabe en général, est excessivement politique et politisé. Cette présence politique, si intense, nue et violente, s’explique par un facteur fondamental : la répression exercée sur la liberté de création, la liberté d’opinion et la liberté de croyance. Le lecteur maghrébin et arabe apprécie ce type d’écrits, car il les considère comme un exutoire.
Il est vrai qu’aucune littérature romanesque n’est totalement dépourvue de politique, car toute œuvre est en fin de compte un message politique. En réalité, l’écriture elle-même est un acte politique. La littérature romanesque ne naît pas dans le vide et ne s’adresse pas au vide. L’écrivain est un citoyen vivant dans une société structurée par des institutions, des contextes culturels, sociaux, moraux et religieux. Il est donc implicitement, sinon ontologiquement et éthiquement, amené à exprimer son opinion, à révéler sa position et ses convictions. En tant que citoyen, il est attendu qu’il plaide en faveur d’une cause et dénonce une autre.
Mais la question essentielle est la suivante : comment un romancier peut-il écrire sur la politique qui l’habite et le tourmente sans sombrer dans la rhétorique stérile ? Comment être au cœur du combat tout en échappant au piège du discours idéologique, qui assassine la beauté de l’écriture littéraire ? C’est là toute la complexité de la relation entre le littéraire et le politique. Pour que le roman ne se suicide pas, l’écrivain doit comprendre que le roman est avant tout un travail sur la langue et sur la vision du monde, une maîtrise du tissage narratif et de la construction littéraire. La langue romanesque doit pouvoir absorber le langage politique sans perdre son plaisir esthétique. Cet équilibre passe par deux éléments essentiels : l’ironie et le symbole, des outils qu’ont utilisés des écrivains comme George Orwell dans 1984, Kafka dans La Métamorphose, ou encore l’écrivain turc Aziz Nesin dans ses récits narratifs. Si le roman maghrébin et arabe s’est enlisé dans un discours politique brut, c’est en grande partie à cause du type de lecture qui a formé des générations d’écrivains. Une lecture majoritairement influencée par des références médiatiques et des textes à forte charge idéologique. De plus, le contexte politique qui a façonné l’imaginaire de ces créateurs contemporains est un contexte marqué par des coups d’État militaires successifs, où un régime en chasse un autre, où le dirigeant ne quitte son siège que par un putsch ou un assassinat. Ces putschs ont été accompagnées de défaites militaires, présentées pourtant comme des victoires dans les médias.
Dans ce climat de répression de la liberté d’expression et de pensée, de multiplication des coups d’État, de défaites militaires, de blocage des horizons politiques, les idéologies radicales ont émergé et prospéré. Des mouvements extrémistes, notamment issus de l’islam politique, se sont propagés en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, déclenchant guerres et conflits internes, réduisant les sociétés à l’obscurantisme.

L’attente du lecteur occidental : une vision biaisée
Dans un monde en crise, où la fragmentation géographique et ethnique menace (Soudan, Yémen, Syrie, Liban, Libye, Palestine, Irak), l’Occident observe avec inquiétude. Il subit les répercussions de ces effondrements à travers les vagues de migrations massives, et la montée des violences et du terrorisme sur son propre territoire. Dès lors, le lecteur occidental ne s’attend pas à ce que le roman maghrébin et arabe lui offre une réflexion esthétique, philosophique ou existentielle. Il veut une réponse à une seule question qui le hante : “Quelle est la position du romancier face au régime de son pays et à l’islam politique ?” L’attente de ce lecteur occidental est construite sur une vision ethnocentrique, néocoloniale et réductrice du roman et de l’écrivain maghrébins et arabes. Pourtant, son regard influence inconsciemment l’écriture romanesque maghrébine et arabe. Lorsque l’écrivain maghrébin ou arabe aspire à être traduit, primé ou reconnu, il pense à ce lecteur occidental obsédé par la politique et finit par écrire dans cette direction. Le roman devient alors un outil au service de cette attente, réduisant l’écriture à une quête de validation extérieure et sacrifiant toute ambition ou vision esthétique et intellectuelle.

Le piège des prix littéraires : un nouveau fléau
Depuis une vingtaine d’années, un autre danger menace le roman arabe et maghrébin : l’engrenage des prix littéraires. Après le piège du discours politique brut et de l’attente du lecteur occidental, les écrivains se retrouvent désormais pris dans la course frénétique aux récompenses, aux prix, notamment celles offertes par les pays du Golfe.
Ce phénomène a dénaturé la production romanesque : tout le monde s’est mis à écrire des romans ; l’universitaire, le journaliste le psychologue, en passant par le sociologue et l’ingénieur. Ainsi, le roman maghrébin et arabe est devenu formaté pour répondre aux critères des jurys des prix juteux. Il s’est divisé en deux grandes tendances : le roman historique comme refuge pour fuir la réalité et le roman sentimental et adolescent. En conséquence, le roman maghrébin et arabe a perdu sa dimension critique et sa profondeur. Obsédé par les prix et la reconnaissance, il s’est transformé en un produit superficiel et éphémère, incapable d’explorer les complexités de la vie et de la société.

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