Cécile Renault Directrice générale de l’Institut français d’Algérie, à l’expression
«Nous sommes ouverts à tous les publics...»
Active depuis son installation, le mois d’octobre dernier, à la tête de la direction générale de l’Institut français d’Algérie, Cécile Renault a du pain sur la planche, notamment au regard de la dynamique renouvelée de l’activité culturelle qui caractérise les cinq antennes dont elle a la charge et la riche programmation qui se décline dans les différents pôles artistiques et culturels (musique, cinéma, expo, rencontre…). Dans cet entretien, notre interlocutrice fait le point sur ses objectifs et les missions qui reviennent à son établissement, non sans évoquer les dernières nouveautés apporteés au sein de l’Ifa et son rapport avec l’Algérie….

L'Expression: Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours?
Cécile Renault: Je suis Cécile Renault, directrice générale de l'Institut français, je suis arrivée au mois d'octobre. Auparavant, j'avais un premier poste de conseillère de coopération et de relation culturelle en Asie, sinon je viens du milieu de la culture. J'ai travaillé dans des musées, théâtres, notamment au Théâtre national de Chaillot et au musée du quai Branly. Je suis aussi magistrate. Je suis juge au Conseil d'état en France.
Quelle est votre vision de la politique culturelle dans la gestion de cet établissement et notamment pour fidéliser le public algérien?
Ce qui me paraît le plus important dans n'importe quelle institution culturelle et évidemment, ici aussi, c'est d'arriver au maximum à une diversification des publics, ne pas se reposer sur les lauriers, des gens qui auraient l'habitude de venir, mais vraiment d'essayer d'aller chercher toujours de nouveaux publics, en expliquant, qu'ici, ce qui est proposé à l'institut est accessible à tous, parce qu'il y a parfois une vision ou un sentiment selon lequel, si on ne parle pas assez le français, on ne va pas assez profiter, ou bien, il faut connaître telle discipline avant de venir voir une expo etc. Notre objectif c'est vraiment de dire que tous les moyens sont bons- j'allais dire- pour faire comprendre ça. Bien sûr, il faut communiquer, s'adresser à des gens nouveaux, les écouter, savoir ce qu'ils attendent, savoir ce qu'ils pensent. Ça a déjà été fait par le passé, ce n'est pas nouveau, notamment par ma prédécesseur qui a beaucoup renouvelé la programmation en proposant des choses qui intéressent davantage les jeunes. Parce qu'on sait que les jeunes ont peut-être moins de pratiques culturelles, car ils sont plus sur leurs écrans, donc, il est important de les faire venir dans des lieux, assister à des rencontres etc. C'est moins facile et c'est ce qu' a fait ma prédécesseur et c'est ce qu'on continue tous à faire, y compris en explorant de nouveaux terrains, par exemple le jeu vidéo. Ce dernier, on peut l'aborder pas seulement en jouant, mais aussi comme une nouvelle manière de parler de la société. On aimerait par exemple, faire une exposition sur la représentation du travail dans les jeux vidéo, de façon à intéresser, à la fois, les jeunes qui jouent, mais aussi les seniors, comme moi, qui ne jouent pas trop, mais qui, quand même sont intéressés par cette nouvelle forme de création culturelle..
Comptez-vous apporter des changements?
Des changements? Peut-être. Pour mieux faire comprendre ce qu'on fait, il serait intéressant de faire davantage de temps forts. Pendant une journée, par exemple, on fera un hommage, à titre d'exemple, à Assia Djebar, ou à Frantz Fanon dont ce sont les anniversaires...
Comment ça?
On s'est dit qu'on allait choisir quelques occasions, comme l'hommage à ces deux personnes dont je viens de parler et pendant tout un après -midi, on pourrait aussi bien voir des films, discuter d'un ouvrage, entendre des chansons, faire de la lecture... L'idée, est que les gens puissent venir pour se plonger dans un univers pendant une journée entière. L'objectif est qu'on travaille sur des évènements qui sont populaires, ici ou ailleurs. Je pense à titre d'exemple à la journée du 20 mai qui est la journée du vivre-ensemble pour la paix dans le monde, qui est un évènement qui se passe dans toute l'Algérie. Nous, aussi, on y participera cette année, avec quelque chose autour du couscous, je vous en dis pas plus! Il y a aussi, la fête de la musique, bien sûr... en tout cas, l'idée est d'avoir régulièrement des moments festifs où l'on peut venir et piocher parmi les différents évènements... Il y a également, bien évidemment, la Journée mondiale de la langue arabe qui se tient au mois de décembre, on a toujours un temps fort également sur le numérique au mois de novembre, le mois du patrimoine en Algérie auquel on va participer... L'idée c'est vraiment de faire un mix entre les temps forts internationaux comme la Journée internationale des droits des femmes et les temps forts importants qui se font en Algérie. En ce moment, c'est le mois de la francophonie. C'est toujours très important. La semaine prochaine, il va y avoir une exposition assez sympa à l'école d'Hydra qui est l'annexe dédiée aux cours de français. Comme vous le savez, l'idée de la francophonie c'est de dire que ce n'est pas seulement la France, mais c'est la francophonie c'est-à-dire des possibilités de voyage, de travail dans le monde entier...On travaille par exemple avec le Canada, qui a choisi un film qu'il va montrer chez nous. On a invité la semaine dernière un auteur mauritanien etc. Pour nous, c'est très important. évidemment, on veut inciter les jeunes à apprendre la langue française, mais dans une perspective de multilinguisme c'est-à-dire qu'on ne dit pas du tout, «choisissez le français plutôt que l'anglais», il faut certes, l'anglais, mais il faut le français aussi et le français c'est la francophonie et on travaille ensemble. Cela ne concerne pas seulement l'Institut français et la France, mais c'est aussi nos collègues européens ou internationaux avec qui on partage la langue française et avec qui on monte des projets en commun, en étant ouverts sur les autres et ouverts sur le monde.
Aviez-vous une idée sur l'Algérie avant de venir vous y installer et comptiez-vous visiter le pays?
Je suis historienne de formation, donc évidemment l'histoire de la France et l'Algérie m'avait beaucoup intéressée. Personne en France ne peut ignorer l'Algérie, parce qu'il y a tellement d'influences musicales, culinaires, des références dans les livres, la peinture etc. On a souvent une vision de l'Algérie qui est très positive d'ailleurs. Quand j'ai dit à mes amis que je partais en Algérie, tout le monde était ébahi et me disait qu'il rêvait de venir en Algérie. J'ai d'ailleurs, déjà travaillé pour le président de la République. Quand Benjamin Stora a remis au président de la République un rapport, sachant que la demande du président de la République était de comment faire pour que les jeunes générations tournent la page et ne supportent plus le poids de l'Histoire qui est celle de leurs parents ou grands-parents, le président de la République m'a demandé de travailler à la mise en oeuvre des préconisations de ce rapport. J'ai donc travaillé beaucoup avec Benjamin Stora, notamment sur le sujet de la reconnaissance de l'assassinat d' Ali Boumenjel ou encore sur l'ouverture des archives...J'ai fait cela pendant deux ans, entre 2022 et 2024, ce qui m'a permis d'approfondir ma connaissance de l'Algérie, sur l'Algérie d'aujourd'hui et les attentes de la jeunesse des deux côtés. Aussi, J'étais venue il y a très longtemps à Djanet, j'ai eu la chance de visiter Djanet et le Tassili avec mes enfants. Et là, j'ai fortement l'intention de visiter tout le reste! J'ai la chance d'avoir les cinq instituts français sous ma responsabilité dont j'ai déjà été dans leurs villes, qui sont toutes très différentes et superbes. Maintenant, je me déplace aussi en train, pour mieux voir le paysage. Pour l'instant, j'ai beaucoup de travail, mais dès que j'aurai du temps je me ferai une très longue liste des lieux que j'aimerai aller voir et je n'aurai sûrement pas fait le tour de l'Algérie dans les quatre ans de mon mandat. J'en ferai en tout cas le maximum!
Un dernier mot?
Deux choses que je voulais rajouter et sur lesquelles j'aimerai insister. D'abord, la médiathèque qui a réouvert, même si pour l'instant on est en phase de rodage. On fera un grand évènement lors de son ouverture le 12 avril. Elle est dotée maintenant d'un espace pour les enfants qui est superbe! Tous les autres instituts possèdent des médiathèques. J'aimerai aussi faire la promotion d'un outil qui permet à des gens qui sont éloignés d'avoir accès à la lecture grâce à «Culturetech». C'est une interface sur laquelle on peut avoir accès à énormément de livres, de bd, de journaux même. Pour la faire connaître, on a lancé cette année le prix des médiathéquaires où des jeunes qui peuvent être très éloignés de notre réseau, puissent participer, en lisant en ligne, cinq livres et en votant pour leur choix préféré. On aimerait que ce support soit mieux connu car ça peut être vraiment une ouverture très importante sur le monde quand on est loin d'une librairie ou d'une bibliothèque etc. aussi, j'aimerai souligner également qu'on fait beaucoup de choses pour les enfants. Il y a maintenant des activités pour les tout petits à partir de trois ans, qui permettent de découvrir la langue française, mais aussi de s'amuser dans les médiathèques mais aussi dans le cadre de sessions pendant les vacances avec les ciné-goûters. Et ça, c'est très important à savoir pour les parents à qui ça peut intéresser.