France 3 diffuse l’indécente «action» humanitaire de Madame Massu
Alors que le 11 mars, France Télévisions a annoncé déprogrammer le documentaire Algérie, Sections Armes Spéciales, initialement prévu sur France 5, le 16 mars, France 3, également chaîne du groupe France Télévisions, a programmé le 20 mars un documentaire inédit sur un fait indécent de l'histoire de la guerre d'Algérie. Les enfants de Madame Massu, un documentaire de la propagande coloniale française.
En 1957, durant la bataille d'Alger des enfants, souvent orphelins de guerre, sont livrés à eux-mêmes. Ils survivent, condamnés à l'errance au milieu du conflit qui s'intensifie de jour en jour. En avril de cette même année, Suzanne Massu, femme du général Massu, décide alors de créer «l'Association pour la formation de la jeunesse» (AFJ) et installe un centre d'accueil pour jeunes garçons à Bab El Oued. Elle souhaite recueillir ces jeunes enfants algériens et français récupérés par les militaires français dans la rue. Ce lieu permet de les héberger et de les nourrir. Mais derrière cette action humaniste, se trouve un projet colonial non déclaré dans une Algérie où la jeunesse est au centre des préoccupations. Plusieurs centres associés à l'AFJ ouvrent dans d'autres villes algériennes, portant à près de 800 le nombre d'enfants pris en charge par l'association.
En 1960, Suzanne Massu doit quitter l'Algérie pour suivre son mari déchu de ses fonctions. Se pose alors la question du sort des pensionnaires de l'AFJ. Alertée par le personnel de l'association, Suzanne Massu décide de les rapatrier dans le Béarn où certains ont déjà passé plusieurs étés.
En 1961, l'indépendance de l'Algérie est inéluctable et la question du retour au pays d'origine pour ces enfants le devient aussi. Sans repères et fortement incités par les membres de l'association, la majorité des enfants resteront en terre béarnaise.
Dans le documentaire, les témoignages des trois protagonistes oscillent entre leurs souvenirs d'enfants en Algérie, mais aussi au Béarn, dans le château Planterose à Moumour près d'Oloron-Sainte-Marie, où ils résidaient.
C'est l'histoire indécente d'une action humanitaire mêlant des enfants pris dans le tourbillon de l'Histoire. Rapatriés en France par Suzanne Massu, la femme du célèbre général, de petits Algériens, enfants de la guerre, ont dû tout abandonner pour devenir de «vrais» Français.
Ce documentaire inédit raconte l'histoire de Daniel, Francis et Frédéric qui ont été contraints de quitter une Algérie en guerre pour s'installer dans le Béarn, loin de leur pays.
C'est également le cas d'enfants algériens récupérés de la rue et enrôlés comme des petits «cadets» de l'armée française. Puisque Massu les a obligés à défiler dans la rue comme des soldats. Suzanne Massu, personnage clé du documentaire, est une résistante qui a suivi la division Leclerc jusqu'en Allemagne à la tête des «Rochambelles», un groupe d'infirmières et d'ambulancières. Elle épouse Jacques Massu en 1948 après avoir divorcé de l'avocat Henri Torrès. Elle accompagnera son époux en Algérie en 1957. Elle décède en 1977. Son époux lui succédera au sein de l'association.
L'idée de ce documentaire des deux auteurs, Maxime Ruiz et Stéphane Bihan, a également voulu dénoncer une propagande coloniale initiée par la femme du général Massu qui ne dit pas son nom.