Zahra Harkat à L’Expression
«Il faut offrir au public une production continue»
Elle est l’incarnation du mot « bienveillance ». Elle maîtrise l’art de la communication. Femme à muli casquettes, elle passe de l’une à l’autre avec aisance. Tantôt journaliste télé ou animatrice sur scène, comédienne dans des feuilletons, Zahra Harkat est un bout de train des plus dynamiques, dont le visage et le jeu ne vous auront certainement pas laissé indifférent, que ce soit dans la série Lefrak, Timoucha ou encore Zahra daoui hali . Ici, elle nous parle de son métier, non sans évoquer avec nous sa récente participation au festival « Série Mania »….

L’Expression : On vous a vue cette année durant le mois de Ramadhan dans pas mal de productions. Pourriez-vous nous en parler ?
Zahra Harkat : C’est devenu comme un rendez-vous pour nous. Chaque comédien, réalisateur et technicien de la fiction en Algérie, un rendez-vous à ne pas manquer. Nous sommes, tous, je pense très heureux de retrouver notre public et d’incarner des personnages qui reflètent la société algérienne, les problématiques de la société algérienne et d’essayer d’apporter toujours un peu de douceur et un petit clin d’œil à ces femmes et hommes forts qui font partie de nos familles et notre société. Mon rôle dans Lefrak était un rôle extrêmement touchant pour moi, parce que c’est la première fois que j’incarne un rôle d’une femme plus âgée , très forte, en apparence, mais fragile à l’intérieur , voire brisée car elle a vécu énormément de drames, notamment la perte de son frère dont elle était très proche , la disparition de son fils , plein d’évènements tragiques dans sa vie, mais elle est restée constamment la tête haute, toujours fière en essayant de garder durablement cette union familiale qui est très importante. À travers cette série, on sent combien la femme et la mère sont des piliers très importants dans notre société. Donc j’ai été extrêmement ravie d’incarner ce rôle, parce qu’en tant que maman, j’avais comme un devoir de pouvoir transmettre une émotion forte par rapport à la maternité , liée à la perte d’un enfant et par rapport aussi au fait de demeurer forte et combattante ;tout en gardant espoir en la vie.
On vous a vue dans un autre registre, jouer dans le sitcom Timoucha de Yahia Mouzahem. Un registre complètement différent, donc vous êtes apte à faire aussi de la comédie ?
Mais oui. Pourquoi pas. Je pense que, lorsque on est comédien, on aime tout faire, toucher à tout. J’ai fait mes pas dans le « drama » et j’avais envie de faire autre chose, parce qu’incarner des rôles dramatiques, c’est assez pesant sur nous, sur notre personnalité. J’avais aussi envie de proposer autre chose cette année aux téléspectateurs. J’ai été extrêmement honorée et ravie de collaborer avec Mouzahem Yahia dans cette série avec mes chers amis que ce soit khaled Benaïssa, Krimo Derradji , Mina Lachter et tant d’autres . Aussi, j’ai trop adoré le rôle de Sara. C’est une femme battante qui a fait ses études à l’étranger et qui vient pour remonter le niveau de la société et qui reste forte en face de « Monsieur Amine », qui est quand même beau gosse, intéressant. Elle lui a tenu tête jusqu’au bout.
On vous a vue aussi dans le rôle d’une psychologue assez spéciale. La question est, êtes-vous véritablement de formation psychologue ?
Absolument pas. C’est une fiction. En fait, dans ce concept de mini-série, j’ai voulu vraiment mélanger la fiction et la réalité, de façon à ce que les gens se posent la question de savoir si on était en train de jouer vraiment ou pas. Dans l’écriture du scénario que j’ai co-écrit avec Reda Seddiki et Wary Nichen qui sont deux grands auteurs du stand up et de l’humour algérien, établis en France, on a concocté ce petit mélange « fiction/réalité » et ça a beaucoup pris. J’ai eu énormément de retour. Le plus important est que l’on nous disait que c’était frais et différent, moderne et que ça reflétait aussi l’Algérie d’aujourd’hui. Oui, pendant le Ramadhan on peut regarder des sujets importants qui ont du sens, mais on peut aussi se divertir. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais il y avait une morale à chaque épisode. On racontait des faits qui étaient réels, pris dans la réalité de nos protagonistes, acteurs et artistes et on essayait de les rendre en fiction mais toujours pour transmettre une réponse ou une idée positive à la fin.
Vous avez récemment fait partie d’ une délégation algérienne, à Lille,en France, dans le cadre du festival international « Série Mania ». Un mot là-dessus…
C’était exceptionnel. C’est la première fois qu’une délégation algérienne est conviée à un festival aussi important, qu’est le festival de la ‘ « série ». Ils ont mis à l’honneur tout le travail qu’on accomplit depuis des années. Pas que moi, tous mes prédécesseurs, en tant que producteurs, réalisateurs et toute cette ardeur et l’acharnement qu’on met chaque année, pour proposer des programmes de qualité, durant le Ramadhan, ont produit leurs fruits, puisque, aujourd’hui, nous sommes reconnus, remarqués, détectés par les plates-formes, par les chaînes télé et les diffuseurs internationaux. Ils ont compris à quel point aussi il était important d’entendre et de valoriser le travail des gens dans le Maghreb ou dans le monde arabe. On a pu donc faire une master class sur les séries télé du Ramadhan, expliquer les thématiques, l’évolution des thèmes, des techniques, l’éventail de rôles et de personnages qu’on pouvait aborder. On a eu un accueil exceptionnel. Je remercie Sofiane Zermani de nous avoir mis en avant de la sorte parce qu’on a pu vraiment représenter l’Algérie, parler de nous au grand public et j’espère que ce ne sera que le premier pas pour pouvoir exporter notre « drama » ou notre fiction à l’international, Ce mois de Ramadhan a, une fois de plus, été une vitrine exceptionnelle pour les productions algériennes, tant en comédie qu’en drama. Mais ce que l’on constate, c’est que malgré la richesse de l’offre, la concentration de toutes ces œuvres sur une période aussi courte empêche le public d’en profiter pleinement. Beaucoup de téléspectateurs m’ont confié leur frustration de ne pas avoir le temps d’apprécier chaque série, chaque sitcom comme il se doit. Et ce qui ressort clairement, c’est que le public algérien aime profondément ses productions nationales, il y est attaché. Il est donc temps – vraiment – que ces fictions sortent de la boîte du Ramadhan et trouvent leur place tout au long de l’année. Je pense qu’il est essentiel que cette évolution soit portée à la fois par les annonceurs, les diffuseurs et les producteurs. Nous, artistes, comédiens, techniciens, nous sommes plus que prêts à accompagner ce changement. Il faut passer de la « série du Ramadhan » à la « série algérienne » tout court. Offrir au public une production continue, riche, variée, et à la hauteur de ses attentes, c’est aussi reconnaître la valeur de notre culture, de nos talents, et leur permettre de s’épanouir à travers une dynamique plus pérenne. C’est un appel à faire grandir notre industrie audiovisuelle de manière durable.