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L'ARMÉE, LA SOCIÉTÉ ET LES INSTITUTIONS

Les challenges d'une transition

En ayant pris l'engagement de ne plus recourir aux «putschs» ni à la répression des civils, depuis 1988, l'armée s'impose de plus en plus comme la garante des légitimités institutionnelles et constitutionnelles.

Cette spectaculaire mobilisation populaire aura aussi abouti à l'émergence d'une situation jusque-là inédite et inimaginable dans le contexte politique algérien tel qu'il se profilait sans appel jusque même au début de l'année en cours. Aucun expert ou spécialiste de l'Algérie n'avait en effet prévu un tel bouleversement social aussi bien en Algérie qu'à travers le monde. Ni, encore moins, vu venir le spectre d'un changement radical dont la spécificité est de se dérouler dans un pacifisme tel qu'il suscitera une grande admiration, voire même une certaine jalousie chez l'ancienne puissance coloniale, la France. Et cela à telle enseigne que de célèbres journalistes européens, dont le fameux Patrick Poivre d'Arvor, iront jusqu'à proposer le peuple algérien pour le prix Nobel de la paix. L'extraordinaire mobilisation antisystème du peuple algérien aura aussi fait basculer le rapport des forces qui acculera les partisans et courtiers du système dans leur dernier retranchement à travers l'instrumentalisation de la justice, aussi bien civile que militaire, la criminalisation de toute voix discordante, les menaces sur toutes les libertés légales et institutionnelles, et la volonté déclarée de tuer dans l'oeuf l'espoir né chez les millions d'Algériens, toutes catégories et générations confondues, qui n'ont de cesse de battre le pavé pacifiquement depuis le 16 février dernier à Kherrata.

On n'est plus en 62
Après 20 ans de bouteflikisme, en filigrane duquel certains partis et associations et, dans une certaine mesure, des personnalités rendues célè-bres par leur participation aux successifs gouvernements, en tant que ministre ou en tant que chef de parti ou d'association de la défunte coalition présidentielle, ont excellé dans la soumission la plus totale aux maî-tres du système et à l'asservissement le plus trivial, se donnent, aujourd'hui, en spectacle monté de tristes actes de trahison et de flagrants retournements de veste, dont la célèbre expression «Le roi est mort, vive le roi!». Aussi se montrant insensibles à toute dignité, certains partisans et courtiers du système se déclarent publiquement prêts à soutenir aveuglément le nouveau maître des lieux, tout en déniant toute légitimité à leurs protecteurs de la veille. Cette triste réalité rappelle les premiers jours de l'indépendance et le ralliement des soi-disant maquisards de la 25e heure ou du 19 mars à la cause du tandem Ben Bella- Boumediene dans leur marche sur Alger.
Des souvenirs qui ont marqué le cessez-le feu. Pour Lakhdar Bouragaâ, commandant à la Wilaya IV historique, «il y avait trois Algériens: le premier a reconquis ses rues et criait sa joie et sa liberté enfin arrachée; le deuxième s'est précipité pour prendre le bateau et quitter son pays, laissant tout derrière lui; mais le troisième, installé à l'extérieur, rentre dans son pays et y imposa son système. 57 ans après, le même système ne lâche pas prise. Mais on n'est plus en 62, maintenant il n'y a qu'un Algérien, et non pas trois, qui dit «tetnahaw gaâ». Il serait erroné de croire que le peuple oublie et ne retient rien. La mémoire des premiers jours de l'indépendance, la confiscation des libertés, la mise en échec de la première Assemblée constituante, les dérives autoritaires des Ben Bella-Boumediene, les années de plomb de la dictature militaire des années 1970, les dérives libérales de l'ère Chadli et les millionnaires qui font leur apparition au grand jour après octobre 1988! A chaque fois, le peuple a dû faire des sacrifices et ajourner ses aspirations à la liberté, à la justice sociale et à la prospérité! Il n'oublie rien, non plus, des premiers jours d'octobre et des espoirs suscités, la manipulation des groupes islamistes et du FIS dissous, l'arrêt du processus électoral et la mise à mort de la République par les militaires pour soi-disant sauver la République, l'assassinat du président Boudiaf, les milliers de morts et de disparus, le pacte avec les terroristes de la veille, la répression sanglante de la Kabylie, les viols de la Constitution et, pour finir, les nouveaux milliardaires!

La rupture
C'est cette mémoire qui anime les nouvelles générations pleines de courage, d'énergie et de détermination et qui a accouché d'un mot d'ordre de génie:
«Tetnahaw gaâ» (vous allez tous partir). Il s'agit d'une rupture avec tous les acteurs et les symboles du passé et d'une exigence de refonder un Etat sans aliénation politique, sociale, culturelle, historique, religieuse. C'est cette mémoire qui prémunit le peuple contre les dérives et les divisions et l'aide à maintenir le cap sur un véritable processus constituant souverain, préalable à la naissance d'une nouvelle République algérienne véritablement démocratique et sociale.
Dans quelle mesure peut-on apprécier la détermination de l'armée à aller que coûte que coûte à l'élection présidentielle le 4 juillet prochain? Si le challenge est réalisable au plan technique, il est quasi incertain au plan politique du moment que le peuple rejette massivement cette élection à moins qu'on assiste à un revirement populaire massif d'ici le 3 juillet, ce qui serait inimaginable, aussi inimaginable que l'irruption du 22 février. Car, dans ces conditions de rejet actuelles, vouloir élire un président le 4 juillet prochain revient à opérer un coup de force contre la volonté populaire.

L'impossible challenge
La transition et le renouveau que revendique le peuple ne doivent pas épargner l'institution militaire. «Tous les Algériens attendent une transition politique et démocratique parce que derrière la question du cinquième mandat, c'est une revendication qui touche à l'ensemble du fonctionnement du système politique», constate Zoubida Assoul, présidente de Mouwatana, C'est-à-dire que s'il y a renoncement au cinquième mandat, volonté d'ouverture et d'accompagner le peuple dans ses revendications, l'état-major de l'armée, coeur du système, ne doit pas conserver tous les anciens artifices pour ne pas tomber dans Le piège de la célèbre formule du film Le Guépard: «Il faut tout changer pour ne rien changer.» Le changement revendiqué et le renouveau porté par des millions d'Algériens sur les scènes nationale, régionale et internationale interpellent les consciences et se prêtent à de profondes méditations à tous les niveaux de la société. L'institution militaire sera-t-elle en marge de ce mouvement profond et historique qui berce le peuple? «Le Hirak va donner l'occasion à de jeunes officiers d'être promus pour assurer la relève nécessaire dans la hiérarchie militaire», analyse le sociologue, Addi Lahouari. «L'armée doit saisir cette occasion en or du Hirak pour se retirer du champ politique et qu'elle laisse les civils élus par le peuple diriger l'Etat», souhaite Addi, ajoutant que «toutes les armées qui ont fait de la politique se sont salies soit par les meurtres et assassinats soit par la corruption». Les Algériens ont montré qu'ils savent protéger l'unité nationale. La hiérarchie doit aussi se rajeunir. Dernier point: «l'armée est une institution qui appartient au peuple et non la hiérarchie militaire. Tout militaire qui enfreint la loi doit être mis à la retraite et poursuivi en justice en fonction du délit commis», note-t-il. «Beaucoup d'officiers souhaitent un Etat de droit et ne souhaitent pas s'immiscer dans la politique comme l'ont fait leurs aînés. Ils souhaitent se consacrer aux affaires militaires et ne pas s'occuper de politique. Et c'est l'avis de la jeune génération d'officiers», fait savoir le sociologue Addi. Pour Zoubida Assoul «le vent du changement qui souffle sur notre pays ne doit pas épargner l'institution militaire. La transition que revendique le peuple doit toucher l'institution militaire et lui permettre un rajeunissement et un équilibre générationnel».

L'armée est une institution de l'Etat
L'ancien général, chef des forces navales, Mohand Tahar Yala souligne qu'à l'indépendance, l'Algérie avait un corps d'officiers supérieurs parmi les plus jeunes au monde et aujourd'hui «nous avons un corps d'officiers de plus en plus vieillissant». Sur le plan de la loi, théoriquement, l'évolution professionnelle d'un officier supérieur, explique l'ancien général, l'Algérie a, tant du point de vue régional qu'international, la meilleure des lois qui gère la vie professionnelle d'un officier supérieur». Mais l'armée est aussi une institution de l'Etat et de la République comme toutes les autres. Elle peut connaître des dérives comme la corruption, l'abus du pouvoir dans les rangs des officiers supérieurs. Il en veut pour preuve, les généraux-majors qui se succèdent à la barre des accusés pour motif «abus du pouvoir, détournements, et d'autres chefs d'inculpations, renseignent sur l'urgence de reconstruire cette institution et la projeter dans le nouveau monde». La crise de 1992 a permis, à cet effet, de voir clair et de trancher nettement la question. L'armée a une mission bien définie: défendre l'intégrité territoriale et la paix civile. Par conséquent, le rôle du commandement militaire doit se limiter aux missions qui sont les siennes. Gaïd Salah, le chef d'état-major de l'armée, en est conscient.

Une année conventionnelle
Benyoucef Melouk soutient que «l'armée algérienne possède toutes les qualités requises, en matière d'effectifs, d'équipements et de compétences, notamment pour être garante des engagements qu'elle prend vis-à-vis du peuple» à condition, nuance -t-il «qu'elle soit dirigée au sommet de la hiérarchie par des officiers supérieurs, patriotes et compétents, et non par des généraux gravement impliqués dans le système qui a mené le pays dans de graves crises économiques et politiques». Au regard de leur formation pratique et théorique dans les grandes écoles de par le monde, en plus d'être rompus aux techniques militaires et aux nouvelles technologies les plus actualisées et performantes de l'époque, ces jeunes officiers, tous corps d'armée confondus, incarnent à la fois les divers aspects de la modernité et de la mondialisation. Par ailleurs, il convient de paraphraser le professeur Mohamed Lakhdar Maougal: «Il n'est pas tout à fait vrai, dans une certaine mesure, de considérer que c'est l'armée qui protège le peuple.» En ce sens, notamment, que la nature révolutionnaire qui caractérise le phénomène de Hirak tend à bouleverser complètement la relation peuple-armée. La nouveauté dans le cas algérien réside dans le fait que l'Armée populaire nationale (ANP) soit directement impliquée dans la prise de conscience du peuple et même qu'elle tende à en devenir la principale résultante ou carrément une production propre qui aura en plus incarné l'expérience de nombre de formes de luttes allant des révoltes paysannes à la guerre de Libération nationale. Par définition, l'armée conventionnelle implique la notion de défense nationale, dont la principale mission consiste, à la fois, à assurer la sécurité intérieure et la défense des frontières du pays. En ayant pris l'engagement de ne plus recourir aux «putschs» ni à la répression des civils, depuis 1988, elle s'impose de plus en plus comme la garante des légitimités institutionnelles et constitutionnelles même si ces institutions sont le résultat de dérives bureaucratiques et illégitimes du pouvoir exécutif.

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