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Ali Laskri, coordinateur de l’instance présidentielle, à L’Expression

«Nous voulons un dialogue sans exclusive»

Ali Laskri, coordinateur de l’instance présidentielle du Front des forces socialistes (FFS), assure dans cette interview que «le changement du système politique est une condition nécessaire pour le développement du pays et la sauvegarde de son indépendance politique et économique». Il expliquera aussi que «le FFS est réceptif et attentif à l’évolution de ces propositions de sortie de crise émanant de l’opposition». Ali Laskri affirme «l’entière disponibilité à les discuter et en débattre dans un cadre approprié et favorable à l’émergence d’une issue consensuelle et adaptée à la crise multidimensionnelle qui mine l’avenir du pays».

L’Expression : Qu’y a-t-il de changé entre l’avant et l’après-Bouteflika ?
Ali Laskri : Aucun changement n’est malheureusement visible. Au lieu que les tenants du pouvoir réel répondent aux revendications du mouvement révolutionnaire pacifique, ils persistent à contourner la volonté du peuple algérien afin de se régénérer et de maintenir le statu quo. Face à la mobilisation et la démonstration de force populaire dans tout le pays, les tenants du pouvoir ont multiplié leurs manœuvres de diversion et leurs manigances dans l’unique objectif de mettre en échec la révolution populaire pacifique. Aujourd’hui, le peuple algérien ne croit plus aux solutions émanant des tenants du pouvoir, qui s’inscrivent dans l’alternance clanique. Il est convaincu que le système est finissant et que l’alternative démocratique est en marche. Aujourd’hui, nous sommes dans une véritable impasse politique voulue par le régime de par son entêtement à défendre la solution constitutionnelle malgré les violations récurrentes de la Constitution et la concentration de tous les pouvoirs sur un seul homme, le chef de l’Etat que le peuple algérien a fait démissionner par un sursaut de dignité suite à sa mobilisation et sa révolte pacifique à Kherrata, ville martyre, le 16 février et dans toute l’Algérie, depuis le 22 février 2019. Actuellement, le pouvoir réel est assumé et exercé entièrement par l’état-major de l’armée qui lègue occasionnellement quelques-unes de ses attributions de façade à un fonctionnaire à la tête de l’Etat et un gouvernement factice et impopulaire.

Dans l’affrontement entre le système et le mouvement populaire, quelles solutions constitutionnelles ou politiques conviennent-elles ?
Le système a conduit le pays après plus d’un demi-siècle d’indépendance à une situation désastreuse en termes de gouvernance et de développement aussi bien humain, social et économique face à des institutions inopérantes, discréditées, illégitimes et impopulaires, fermées à toute expression démocratique ; ce qui a amené le peuple algérien à faire de la rue l’unique et dernier espace pour clamer haut et fort sa colère et sa révolte contre ce système, à la fois clanique, dictatorial, despotique, obsolète et dépassé. Un système bâti depuis 1962 par le recours aux coups de force, à la violence, à l’injustice, au déni de droit, à l’absence de liberté, à la corruption et à la répression, un système autoritaire tout à l’opposé de l’Etat de droit. Le peuple algérien s’est mobilisé pacifiquement à travers tout le pays et à l’étranger, car dépossédé de sa souveraineté et de ses libertés confisquées. La responsabilité des tenants du pouvoir réel est totale pour avoir rejeté systématiquement toute solution pacifique, politique et démocratique, à la crise, et pour avoir empêché toute alternative crédible. Pour le FFS, libérer une dynamique politique de construction démocratique de l’Etat et de la société est une priorité extrême en vue d’amorcer une véritable transition démocratique pour l’avènement d’une deuxième République avec la mise en place d’une période de transition la plus courte possible et l’élection d’une Assemblée constituante comme première étape.

Cela étant, le mouvement populaire a des points forts et des faiblesses aussi…
Cette formidable mobilisation pacifique démontre une fois de plus l’avance prise par le peuple par rapport aux tenants du système. Le mouvement citoyen révolutionnaire, volcan dormant qui s’est soulevé dans un sursaut de dignité à travers tout le territoire national depuis le 22 février, est la cristallisation de luttes démocratiques, durant des décennies, arrivées à maturité. Le mouvement populaire exige un changement du système et non un changement dans le système. Le mouvement citoyen tire sa force de son caractère pacifique et unitaire. Au FFS nous avons exprimé notre solidarité et notre soutien indéfectible au mouvement dès le début et nous avons appelé nos militants et nos élus à le rejoindre jusqu’à satisfaction complète des revendications démocratiques en mettant en garde les tenants du pouvoir contre toute entrave au droit à la manifestation et la contestation.

L’armée actuelle, bouclier de la nation et du peuple ou est-elle dans une tentation à la Sissi ?
Le FFS est très attaché à la déclaration du 1er Novembre 1954 et aux résolutions du congrès de la Soummam, la principale d’entre elle est la primauté du politique sur le militaire, elle est d’actualité. Nous assistons à une bipolarisation de la vie politique avec le peuple d’un côté et le chef de l’état-major de l’autre. Ce dernier a déclaré récemment que l’état-major n’est pas tenté par le pouvoir, l’avenir nous le dira. Le FFS considère que l’institution militaire est détentrice de pouvoir réel dans notre pays. Elle est plus que jamais interpellée à ne pas contourner la volonté populaire et à éviter tout coup de force et faux dialogues en constatant l’échec de l’organisation d’une élection le 4 juillet prochain. Une élection qui ne vise qu’à pérenniser, renforcer, et consolider le système tout en rejetant encore une fois la véritable solution d’une transition démocratique telle que proposée par le mouvement populaire et les acteurs politiques et sociaux. Cela, afin d’éviter l’impasse et l’installation d’incertitudes graves. Elle doit assurer sa mission de défense de l’intégrité territoriale, de la sécurité et de l’unité nationale. Elle ne peut être que garante du respect d’un processus de transition.

Qu’en est-il des facteurs extérieurs et facteurs internes pesant sur la révolution ?
L’Algérie évolue dans un environnement international et régional difficile, très menaçant et pour y faire face le changement du système est devenu une exigence politique majeure et une nécessité historique. Au tout début de la révolte populaire, la communauté internationale a exprimé son admiration pour la mobilisation pacifique et organisée des Algériens. Au FFS nous avons dans un communiqué mis en garde contre toute ingérence étrangère et contre tout soutien étranger au pouvoir. Au FFS nous sommes convaincus que le changement est inévitable et gagnerait à se faire de manière pacifique et consensuelle. Le changement du système politique est une condition nécessaire pour le développement du pays et la sauvegarde de son indépendance politique et économique. Le changement du système politique doit s’accompagner par un changement de politique économique qui préserve la souveraineté nationale dans le contexte de la mondialisation. Il n’existe pas de solution de rechange à un changement démocratique du système qui préservera le pays des menaces contre sa stabilité, son unité et sa souveraineté. Au FFS nous faisons porter l’entière responsabilité aux tenants du régime, si le statu quo actuel perdure, sur les atteintes à la cohésion sociale du fait des agressions multiformes que véhicule la mondialisation.

Qui est en mesure de prendre en charge une solution de transition politique ?
Le FFS qui a toujours été un fervent défenseur du principe du dialogue et des solutions politiques concertées et négociées, a mis en avant depuis plus de deux mois une initiative de sortie de crise «pour l’avènement de la IIe République», notre parti n’est pas resté au stade de propositions puisqu’il a déjà entamé un programme de rencontres avec des personnalités nationales, syndicales et de la société civile. A cet effet, le FFS propose la tenue d’une conférence nationale de concertation et de dialogue regroupant les forces vives du changement démocratique dans des délais raisonnables. Cette rencontre servira d’assises à un vrai pacte politique consensuel qui définira par la suite les contours du processus de transition démocratique dans notre pays.

Maintenant que le Conseil constitutionnel a officiellement annulé l’élection du 4 juillet prochain, quelle transition ou quelle solution faudrait-il ?
Le FFS rejette l’élection non démocratique du 4 juillet et tout processus de transition qui serait conduit par le régime et ses hommes, dont la finalité prévisible est la pérennisation du système en place. Notre parti constate avec beaucoup de fierté et de satisfaction que l’opposition sous toutes ses formes, partis politiques, organisations sociales, syndicats et autres personnalités nationales, est en pleine effervescence. Cette nouvelle dynamique ne peut être que bénéfique et salvatrice pour accompagner le peuple dans sa révolution pacifique contre un système autoritaire. La multiplication des initiatives politiques de sortie de crise traduit parfaitement la volonté des acteurs politiques et sociaux à contribuer efficacement et sincèrement à l’édification d’une nouvelle République, une
IIe République. Le FFS est réceptif et attentif à l’évolution de ces propositions de sortie de crise émanant de l’opposition et affirme son entière disponibilité à les discuter et en débattre dans un cadre approprié et favorable à l’émergence d’une issue consensuelle et adaptée à la crise multidimensionnelle qui mine l’avenir du pays. A notre sens la mise en place d’institutions de transition passe par le dialogue à travers une conférence souveraine, un pacte politique, une convention nationale de suivi et de contrôle de la transition, une instance de suppléance et un gouvernement de transition. Pour le FFS cela ne s’inscrit pas dans la déclaration du chef d’état-major de l’armée qui propose l’ouverture d’un dialogue pour aller rapidement à l’élection présidentielle sans transition politique. Le FFS rejette ce simulacre de dialogue dans le fond comme dans la forme, car il ne vise qu’à pérenniser le système actuel, les participants étant appelés simplement à cautionner une démarche déjà décidée par le régime. Le dialogue auquel le FFS appelle depuis sa création doit être inclusif impliquant la participation de tous les acteurs politiques et ceux de la société civile sans exclusive. Ce sont ces participants qui, en toute indépendance, définiront la feuille de route qui permettra d’organiser une élection présidentielle selon les normes universelles et de convenir des voies et moyens de réaliser une transition démocratique effective dans des délais raisonnables. Comme le FFS l’a préconisé dans sa proposition, en écho aux revendications du mouvement citoyen, aucun dialogue ne pourra s’engager véritablement, ni aboutir s’il ne se fixe pas comme objectif le changement radical du système avec l’élection d’une Assemblée nationale constituante et l’instauration de la IIe République.

Un commentaire sur le décès du docteur Kamel-Eddine Fekhar dans les geôles du régime…
Nous sommes révoltés, encore un crime au compte du régime despotique qui, depuis le 1er Novembre 2004, date de l’enlèvement de Kamel-Eddine Fekhar par la police politique en présence de Hocine Ait Ahmed, Abdelhamid Mehri et Mouloud Hamrouche. A l’occasion du 50ème anniversaire du déclenchement de la révolution, le régime n’a pas cessé de provoquer, de harceler le docteur Fekhar et les militants du FFS, le régime n’a jamais admis leur adhésion au FFS et l’enracinement du projet du FFS au sud du pays, la justice instrument du pouvoir est devenue un mouroir pour les militants politiques, des droits de l’homme et de la démocratie. Le docteur Fekhar par son abnégation, sa résistance et ses convictions politiques est parti en martyr de la liberté et de la démocratie. Le mouvement révolutionnaire pacifique doit lui rendre un grand hommage à la mesure de l’homme lui qui a été emprisonné depuis le 31 mars pour l’éloigner de la dynamique révolutionnaire et ne pas lui permettre d’être un des leaders d’opinion du mouvement citoyen et du changement du système. Au FFS nous demandons que toute la lumière soit faite sur les circonstances de la mort du docteur Fekhar en prison, tout en exigeant justice et vérité et que cet énième crime ne reste pas impuni.

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