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Journée mondiale de la culture africaine et afro-descendante (Jmca)

L’ADN de la Nation algérienne

Mettre en valeur ce riche patrimoine commun revient à promouvoir l’histoire multimillénaire de l’Afrique et l’Algérie berceaux de l’humanité.

Des campagnes de communication, un enseignement rénové de l'histoire des Arts dès l'école, une filière de l'architecture dédiée au patrimoine, des bourses d'études à l'étranger, ainsi que la création d'un Conseil supérieur pour la conservation et la protection du patrimoine culturel et historique en Algérie, puis à l'échelle du continent africain. Voici des pistes à discuter en ce début d'année 2022. Le patrimoine culturel et historique est l'ADN sur lequel se construisent l'État et la nation. Ignorer cet héritage venant des temps anciens, c'est prendre le risque de construire une histoire sans fondements solides, mais surtout de naviguer sans vue et sans vision, avec une boussole déréglée conduisant vers des horizons incertains.
Du fait de sa fonction sociale, le Patrimoine culturel est un médiateur essentiel entre la société et son histoire. Il reflète à la fois les ferments et les gloires du passé et préfigure l'avenir. Les questions liées à la préservation et à la restauration du patrimoine acquièrent ainsi des fonctions essentielles: les efforts de conservation et de mise en valeur témoignent de la vitalité et de l'optimisme d'une communauté nationale, l'indifférence à la vétusté et à la dégradation alarmante de grands sites culturels traduisent un mal- être collectif et une peur de l'avenir.
Nous déplorons, évidemment, le mauvais état de conservation de sites historiques tels que les ruines romaines de Tipaza, qui se visitent, aujourd'hui, sans véritable protection, le Mausolée royal de Maurétanie (également surnommé Tombeau de la Chrétienne) que certains visiteurs escaladent sans retenue; sans parler des nombreux autres sites africains, objets de vandalisme et de trafics en tous genres. Dilapider le patrimoine matériel et immatériel est grave, notre génération sera redevable devant celles à venir.
Les questions liées au patrimoine sont éminemment d'ordre politique. Décréter des normes, établir des directives et proposer des lois incombent principalement à l'Exécutif. L'ambition d'une politique se vérifie sur la volonté de faire avancer les dossiers de manière concrète. En la matière, ne nous voilons pas la face, nous sommes loin du compte.
Le patrimoine algérien et africain est si important et précieux qu'il est difficile de passer sous silence l'Histoire longue dont il est issu. Mettre en valeur ce riche patrimoine commun revient à promouvoir l'histoire multimillénaire de l'Afrique, berceau de l'humanité, et de l'Algérie en particulier.
Les grandes civilisations
Le patrimoine est dans une incessante régénération de lui-même. Les différentes guerres, les différents évènements contemporains ont aussi permis l'émergence et l'éligibilité au statut de patrimoine pour de nombreuses oeuvres. Les grandes civilisations ont laissé les traces de leurs passages par l'édification de sites monumentaux qu'elles nous ont légués, et au travers desquels nous essayons de décrypter les messages des peuples qui nous ont précédés. Les pyramides égyptiennes recèlent encore de nombreux secrets. Nous avons beaucoup à apprendre des techniques des métiers d'arts anciens africains, ou encore des savoirs également enfouis dans les nombreux manuscrits de Tombouctou au Mali. Les chantiers à mettre en oeuvre dans ce domaine sont nombreux. Il faut établir des règles de protection et de suivi des travaux, identifier les sites dans tous les territoires, procéder à leur classement suivant des normes à définir, régionales ou nationales et internationales, les labelliser puis les mettre à disposition de l'humanité tout entière.
La sensibilisation du public à la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel est une manière garantissant leur protection et leur mise en valeur pour les générations futures. Une campagne de communication sous le slogan « mon patrimoine, mon histoire», ne pourrait engendrer que de bons résultats.
L'enseignement est un vecteur essentiel à exploiter et à renforcer. L'histoire des Arts devrait trouver sa place dans les cursus scolaires, dès l'enseignement secondaire, voire plus tôt. La filière de l'architecture dédiée au patrimoine devrait être soutenue et les bourses d'études à l'étranger devraient être multipliées. Les défis environnementaux qui s'imposent à tous doivent nous inciter à accorder davantage d'intérêt aux pratiques et techniques qui ont fait leurs preuves tout au long du temps. Le développement durable trouve toute sa raison d'être dans la promotion de la conservation, la restauration et la protection du patrimoine. Nous avons encore beaucoup à apprendre des méthodes de constructions anciennes, soucieuses de l'environnement et de l'équilibre de la biodiversité.
Par la capacité et les richesses qu'offrent leurs grands espaces géographiques et territoriaux, les pays africains, notamment l'Algérie, peuvent surprendre encore le reste du monde sur ce sujet du patrimoine ancien. Pour cela, il faut, bien entendu, que l'ambition rime avec une réelle volonté politique dans ce domaine de la culture si particulier et tellement vulnérable.
Le continent africain regorge d'atouts, d'outils et de méthodes de protection pour préserver l'environnement immédiat. Ce ne sont ni les grands espaces ni les ressources de la nature, qui font défaut. Nombreux sont les pays qui, en s'appuyant sur la valorisation de leur patrimoine culturel et historique, bénéficient désormais d'un attrait touristique et économique important. En France, le visionnaire général de Gaulle, par l'intermédiaire de son ministre de la Culture, André Malraux, a édifié les bases d'une politique culturelle ambitieuse. Aujourd'hui, la France est devenue le pays le plus visité au monde.
Quelles actions concrètes?
Les principaux pays du pourtour méditerranéen tirent eux aussi des recettes importantes du tourisme culturel. La Chine, en ayant accueilli en juillet 2021, la 44e session du Comité du patrimoine mondial de l'Unesco à Fuzhou (Quanzhou), s'engage sur une politique ambitieuse de protection durable de son patrimoine ancien. Il est impératif que les pays africains commencent eux aussi à ouvrir une véritable réflexion, initient des actions concrètes en faveur de la restauration, de la conservation et la protection de leur patrimoine culturel. Il est reconnu qu'un euro investi dans ce domaine rapporte en moyenne 20 à 22 euros sur retour d'investissement dans l'économie globale. Le tourisme culturel induit un développement économique important. La demande d'infrastructures et le niveau de l'emploi évoluent en conséquence. Il y a des décisions symboliques qui semblent encourageantes. L'implantation du prochain Grand Musée de l'Afrique à Alger représente-t-elle la volonté de l'Union africaine pour le respect et la valorisation des cultures du continent?
En complément, on pourrait envisager la création d'un Conseil supérieur pour la conservation et la protection du patrimoine culturel et historique en Algérie, puis à l'échelle du continent. Il serait pourvu de différentes compétences, notamment en matière architecturale, archéologique et anthropologique. Il s'appuierait sur un fonds nourri par des financements innovants, en lien avec chaque État-membre. Sa mission serait d'aider à définir et promouvoir une vision culturelle spécifique de l'art et du patrimoine ancien africain. Une telle approche ne permettrait-elle pas d'enclencher une véritable politique africaine ambitieuse pour la culture et la défense du patrimoine?

 

*Vice-président Comité de Mobilisation - JMCA

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