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Station d’épuration des eaux usées

Un mécanisme au secours de l’agriculture

Nous en avons tous conscience: rien, désormais, ne sera pareil après la sécheresse de 2023 qui a ruiné notre récolte, cette année, et fait partir en fumée une partie de notre patrimoine forestier. Même si, pour en effacer jusqu'au douloureux et lancinant souvenir, l'État a mis de gros moyens, prenant totalement à son compte la campagne labours-semailles 2023-2024. Même si les producteurs, oubliant leur mésaventure dans ce drame, ont repris d'autant plus confiance, que, indemnisés, ils voient que l'État se tient toujours à leurs côtés. Et même si une pluviométrie idéalement répartie sur cette période cruciale qui s'étend de février à avril et sur laquelle se fondent, en principe, toutes les prévisions d'une bonne production, a providentiellement accompagné ces efforts. Il reste d'autres paramètres liés à un climat capricieux, ce cauchemar des paysans. Et cet agronome que nous rencontrions au service de l'hydraulique agricole de la DSA a eu raison, en évoquant «cette mer de verdure» que sont nos champs et nos prés de se garder d'un excès d'optimisme. On n'est jamais à l'abri d'un coup du sort.
Projet de trois nouvelles Step
Ici, à ce service travaillent trois agronomes. Et tous ne semblent pas avoir une seule minute à perdre. La campagne moisson-battage se profile déjà à l'horizon. On s'y prépare. L'ingénieur agronome et son collègue vont faire une sortie sur le terrain. Ils doivent rendre compte de la façon dont la plante, blé, orge ou avoine, se développe. Ils ont en outre, pour rôle d'animer des journées de formation et de sensibilisation à la Chambre d'agriculture au profit des quelque 15 000 ou 16 000 fellahs. C'est dire s'ils connaissaient les trois agronomes de la DSA et même cette autre ingénieure de l'hydraulique venue sans doute dans le cadre des préparatifs de la prochaine campagne. Nous nous désintéressons de ce qu'ils vont faire. C'est presque un travail routinier. Le nôtre qui nous a amenés assez tôt ce matin à la DSA a rapport aux stations d'épuration. Nous en avons déjà dit un mot lors de la visite du ministre de l'Hydraulique. Nous savons quelle politique agricole et quelle stratégie se bâtissent autour de ces ouvrages qui ont pour fonction de restituer aux eaux usées leur aspect primitif. Impropres à la consommation, elles sont d'un apport inespéré pour l'irrigation. L'ingénieure agronome en charge de ce dossier est Mme Haroun. Une visite précédente nous a fait apprécier la qualité de ce service. Notre objectif, est, tout en revenant sur ce sujet imparfaitement développé dans nos précédents papiers, de l'approfondir, et si possible, de le compléter.
Nous savons quelle importance est accordée aux trois stations d'épuration qui existent chez nous. Nous savons, d'après le document en notre possession qu'au moins deux étaient en panne. Celle de Sour El Ghozlane et celle de Lakhdaria. Une quatrième station est en cours de réalisation à Aïn Bessem. La visite du ministre, il y a une dizaine de jours à Bouira, n'a fait que confirmer ces données en notre possession. La nouveauté pour nous, ce sont les trois autres stations en voie de lancement. Mme Haroun, la chargée de l'hydraulique agricole cite les lieux de leur implantation: une à M'Chedallah (750 000 m3), une autre à Kadiria (1 050 000 m3) et une troisième à Haïzer (700 000 m3). Le total de production d'eau usée épurée est, avec celle de Aïn Bessem (1 750 000 m3),
de 4 250 000 m3. La superficie destinée à être irriguée est de 850 ha. La station de Bouira, est la plus importante en termes de production (25 840 m3/J) et la surface irrigable de 1 750 ha. Le total de ces superficies qui viendront s'ajouter aux 2 200 ha à Aïn Bessem et 5 515 à El Esnam est de 1 938 ha.
«Chaque année, on programme une station d'épuration», nous déclare Mme Haroun.
À ce compte, c'est chaque daïra et chaque commune qui pourraient se doter d'une installation de ce type. Et alors, adieu crise. En allégeant son programme de dotations au profit des périmètres irrigués, la wilaya permet à ces derniers de gagner en extension. Insubmersible comme lui. On croyait qu'à bord de ce monstre de béton et de ferraille, la wilaya de Bouira et des quatre autres qui y étaient raccordées, étaient à l'abri de toute surprise, et confiants en cette merveille de notre savoir-faire et de notre technologie, nous avions fait preuve d'une belle insouciance.
Le Titanic de l'hydraulique
Jusqu'au jour où, comme les passagers du Titanic, notre certitude s'est fracassée sur ce monstrueux iceberg: la sècheresse de 2023. Nous? C'est-à-dire nous, gens de Bouira. Nous savions, pour lâcher la métaphore et reprendre pied sur terre, que le barrage de Koudiet Acerdoune, d'une capacité de 640 millions de m3 était inépuisable! En d'autres termes, à l'épreuve d'une catastrophe de la nature et de la taille de celle de l'année dernière. Une erreur somme toute légitime. L'erreur de tous ceux qui consomment sans s'interroger beaucoup.
Mais les autorités, Mais l'État? Eux connaissaient la réalité. Eux la prévoyaient. Eux ont vu venir la crise terrible qui allait pomper en quelques mois cette masse d'eau infinie en apparence, et, eux, heureusement, ont pris les mesures qui s'imposaient.
Grâce à ces mesures, le pire, aujourd'hui, a été évité. Certaines communes ont souffert un peu plus que d'autres. On n'a pas eu de l'eau tous les jours, mais le cauchemar des jerricans et des longues files devant les puits était derrière nous.
L'idée donc des stations d'épuration et de l'utilisation de leur contenu n'est pas nouvelle. Si l'on se réfère à la mise en service de la plus ancienne des trois stations, on s'aperçoit que le projet de réutilisation des eaux usées à des fins d'irrigation est plus ancien que beaucoup ne le croient. La station d'épuration de Lakhdaria, en panne aujourd'hui, est entrée en service le 1er juillet 2011. Son eau traitée va se jeter dans le barrage de Béni Amrane. Celle de Bouira, mise en service en mars 2013, file tout droit vers oued D'Hous, lequel, tout naturellement, se déverse dans le barrage de Tilzdit. Quant à la station de Sour El Ghozlane qui fonctionnait depuis le 17 juillet 2009, elle alimentait le barrage de oued Lakhal. Mais qui, mieux que le document auquel nous nous référons peut préciser la date de ces projets auxquels cette idée a permis de prendre corps? Celui-ci cite en l'occurrence trois décrets: le 93-160 du 10 juillet 1993 et le 06-141 du 19 avril 2006 fixant les normes de rejet spécifiques à la réutilisation des eaux usées en agriculture. Puis le 07-149 du 20 mai 2007, ainsi que l'arrêté interministériel du 2 janvier 2012 fixant les modalités de réutilisation des eaux usées et la liste des cultures et les conditions de leur irrigation par les eaux usées épurées.
Que conclure, dès lors? Que les autorités ont commencé à réfléchir aux moyens de récupérer cette ressource, qui, une fois traitée, permettra de s'en servir au profit de certaines cultures et des arbres fruitiers. Il faut rappeler que l'utilisation des eaux des oueds polluées en été pour irriguer les champs de pomme de terre a défrayé la chronique vers les années 2000, et que le scandale qui en est résulté a mis du temps pour s'éteindre. La sécheresse qui avait alors frappé la région n'est pas sans rappeler celle de 2023.
Et cette réflexion de nos autorités sur cette situation critique a abouti à la réalisation de ces trois stations et à d'autres programmes qui en prévoient au moins trois autres dans les prochains mois. Le fait est que tous ces décrets entre en application dès l'année prochaine.
Des eaux usées, pour quelles cultures?
Nous abandonnons le document sur les stations d'épuration pour nous focaliser sur celui qui figure au Journal officiel et qui spécifie quelle sorte de cultures sont concernées par l'irrigation des eaux usées traitées. Selon l'arrêté interministériel qui fixe les spécifications des eaux usées épurées, ce sont les arbres fruitiers, les agrumes, les cultures fourragères, céréalières, les arbustes fourragers, les plantes florales. Très exhaustif, très clair, un véritable cahier des charges, comme le qualifie Mme Haroun, la chargée de l'hydraulique agricole, le document, également en notre possession, formule quelques interdictions. Arrêt absolu de l'irrigation deux semaines avant la récolte. Interdiction tout aussi ferme de ramasser les fruits tombés à terre. «On doit éviter tout contact entre le fruit et la terre irriguée avec les eaux usées épurées», nous explique Mme Haroun.
Des articles de notre document font état d'autres interdictions, comme l'article 14 qui précise que la consommation des produits maraîchers crus irrigués avec les eaux usées épurées est interdite. Interdits également les fruits irrigués par aspersion «ou tout autre système mettant le fruit en contact avec l'eau usée», selon l'article 18. Le 19 étend l'interdiction au «pâturage direct irrigué par les eaux usées épurées».
L'obligation de la direction de l'hydraulique «d'étudier les demandes de concession», de «procéder à une visite des lieux», d' «évaluer les risques de consommation des personnes, des cultures et de l'hydraulique ainsi que les conséquences sur l'environnement» figure en bonne place dans le document en question.
La question qui se pose alors: est-ce que les agriculteurs auront le temps nécessaire pour s'imprégner du contenu de ce texte long de huit pages et, dans l'espoir que ce serait le cas, tous s'en inspireront-ils scrupuleusement dans leur travail? Jusqu'où iront le professionnalisme et la conscience professionnelle pour que la production agricole en provenance des parcelles ou concessions irriguées avec les eaux usées soit sans risque pour la santé du consommateur?
Pour les services de l'hydraulique, de l'agriculture et de la santé qui se constitueront en groupes pour un suivi rigoureux disposeront-ils de tous les moyens et de tout le temps nécessaire pour faire leur travail? La santé du consommateur est à ce prix.
Ce qui est certain, c'est que les céréaliers, les arboriculteurs, les oléiculteurs avec ces apports constitués essentiellement par les eaux usées épurées ne seront plus confrontés à cette tension générée par la pénurie d'eau destinée à l'irrigation et qui, chaque année, à l'approche de la saison chaude, les oblige à un marchandage serré pour disposer d'une heure ou deux de plus pour irriguer ou tout simplement pour changer d'horaires. 

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