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11ème Festival international du cinéma d’Alger

L’hommage au courage par l’image

«Hummous. Une histoire d’appropriation» de Abood lafi et «Non Alignés» de Mila Turajilic ont plaidé pleinement pour l’union entre les peuples contre la confiscation des idées et des libertés…

Deux films documentaires ont entamé samedi leurs courses dans la section «compétition» à la salle Ibn Zeydoun de Riadh El Feth. Et ce postulat en toile de fond: «Et si, l'union qui ferait la force, pourrait susciter de l'espoir en faisant connaître davantage une cause au regard du monde, sans pour autant influer sur l'avenir, mais permettrait néanmoins d'ouvrir des brèches d'optimisme quant aux futures générations de croire enfin et toujours en un lendemain meilleur?»
Le premier film documentaire qui dessinera les contours de ce postulat est «Hummous, une histoire d'appropriation» du réalisateur Palestinien Abood Lafi. Dans son documentaire, ce dernier montre comment Israël, n'en finit pas de déposséder les Palestiniens de leurs biens, outre matériels. Entre spoliation des terres, dépossession et destruction des maisons, voila qu'elle s'acharne à s'approprier le fameux plat à base de pois chiches en le revendiquant, dans les hautes sphères politiques comme sa propriété. Abood Lafi revient sur les pas de son enfance, 30 ans après et se demande comment aurait été sa vie s'il était resté en Palestine.
Quel avenir en Palestine?
Alors que certains tentent de brandir les accords d'Oslo arguant le parfait vivre ensemble entre les deux populations, Abood Lafi, images et témoignages à l'appui, vient nous affirmer le contraire. Deux exemples criants attestent de l'éternelle violence qu'exerce Israël sur le peuple palestinien. C'est le cas de Samer, un révolté né qui n'a cesse de se plaindre de sa condition de vie faite de harcèlement psychologique, de violences sociopolitiques et économiques, quand ce ne sont pas les coups qu'il reçoit au quotidien et ses emprisonnements perpétuels... Pour autant, il refuse de lâcher le morceau, de se taire ou encore de partir. Pour Samer, se faire tabasser par l'armée israélienne ou souffrir du racisme est monnaie courante. Il explique aussi qu'un jeune ne peut aspirer à trouver du travail car il est obligé de montrer le fameux sésame, une sorte de certificat qui atteste de sa virginité politique ou une quelconque participation de prés ou de loin à une intifada ou manifestation contre l'occupant armé. Ce qui est souvent assez difficile à prouver, voire impossible.
Un autre cas des plus tragiques qui est décrit dans ce film documentaire est celui de ce père de famille qui a passé des années à dormir au sein de sa boutique, quitte à s'éloigner de sa famille et ses enfants et de supporter tout type d'exaction de la part des autorités israéliennes et leur lois scélérates, qui auront raison de lui, après maintes intimidations et attaques judicaires.
L'homme finit par succomber à une crise cardiaque tout en léguant la clé de cette boutique à son fils qui pleurera son père, conscient du sacrifice de son géniteur qui aspirait à trouver à leur trouver un toit...
Le réalisateur se souvient aussi du courage de sa mère lorsqu'ils se sont enfuis et rapporte ses témoignages surréalistes, de ce temps où le départ précipité fut assimilé presque à un tremblement de terre, à un départ forcé sans retour;..La caméra du réalisateur pressera ainsi le son et le pas pour exhumer ces souvenirs et illustrer ce voyage à reculons. Un bond dans le passé pour le surmonter enfin et le rendre tangible avec fracas, et images d'archives de cette jeunesse qui se fait malmener et embarquer à l'appui.
Une violence tellement banalisée que lorsque Abood interrogera les gens sur la disparition du monsieur de la boutique, personne ne saura quoi répondre, tant la violence est partout, pratiquée au grand jour, au quotidien contre une population sans défense et dont le seul fait de protester est considérer comme un acte de terrorisme. Et le réalisateur de se demander jusqu'à quand ce conflit et ce rapport de force qui existe entre les communautés, si tenté que la paix puisse s'instaurer réellement un jour? Pour Abood Lafi qui saluera la solidarité légendaire des Algériens envers le peuple palestinien, la solution ne peut venir que des Palestiniens eux-mêmes. Ce peuple, fait de héros anonymes auxquels le réalisateur a su rendre hommage.les regards éloquents des protagonistes filmés, entre dureté et tristesse remplissaient en effet, l'écran comme autant de cris pour la justice et d'appels au secours pour la vie. Aussi, le «hummus», ce plat choisi par le réalisateur n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de toutes ces spoliations qui font déborder le vase à Samer qui en appelle à recouvrir son identité et sa dignité bafouée par cet abject vol au relent fort symbolique. Un pan qui n'est qu'une partie de toutes les souffrances que le peuple palestinien éprouve au quotidien. Un même sentiment mitigé, voire des plus complexes s'est fait entendre aussi chez la réalisatrice Mila Turajilic qui en est à sa troisième participation au Fica.
Crier son ras-le- bol
L'on se souvient d'elle, en effet, en 2019, lorsqu'elle est venue présenter son documentaire «L'envers de l'histoire», en brossant à la fois le portrait de sa mère, Srbijanka Turajlic, ancienne militante et universitaire serbe, et d'évoquer à la fin l'échec de l'évolution de la vie politique de son pays, arguant que les révoltes politiques telles les soulèvements ou manifestations populaires, peuvent s'essouffler, mais peuvent être remplacées par d'autres formes d'engagement... Un «échec en matière de lutte pour les libertés» qu'elle avait d'ailleurs attribué, en partie à l'élite qui n'a pas su tracer l'après-octobre 2000, «notre décennie noire» dira-t-elle lors du débat samedi, suite à la projection de son nouveau documentaire «Non Alignés», où elle a entrepris de démontrer combien l'image est importante dans l'écriture de l'histoire d'un pays, notamment le sien, même si les actes n'aboutissent pas toujours forcément. Elle en donnera comme preuve le travail colossal du photographe «yougoslave» comme elle, Stepan Lubudovic, photographe officiel de Tito à l'époque, qui filmera le sommet de Belgrade de 1961 et qui restera trois ans en Algérie auprès de l'Armée de Libération nationale où il a pu produire des «images de propagandes positives» sur le rôle de l'Armée de Libération nationale. Ce dernier, elle l'avait rencontré, à juste titre, lors de la dernière édition où le Fica avait choisi de lui rendre hommage. Le documentaire de Mila, nous fait découvrir un personnage attachant, qui n'était pas un simple photographe ou caméraman, mais un homme doué d'une grande conscience politique.
À l'aide d'archives retrouvées, ces images à lui, chez lui ou au centre des archives de Belgrade, nous voici embarqué dans le navire à remonter le temps, à travers des images en noir et blanc du président Tito dans ses différents voyages et, notamment sur son célèbre bateau, à destination de l'Afrique ou l'Asie.
Immortaliser l'histoire
Nous découvrirons aussi des images de la réunion des «non- alignés» à l'ONU dont l'Algérie en faisait partie... d'ailleurs, la seconde partie de son film documentaire, intitulé «guérillas - Scènes of Labudo-Vic's Reels» est consacrée aux images de Stepan Lubudovic, principalement celles dont la Cinématique algérienne regorge.
Des images relatives, notamment à la guerre d'Algérie sachant que Lubudovic a joué un rôle de communicant important auprès du FLN et de Houari Boumediène pendant la guerre d'Algérie. Cette partie du film, Mila devait la présenter, hier, au Palais de la culture.
À travers le documentaire «Non Alignés» Mila révèle l'importance des images quant à leur manipulation par certains pays pour faire distiller leur «actualité» en fonction de leurs idéologies politiques...
Rappelons que ce mouvement des non-alignés a été créé à l'époque pour promouvoir la paix, le désarmement, ainsi que la décolonisation. Aux lendemains des indépendances de certains pays africains, ces derniers plaidaient leur cause face aux deux puissances mondiales,l'ex-Urss et les USA...
La pertinence du documentaire de Mila réside dans ce processus chronologique qui est utilisé pour raconter les faits, prouvant que les images peuvent générer de l'impact et ainsi écrire «un récit» avec lequel on peut être d'accord ou pas,mais qui est bel et bien ancré dans l'histoire d'un pays, voire du monde. Mila est partie interroger de nombreuses personnes qui étaient témoins de cette conférence de Belgrade et a même pu exhumer des sons de radios et de télés pour nous faire écouter les fameux discours dits de la part de certains présidents de pays «non alignés», notamment le président Djamel Abd El Nasser au discours fort idéaliste. Des discours qui font encore écho, hélas, à l'actualité internationale d'aujourd'hui. Bref, de précieux moments d'anthologie historique que la réalisatrice a su aligner pour sa part dans son film. Des images qui devraient rester assurément dans les annales, comme un patrimoine mémoriel des plus riches, notamment via ces archives récoltées, pour peu qu'on les sauvegarde... Si, aujourd'hui, la Yougoslavie n'existe plus, Mila avouera, lors du débat, se reconnaître en cette Algérie qu'elle filmera aussi dans son film, bien qu'en la dévoilant avec ses à-côtés délabrés... Elle estimera que c'est le seul pays où elle a l'impression d'être comme à la maison, partageant avec le peuple algérien cette chose qui est là, indescriptible...

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