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Écrivains algériens, les frères ennemis

C'est une guéguerre qui dit son nom. Certes, il ne faut jamais généraliser. Tout n'est pas blanc, tout n'est pas noir. Tout n'estpaq ange, tout n'est pas démon!
S'agit-il d'une fausse guerre ou d'une simple chamaillerie entre écrivains?Cette fausse guerre qui ressemble à une fausse grossesse intellectuelle est déclarée depuis les années 70. Elle est présente aussi dans les milieux littéraires marocain et tunisien. Elle connaît des saisons d'apaisement pour reprendre plus tard, un peu plus violente en changeant légèrement les mots tout en gardant l'âme du discours! Les meneurs de cette fausse guerre se retranchent dans les médias, dans la politique, dans l'idéologie, dans la religion, etdans les réseaux sociaux et même à l'université. Eten fin de compte, c'est la culture et la littérature nationales qui sont les perdantes.
Cette fausse guerre intellectuelleest basée sur un ensemble d'intentions préconçues qui donnent lieu à des jugements sévères sur tel ou tel écrivain, des intentions non vérifiées, vides d'une lecture réfléchie et sereine des textes.
Les intentions trompeuses distribuent les cartes des compliments et des éloges, des critiques agressives et des attaques haineuses qui n'ont absolument rien à voir avec le texte littéraire.
L'Algérie, historiquement parlant, est un pays de plurilinguisme fécond. Dans chaque langue de création, à savoir l'arabe, le tamazight et le français, on constate des générations successives d'écrivains qui naissent avec des visions différentes esthétiques et philosophiques.Un pays culturellement fort est celui dont ses élites créent dans plusieurs langues. Chaque langue apporte une plus-value pour le génie individuel et collectif.
Il faut savoir gérer cette richesse linguistique politiquement, autrement elle se métamorphose en guerre pseudo-intellectuelle.
En Algérie, sur la base d'un fond d'intentions préconçues, certains écrivains en langue arabe s'en prennent à leurs confrères qui écrivent dans la langue française et les considèrent comme membres du Parti de la France»HizbFrança, qualifiant leurs écrits d'antinationaux.
Sur la base des préjugés, d'une fausse lecture de l'Histoire de l'intelligentsia algérienne, on oublie que les écrivains d'expression française, ceux de la décennie 50/60 ont été les vrais historiens du génie du peuple algérien. Par leurs textes, romans et poésie, ils étaient les ambassadeurs extraordinaires de la révolution algérienne dans les quatre coins du monde; Mohamed Dib, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, Jean Sénac, Malek Haddad, Asia Djebar, Bachir Hadj-Ali, Jean Amrouche, Rachid Boudjedra, Kaddour M'Hamsadji et d'autres... On oublie que des écrivains francophones de la nouvelle génération, celle de l'indépendance, sont tombés en martyrs sous les balles du terrorisme islamiste pendant la décennie noire;Tahar Djaout, Laadi Flici, Youcef Sebti, Rachid Mimouni (ce dernier est mort en exil) et d'autres... On oublie le combat mené par des écrivains et des journalistes francophones pour la démocratie et le pluralisme; Abdou B, Maïssa Bey, Hamid Skif, Mustapha Benfodil, LazhariLebtar, AdlèneMedi, Kamel Daoud, El-Mahdi Acherchour...
Sur la base d'autres préjugés erronés, ethniques et linguistiques,certains écrivains arabophones ou arabisés considèrent leurs confrères, les écrivains en langue amazighte langue nationale, comme des écrivains de dechra. Des écrivains régionalistes et séparatistes. À leurss yeux, ils sont la menace pour l'unité du pays. Ils sont la création de HizbFrança! On oublie les beaux textes poétiques ou narratifs de Cheikh El Hasnaoui, d'Aït Menguellet, de Djamel Allam, de Saïd Sadi, de Amar Mezdad, Ben Mohamed, de Matoub Lounès, de Rachi Oulbsir, de Youcef Merahi, de Djamel Laceb, de Brahim Tazaghart, de Hacene Halouane, de Fellag, de Saïd Chemakh, MohandAkli Salhi, de Halima Toudert, de Dyhia Lwiz...
De l'autre côté, dans cette même Algérie plurielle, qu'il faut défendre bec et ongles,et sur la base d'un ensemble de préjugés idéologiques aveugles, linguistiques et religieux, certains écrivains d'expression française qualifient leurs confrères écrivains en arabe, qui partagent avec eux la ville,la rue et peut-être même l'institution du travail, comme des baasistes, des passéistes. Ils sont la cause de la malédiction qui a frappé l'Algérie pendant la décennie noire. Aux yeux de ces écrivains francophones, l'écrivain arabophone ou arabisé est un islamiste d'office. Et on oublie le rôle mené avec brio par des écrivains de langue arabe pendant la révolution algérienne;Moufdi Zakaria, Reda Houhou, Abdelkrim Al-Agoun, Azzahiri, Lamine El Amoudi, Abou El yaqdhane, Zohour Ounici et d'autres. Et on oublie ceux qui ont brillé par leurs textes depuis l'indépendance, romanciers et poètes, femmes et hommes, tels Abdelhamid Benhadouga, Tahar Ouetar, Amar Bellahcène, Djilali Khalas, Merzek Bagtache, Ahmed Hamdi, Ahlam Mostaghanemi, Rabia Djelti, Abdelwahab Ben Mansour, Al Habib Saih, Makhlouf Amer, Hamri Bahri,Abdallah Hammadi, Mohamed Zetili, Dris Boudiba, Bouzid Harzallah... On oublie cette nouvelle vague des belles plumes en langue arabe née avec les événements d'octobre 88; Bachir Mefti, Ibrahim Seddiki, Said Khatibi, Abdelouahab Aissaoui, Ahmed Tibaoui, Hadjer Kouidri, Mohamed Djafar, Mourad Boukerzaza, Boumediene Belkebir, Abderrezak Boukeba, Adel Sayad, Youcef Ouaghlissi...
Tout n'est pas noir, tout n'est pas blanc.
Afin d'éteindre cette guéguerre qui continue à piéger notre champ littéraire et intellectuel, et afin de combattre ces préjugés funestes qui empoisonnent les milieux de l'intelligentsia algérienne, il faut libérer le champ culturel, respecter la liberté d'expression, créer plus d'espaces d'échanges. Il faut que les universités ouvrent le débat sérieux sur les questions intellectuelles de la société intellectuelle, sur le problème des langues, le vivre ensemble, sur l'Histoire ancienne et moderne de notre pays. Et enfin, il faut que les partis politiques jouent leur rôle dans la défense de la citoyenneté.
Écrivez dans la langue de votre choix, mais écrivez-nous de beaux textes, l'Algérien mérite et l'Algérie en a besoin.

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