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«La vie est ainsi faite»

Une véritable leçon de choses

«La vie est ainsi faite» se lit d’un trait. Non que le livre soit petit. Ce qu’il est effectivement. Tout juste une trentaine de pages. Mais parce que les poèmes qu’il renferme sont eux-mêmes courts.

Et l’on peut s’interroger sur la ou les raisons qui ont conduit son auteur à publier à ce stade. « Besoin d’argent » ? Nos livres ne se vendent pas plus qu’ils ne se lisent. Désir de gloire ? Si le receuil-car il s’agit, on l’a compris, d’un recueil- avait été suivi par d’autres. Envie de laisser quelque chose derrière soi ? Rachid Belkacemi n’est pas parvenu à cet âge où l’on se fait de tels soucis. Alors ? Alors, mystère et boules de gomme ? Non, le petit livre, tout petit qu’il est, comporte un avis. Le poète commence par s’excuser. Il n’est pas poète. Il n’embrasse pas la carrière en artiste ambitieux. En amateur, il ne fait qu’y passer. «C’est la société qui m’oblige à écrire. Hâtivement, j’ai improvisé ces vers». Ainsi se justifie le poète dès le début de son entreprise littéraire. Nous voilà renseignés. C’est la société à laquelle nous devons ce modeste ouvrage qui est à l’origine de sa composition et de sa publication. Un règlement de comptes ? On le croirait si ledit ouvrage était un essai une satire. Or, il n’est ni l’un ni l’autre, même si on peut relever ici ou là quelque traces. Ainsi ce vers tirés du poème Les naïfs, page 17 : «La société est parsemée de pièges.» Les racines ne laissent rien ignorer de nos racines. Nous ne sommes pas les exclus de la société. Nous ne vivons pas en marge, mais en son sein. «Mon identité, personne ne l’a reniée.» (Les racines, page 18). Ces traces sont peut-être plus visibles encore dans le poème suivant intitulé L’orpheline. «Triste jour où je suis née Fille. Je suis d’avance condamnée.» Et plus loin : «Pour la société, je suis sans importance.» Mais bien vite ces traces s’effacent et bien plus encore vite la nature reprend ses droits. Rachid est jeune. La vie est belle. Et il ne la méprise pas. Elle lui apparait sous les traits d’une femme. «Tu m’as couvert de tes baisers. (Femme, page 14) Et tant pis si la désillusion arrive tout aussi rapidement : «Le vent en colère a chaviré le bateau//Et son équipage.» Il y a de la souffrance à être jeune et à aimer, bien sûr. C’est la vie qui est faite ainsi, et l’auteur a bien fait de choisir ce titre pour son recueil. Il ne résume pas seulement un ouvrage qui avec plus de temps et de maturité aurait pu être un grand recueil ou peut être un roman, car on sent le vers plus proche de la prose que de la poésie, bien qu’il n’en manque pas. Il synthétise parfaitement la vie de son auteur, faite de confiance et d’espoir en l’avenir. Nous l’avions connu au temps où sans jamais se plaindre ni de la société ni de personne, il fréquentait la Maison de la culture de Bouira, observant tout, écoutant tout, mais échangeant peu, comme pour accumuler les matériaux dont allait se nourrir sa modeste œuvre. Et c’est ça qui plaisait en lui : il donnait l’impression de vivre un grand rêve. Ce rêve a-t-il inspiré Le rêve, page15 et qui aurait mérité de porter le titre Le cauchemar ? Et dans quelle mesure ? Le montagnard apporte une touche supplémentaire au portrait du poète qui apparait en filigrane à mesure qu’on avance dans sa lecture. La maison du poète (Qui ne doit rien à Vigny) est en face de la montagne et en contemplant les masses de granit de sa fenêtre, le jeune homme puise force et foi en l’avenir. («Tu es l’ancienne demeure//Bâtie par mes aînés.» Agonisants, p.7.) L’été, page 25, dit les joies de l’enfance retrouvées à travers la fiction et la méditation. Le vers se libère de ces considérations sur la société, de ces mots, qui sans être jamais vulgaires, sont assez prosaïques, car empruntés au langage de tous. Ici le vers prend une tournure plus harmonieuse, plus poétique, et par conséquent, plus de force évocatoire. «Je me souviens de ces fontaines//Les plus proches et les plus lointaines», dira-t-il plus loin dans Le temps passé, page 25. Le recueil se ferme avec le poète, page 31. Et les vers de ce dernier poème : A travers les mots//J’ai compris le sens de la vie» sonnent comme un avertissement. En effet. Quel meilleur enseignement tirer de ce volume aux dimensions bien modestes, sinon une véritable leçon de choses, dans la mesure où, évidemment, si elle permet de juger ne condamne pas, et si elle autorise à d’indigner et à se révolter, ne rejette ni n’exclut.
*La vie est ainsi faite». Recueil de poèmes.
Edité en 2012 chez El Amel.

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