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Hamid Bouzid, écrivain, à L'Expression

«Je raconte une histoire vraie sur les harraga»

Après avoir exercé la profession de journaliste à partir de Tizi Ouzou, pendant plusieurs années, Hamid Bouzid a interrompu l'écriture avant de revenir avec ce premier roman, «Le cri de la grande bleue», inspiré de faits réels et dont il a été un témoin direct.

L'Expression: Après plusieurs années de journalisme, vous êtes passé à l'écriture romanesque, comment s'est effectuée cette transition?
Hamid Bouzid: Je pense que c'est une suite logique et évidente pour un journaliste. La transition s'est faite dans la douceur et sans le moindre fracas. Lorsque vous avez l'habitude d'écrire sur des sujets, parfois douloureux, qui vous tiennent à coeur, vous êtes rapidement rattrapé par cette immense envie de creuser le sujet. Mais les contraintes éditoriales et autres d'un journal, empêchent ce genre d'écriture. Et parfois encore, vous avez envie d'approfondir vos analyses en vue de maintenir cet espèce de contrat social auquel on s'attache, celui de défendre les causes et les idéaux auxquels on croit viscéralement. Et cela n'est possible que dans le champ littéraire. J'ai envie de dire que le journalisme est l'essence même, voire la mère de la littérature. Le journaliste est souvent réduit à donner l'information, d'une manière claire, brève et précise. Il ressent alors une frustration celle de ne pas dire et d'exprimer son opinion. C'est là, que la littérature prend forme et voit le jour dans la tête d'un journaliste.

L'idée de la trame de votre roman a été inspirée par des faits réels n'est-ce pas?
Absolument! À mon avis, le charme de la littérature réside dans le fait et la manière de raconter une histoire surtout lorsqu'elle est véridique. Savoir mettre les mots sur un vécu. «Seksi lemjarreb, khir matsksi t'bib», comme dit notre adage algérien. Une histoire vraie ne se trouve pas dans l'imaginaire d'un auteur. Ça l'aide à bien narrer les faits, ce qui crée un fil conducteur entre lui et le lecteur. Ce même lecteur se retrouve paradoxalement dans une espèce de position de faiblesse et se lance et va à la recherche de la suite réservée à ses personnages. Dans une histoire inspirée de faits réels le lecteur arrive facilement à s'identifier et à se positionner. Il apprend vite. Tout est tracé. Tout est fait. Il est souvent touché au plus profond de lui-même, et cet état de fait le pousse à conclure que l'histoire aurait pu être la sienne! C'est là, que le romanesque trouve entièrement son sens.

Pourquoi de tous les sujets, c'est celui du phénomène des harraga qui s'est imposé à vous?
En France, en Algérie ou ailleurs, ce phénomène est perçu comme étant un problème politico-socio-économique, mais personne ne se met à la place de ces gens qui sont touchés directement par ce fléau. Traverser illégalement la Méditerranée, ce n'est pas une virée sur un bateau de croisière, c'est un saut dans l'inconnu! J'ai estimé que c'est plus que nécessaire de sensibiliser l'opinion publique. Notamment sur l'impact psychologique sur les survivants qui est souvent dramatique! Les gens qui meurent dans une indifférence totale a de quoi interpeller l'humanité tout entière. L'attente des familles qui n'ont point de réponses à leurs tourments.
Ces personnes sont à mes yeux des martyrs de circonstances. Leur cause n'est malheureusement pas entendue, ni reconnue, elle n'a pas lieu d'exister. Eux qui ne demandent qu'une seule chose celle de vivre et de construire dans le pays qui les a vus naitre. Ce pays, au lieu de leur assurer cette vie tant espérée, leur tourne le dos, les snobe,...Victimes de cette injustice, ils se jettent en mer. Beaucoup, au péril de leur vie. Une double peine, par ailleurs, pour ses parents qui non seulement perdent leurs êtres chers, mais voient aussi l'espoir d'enterrer et faire le deuil des êtres disparus s'évaporer!

Beaucoup de spécialistes ont tenté d'analyser ce phénomène qui a pris de l'ampleur au fil des années, quelle en est votre lecture en tant qu'écrivain?
Cela me fait penser à notre artiste Oulehlou qui a écrit et interprété une belle chanson (Tafluk n'tirga) qui retrace l'essentiel de cette mésaventure en mer. Une chanson édifiante à plus d'un titre! Nul ne peut rester insensible face à ce drame. Il est temps que les responsables prennent le sujet à bras-le-corps et tenter d'apporter des solutions, chacun à son niveau... De dissuader les prétendants à cette étrange façon d'émigration. Sensibiliser les parents et les familles afin d'arrêter cette tragédie. Le phénomène a effectivement pris des proportions alarmantes, à juste titre, ce sont les parents maintenant qui encouragent leurs enfants à tenter l'aventure! Ce n'est pas le cas au moment où j'ai mené mon enquête. Là, ça devient inquiétant! Il faut venir à bout de ce fléau qui continue d'endeuiller notre société!

Vous abordez d'autres sujets dans votre roman, pouvez-vous nous en parler?
C'est un parallèle que j'ai fait entre ce que devient mon personnage principal et le sort réservé aux pieds-noirs et la communauté algérienne à l'étranger. C'est pour avoir des réponses à des sujets dont on a l'impression de ne pas avoir le droit d'aborder dans les deux rives. De vrais sujets ayant un lien par exemple avec les juifs d'Algérie et ce, afin de mettre la lumière sur une partie primordiale de l'histoire de notre pays.

Pouvez-vous nous dire comment a été accueilli votre roman par les lecteurs?
J'ai eu de bons retours. Les lecteurs demandent la suite de cette histoire que beaucoup d'entre eux considèrent sensible, touchante et authentique. Et que le choix du sujet est à la fois pragmatique et constructif. J'ai eu même des lecteurs qui m'ont avoué avoir versé des larmes en lisant mon modeste roman.

Quel est le message que vous voudriez transmettre aux candidats à la harga?
Un message de dissuasion et de découragement! Lorsqu'il s'est retrouvé au milieu d'une Méditerranée déchainée, Mouloud, mon personnage principal, a dit: «si c'était à refaire, je ne le referais pas, je ne me jetterais certainement pas dans la gueule du loup...» À bon entendeur, salut! Mouloud veut dire à travers son histoire, que l'idée de prendre le risque de la traversée n'est pas du tout la bonne solution. Figurez-vous qu'après mon passage sur Brtv, dans l'émission «Sans Frontières», avec Kamel Tharwiht en compagnie du réalisateur algérien Djamel Guenif, que des candidats à la harga, de ma région ont renoncé à ce projet suicidaire, au moment où ils s'apprêtaient à prendre le large! Je me réjouis! Ils ont pris conscience des dangers réels encourus. Ils ont été sensibilisés. Car, beaucoup d'entre eux ignorent ce qu'ils risquent véritablement. La cause des harraga ne me touche pas uniquement en tant que journaliste-écrivain mais en tant qu'Algérien. Je voulais aussi sensibiliser sur ceux et celles qui survivent à ce drame, une fois arrivés en Europe, leur statut de harrag, sans un cachet de la PAF sur le passeport, leur complique davantage l'accès aux services administratifs et, empire par conséquent, leur situation.

Comptez-vous continuer dans cette direction, celle de l'écriture romanesque?
Oui, toujours sur la même trajectoire. Et mon histoire avec la littérature vient juste de commencer avec «Le cri de la grande bleue». Et tant que les conditions seraient réunies je ne m'en empêcherais pas! Tel cet oiseau qui ne peut s'empêcher de voler et de chanter... L'écriture romanesque me permet de mieux analyser le sujet que j'ai envie de traiter et, se mettre dans la peau de l'un de mes personnages me procure une liberté incroyable d'exprimer mes ressentis et mes idées. J'ai envie de dire enfin que l'écriture romanesque me donne cette possibilité de voir les mots en quatre dimensions! Hanté par la littérature, je crains que je sois bien parti pour durer, apprendre et continuer d'écrire...

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