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Anarchie des constructions immobilières à Annaba

La coquette défigurée

Le boom des constructions liées aux promotions immobilières, dont l’objectif premier s’inscrit dans la thématique du «renouvellement urbain», est en réalité à l’origine du massacre de la wilaya de Annaba.

Sans tenir compte de la spécificité de cette ville, notamment pour son aspect de petit patelin côtier, le nouveau mode opératoire sur le tissu constitue depuis la dernière décennie, un véritable «carnage du cadre urbain». Loin de toute orientation ou de recommandations de quelque nature soit-elle, l’ex-Annaba vit au rythme d’une effervescence de mutations, qui se présente de façon dualiste entre action privée et la vision des pouvoirs publics, chacune obéissant à des desseins propres. Les enjeux de ces métropolisation, modernisation et internationalisation donnent le ton aux ambitions des pouvoirs publics pour renouveler la ville, préfigurant le passage d’un urbanisme normatif à un urbanisme extensif de projets. Cette mutation dans la politique publique en matière d’aménagement fait émerger des problématiques complexes. Celle-ci est liée à la prise en charge du vieux bâti et son état avancé de vétusté. Ce qui pose le dilemme de la démolition comme outil légitimé face à la nécessité de renouveler les tissus urbains. De ce fait, le chef-lieu de la wilaya de Annaba connaît une impulsion d’actions privées, manifestée par le processus de démolition-reconstruction opéré par l’acteur privé.
Démolition effrénée des plus belles maisons
Aujourd’hui, cette action aussi bien du privé que du public, constitue un paradigme sur la soi-disant Annaba la contemporaine, pour ne pas dire Annaba la «recyclée». C’est le cas de le dire pour tous les pavillons et villas qui faisaient la notoriété de l’ex-Bône la Coquette et ont été rasés, cédant leurs terrains à des bâtisses anarchiques. Citons dans ce sens, la Collone, l’Elysa, l’Orangerie, Bouzered-Hocine, les Beauséjours et la Ménadia tout le long du boulevard ainsi que les monts de Zaâfrania. Ces dernières façades maritimes par excellence, se sont transformées en cités de béton aux étages indéterminés, fermant ainsi le vis-à-vis devant ceux habitant encore des pavillons et des villas. Mais surtout, faire de la ville de Annaba une cuvette où l’on suffoque durant la haute saison car et tout simplement, les milliers de promotions immobilières sont devenues le coup d’air marin. Pour ne citer que ces cas dans ces zones de la ville où la défiguration se faisait au vu et au su de tous les responsables, sans que l’on ait daigné manifester la moindre réaction et stopper le massacre de cette ville aux racines millénaires. Aujourd’hui, Annaba souffre d’un dysfonctionnement urbain, de par l’anarchie architecturale de ses constructions tous types confondus. Dépourvue d’âme, la politique de promotion immobilière, a donné lieu à une nouvelle gamme de constructions, dans le seul but de satisfaire la demande sur ce produit, à n’importe quel prix. Cette politique de «vaille que vaille», a encouragé le mercantilisme immobilier en amont et en aval. Ce secteur, outre, d’avoir accaparé des centaines d’assiettes foncières, a également jeté son dévolu sur les terrains issus de la démolition d’anciennes bâtisses entre autres, pour implanter des promotions immobilières à la faveur de clients, aux revenus relativement élevés que ceux de la classe moyenne et démunie de la société. Or, cette privatisation en quelque sorte de la construction de logements par le biais de promoteurs (privés) n’est pas sans conséquences. La libération du secteur de l’urbanisation aux privés, est à l’origine de pratiques portant dans leur majorité une atteinte au design de la ville de Annaba qui est aujourd’hui, un tas de boîtes en béton érigées en hauteur offrant au visiteur une ville lugubre sans âme, mais surtout sans identité. Un état de fait est à l’actif d’un pourrissement tentaculaire dans les administrations de cette wilaya où, tout a un prix, même le nombre des étages.
Ce n’est pas une transformation moderne du paysage urbain de Annaba, ce phénomène nouveau est l’œuvre de promoteurs immobiliers qui construisent des logements «standing» en accession à la propriété en investissant le centre-ville et les faubourgs où dominent les pavillons et les bâtiments de faible hauteur, fragilisant ainsi, un tissu urbain horizontal dont la spécificité est complètement ignorée.
La verticalisation de la ville
Et si en apparence cela reflète une vision souscrite, nous dit-on, à la mode de construction en hauteur comme les grandes métropoles qui «s’enorgueillissent de leurs œuvres», le cas n’est pas le même pour Annaba qui ne peut être une «ville à la New York», puisque dans ce cas de figure, il ne s’agit pas de tours, mais de constructions en hauteur, en étages, dans un tissu pavillonnaire, sans vue d’ensemble ni plan d’aménagement, perturbant ainsi le paysage urbain et la composante sociale de plusieurs quartiers de la ville. Ces derniers sont les premiers en subir cet aspect de fabrication de verticalisation poussée. Si les impacts sur la ville de Annaba et ses habitants n’ont pas de poids appréciable, la question impertinente est, qui est chargé du contrôle et qui est habilité à délimiter la hauteur de ces promotions immobilières ? Ces questions et bien d’autres, nourrissent cet article qui pose les jalons d’une réflexion sur la multiplication des immeubles de grande hauteur. Cette dernière renferme l’ombre d’une quête à plus d’un égard. Le promoteur pour un ou plusieurs étages et appartements est le responsable pour son bien financé. Une équation pas difficile à résoudre, quand on sait qu’à Annaba le nombre d’étages accordé à une promotion immobilière et pas à une autre, fait l’objet de marchandage que l’on chuchote et que l’on accomplit dans la discrétion la plus totale. Ce qui n’est un secret pour personne à Annaba où les dessous de table dans ce type de créneau, se règlent rubis sur l’ongle. Une situation soulevée convient-il de le rappeler, lors d’une rencontre avec le wali de Annaba, qui a aussitôt fait écho d’une décision irréversible.
Un fait pas très catholique
En effet, agissant dans le cadre de ses prérogatives, le chef de l’exécutif, Toufik Mezhoud, a décidé de prendre le taureau par les cornes, en mettant fin à la commission des étages, relevant de la commune. Pour le responsable, «la politique du deux poids, deux mesures n’a pas lieu d’être dans un Etat qui respecte les lois de la République». Des propos tenus lors d’une visite dans plusieurs zones de la ville de Annaba où, l’homme ne trouvait pas d’explications à des cités en étages. On en accorde au niveau d’une même cité, plusieurs à des promoteurs et pas à d’autres ! Un fait pas très catholique pour le commis de l’Etat. Au terme de ce constat, le wali de Annaba, a lancé: «le moment est venu pour mettre un terme à cette politique contraire aux lois en vigueur.» En expliquant «Il y a des cahiers des charges qui doivent être respectés lors de la conception de tout projet.» Aussitôt et à l’issue de la décision du wali de Annaba, le nouveau P/APC de la commune de Annaba, a, lors de sa première réunion du conseil communal pris les mesures nécessaires, concernant la commission des étages. En attendant que l’harmonie architecturale prenne le dessus dans l’urbanisation de Annaba, la quatrième ville du pays continuera de subir les affres de la verticalisation de ses habitations.
Situation touchant aussi bien le logement social que les soi-disant « haut standing» qui n’épargnent pas les quartiers centraux et la périphérie immédiate ou lointaine de la ville. Faisant ainsi, de l’effet yoyo , des centaines de promotions immobilières, un élément devenu presque banal du paysage urbain de cette wilaya où la frénésie de la construction en hauteur a complètement fragilisé un tissu urbain horizontal, dont la spécificité continue à être ignorée.
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