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BENYOUCEF MELOUK À L'EXPRESSION

"Les gros poissons courent toujours"

Benyoucef Melouk porte bien son nom: «Un homme seul contre le système», c'est lui qui a défrayé la chronique au début des années 90 avec l'affaire des magistrats faussaires. Près de 30 ans plus tard, son militantisme pour débusquer les faussaires n'a pas pris une ride. Dans cet entretien, selon lui, pour qu'une transition démocratique et pacifique ait lieu et finisse avec le système héritier de la confiscation de l'indépendance, il faut, comme seule condition, «la constitution d'un gouvernement provisoire formé essentiellement de jeunes cadres intègres, compétents et intellectuels». Et il ajoute que «l'armée algérienne possède toutes les qualités requises pour être garante des engagements qu'elle prend vis-à-vis du peuple. Benyoucef Melouk relève que la crise d'aujourd'hui «provient tout simplement du pourrissement du système et de l'injustice, hogra, privilèges et la trahison envers les martyrs et le peuple, les coups d'Etat militaires contre la volonté du peuple».



L'Expression: Depuis 1962 et jusqu'à la démission de Bouteflika, le peuple algérien a eu à mener d'innombrables luttes: la crise de l'été 1962, la crise du FFS en 1963, le printemps amazigh d'avril 1980, la décennie noire, le Printemps noir de 2001, et le voilà aujourd'hui qui se lève comme un seul homme et crie «système dégage!». Quelle appréciation faites-vous des luttes successives menées par le peuple algérien?
Benyoucef Melouk:
Ce que nous vivons depuis 1962 à ce jour, provient du pouvoir de l'armée des frontières de l'Ouest (clan d'Oudja) et de l'Est infiltrée d'anciens militaires de l'armée française du dernier quart d'heure (fin 1962). Ils ont pris le pouvoir par la force contre les wilayas du Centre qui étaient moins armées et dont les effectifs en moudjahidine authentiques étaient moins nombreux. Avec l'aide de l'armée de la force locale du gouvernement transitoire, présidé par Abderrahmane Farès, notaire durant la période coloniale, ainsi les harkis, goumiers, et caïds avec ceux de l'administration coloniale ont occupé les institutions, les administrations et les services de sécurité après l'indépendance, ce qu'on appelle actuellement les faux moudjahidine. Ces luttes proviennent tout simplement du pourrissement du système et de l'injustice, hogra, privilèges et trahison envers les martyrs et le peuple, les coups d'Etat militaires contre la volonté du peuple.

Quels sont les mécanismes ou les conditions qui permettraient d'amorcer une transition démocratique à la hauteur des aspirations du peuple?
La condition sine qua non qui me vient à l'esprit pour s'assurer une bonne transition démocratique est la constitution d'un gouvernement provisoire formé essentiellement de jeunes cadres intègres, compétents et intellectuels. En tout cas, il doit s'agir de jeunes Algériens dont l'obédience doit s'avérer très éloignée du régime qui a confisqué l'Indépendance de 1962 à nos jours.

Selon vous, l'armée serait-elle à la hauteur des engagements pris quant à sa volonté affichée d'être un partenaire dans le changement sans être un décideur?
En effet, l'armée algérienne possède toutes les qualités requises, en matière d'effectifs, d'équipements et de compétences, notamment pour être garante des engagements qu'elle prend vis-à-vis du peuple, à condition, cependant, qu'elle soit dirigée au sommet de la hiérarchie par des officiers supérieurs, patriotes et compétents, et non par des généraux gravement impliqués dans le système qui a mené le pays dans de graves crises économiques et politiques marquées par des assassinats politiques et de fréquentes atteintes aux droits de l'homme et à la dignité humaine, qui plus est avec la complicité de l'Occident dans le pillage et le vol des richesses de notre pays.

Des oligarques, des anciens ministres, des cadres de l'Etat figurent sur une liste de personnes interdites de sortie du territoire national. Le patron des patrons, Ali Haddad, est arrêté aux frontières algéro-tunisiennes. Que se passe-t-il selon vous?
Tout est manipulé par le pouvoir des généraux qui épurent pour faire croire au peuple qu'ils sont pour un changement radical que le peuple demande, alors que c'est la continuation du même système de Bouteflika. Pour ce qui est de Haddad, ce n'est qu'une diversion pour faire croire aux changements, il y en a d'autres qui se sont enrichis sous l'ère de Bouteflika et même avant lui, sans qu'ils ne soient cités ou même se sentent menacés actuellement, il y a aussi ces révolutionnaires, ex-responsables historiques, et des faux moudjahidine qui sont devenus milliardaires. Pour ce qui est de Louh, il reste toujours intouchable et libre et cette histoire d'arrestation n'était qu'une pure invention du régime pour nous faire croire à une épuration, ce n'est qu'une pièce de théâtre par le régime en place. Tant d'autres sont toujours libres et intouchables après avoir pillé le pays. La preuve, le nouveau gouvernement Bedoui est toujours en place, le Conseil constitutionnel est toujours présent (Bensalah, Belaïz...etc.) et toutes les institutions gangrenées sont toujours en place, ni épuration ni assainissement. On efface tout et on recommence, c'est de la trahison. Ils ne répondent pas aux aspirations du peuple qui demande un changement radical (Yetnahaw Ga3). Les deux institutions qui doivent être épurées sérieusement sont l'armée et la justice, sans oublier les autres aussi.

Dans les conditions actuelles, l'organisation d'une élection présidentielle est-elle indiquée pour réussir une transition démocratique?
En ce qui concerne l'article 102, le peuple a rejeté cet article pour cause de tromperie, en ce sens que l'application de cet article est une manière pour ses acteurs de se maintenir au pouvoir et de prendre le temps d'achever leur besogne de pilleurs. Preuve en est: la polémique soulevée sur les sacs de blanchiment d'argent destinés à l'étranger avec la complicité de hauts cadres supérieurs du régime et à travers la corruption.

Quelles sont les personnalités nationales qui peuvent représenter le peuple?
Pour ma part, ils sont tous impliqués dans le régime d'une manière ou d'une autre, en jouant dans l'obligation de réserve et la raison d'Etat. Dans leur majorité, les personnalités nationales issues des partis politiques, ex-ministres, ex-députés et j'en passe, sont la cause de toutes les injustices infligées au peuple pour ne chercher que les privilèges et les avantages du pouvoir. Pour ce faire, ceux qui osent en dénoncer les méthodes dans l'exercice de leurs fonctions seront marginalisés, mis en prison, poussés à l'exil ou même assassinés.

Quel rôle revient-il à l'ANP pour parvenir à l'édification d'un État digne de l'esprit de Novembre et du congrès de la Soummam?
En tout temps, et raison de plus en cas de crise, le principal rôle de l'ANP est d'ordre sécuritaire autant sur la sécurité du pays, ses biens, sa liberté et sa souveraineté. Le corollaire de l'armée étant surtout de ne pas se mêler, même à la demande du peuple, du processus de changement prioritairement pacifique et sans violence.

Quelles sont les étapes, les mécanismes politiques et institutionnels qui peuvent permettre d'aboutir aux objectifs du peuple et ne pas voir sa révolution confisquée?
Ce qui me vient à l'idée est de penser à créer des réunions dans chaque wilaya et en sortir une liste électorale de personnes qui ne dépassent pas les 40 ou 50 ans, qui soient compétentes avec des expériences dans leurs domaines diplomatique, économique, droit, l'éducation, la médecine...etc. Qui ne soient pas issues du régime, qu'ils soient jeunes, issus de la nouvelle génération, et ces élus devront siéger au nouveau gouvernement provisoire afin de préparer une élection populaire, pour un futur chef d'Etat, dans les plus brefs délais, avec un Etat discipliné, démocratique et non régionaliste. Et d'écarter toute personne du régime actuel nommée par décret ou par arrêté ministériel dans l'implication de ces mécanismes politiques et institutionnels.

Quelle lecture faites-vous des derniers évènements?
La démission de Bouteflika n'a pas été forcée par l'armée, car c'est cette armée qui l'a ramené au début et lui a permis de s'implanter avec ses voleurs, ils sont tout aussi responsables. La peur de la révolte du peuple qui a décidé de faire ce changement par les racines jusqu'au bout, et rien ne l'arrêtera, jusqu'à la nouvelle République avec l'aide de Dieu. Tout le monde doit rendre des comptes et qu'une vraie justice soit faite et vive l'Algérie libre et démocratique.

De Quoi j'me Mêle

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