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Retour sur le dernier discours du chef de l’Etat

Des pistes à asphalter

Nombre d’observateurs soutiennent que la proposition du président intérimaire véhicule une apparente ouverture vers une sortie de crise.

Dans son discours adressé à la Nation le 3 juillet dernier, le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, semble prêt à marquer le pas en faisant des concessions à travers un appel au « dialogue national inclusif » en vue de la prochaine présidentielle, mais en écartant toute éventualité de passer par une période de transition comme préconisé par certains partis politiques, notamment ceux de l’opposition et les organisations de la société civile. Il affirme que l’Etat, dont il assure légalement l’intérim, y compris l’institution militaire, ne sera pas « partie prenante à ce dialogue et observera la plus stricte neutralité tout au long du déroulement de ce processus ». Mais la mise à l’écart de l’Etat, notamment l’institution militaire du dialogue et du processus électoral présidentiel ne risque-t-il
pas d’exacerber encore plus ledit « vide institutionnel dangereux » ?
Les représentants du peuple auront à dialoguer avec qui ? Qui sera le garant des éventuels engagements pris par les protagonistes ? est-il possible de concevoir une sortie de crise sans l’armée ? Et qui seront ces personnalités indépendantes qui conduiront le dialogue, étant donné que la plupart d’entre elles qui jouissent d’une certaine confiance populaire sont soit bannies et marginalisées par le « système » en tant qu’appendice de l’Etat.
Nombre d’observateurs soutiennent que la proposition du président intérimaire véhicule une apparente ouverture vers une sortie de crise. Même s’il demeure ambiguë sur certaines questions. « Est-ce qu’on peut aller vers des élections libres et fondées sur des principes démocratiques qui répondent aux revendications du Mouvement ou jouer sur des propositions formelles? », s’interroge Tassadite Yacine soulignant qu’« un dialogue avec des personnalités de la société civile, des partis politiques, des intellectuels est indispensable… ».

Louables propositions de Bensalah
Ce n’est que dans un deuxième temps que l’on peut songer à des élections libres.
« Les représentants du pouvoir en place doivent offrir des garanties et donner des gages pour un retour aux fondements démocratiques tels qu’ils ont été élaborés par les protagonistes les plus éclairés de la révolution de 1954 », affirme encore Tassadite Yacine. Des propositions ont été faites dans ce sens depuis 1962 par les oppositions d’alors comme le FFS ou le PRS par exemple... pour ne citer que celles-là « Il suffit d’aller relire ces textes. L’Algérie n’est guère différente des autres peuples. Il suffit qu’elle se donne les moyens de s’organiser et de sortir du mensonge et des faux-semblants », soutient l’universitaire.
Le sociologue, Addi Lahouari est catégorique quant au rôle de l’armée qui demeure dans le conscient collectif et sans elle tout est faux. « Tant que l’état-major de l’armée ne prend pas des mesures concrètes pour montrer sa volonté sincère d’accompagner la transition vers un nouveau régime, il n’y aura pas de dialogue et de sortie de crise. ». Madjid Bencheikh, constitutionnaliste et spécialiste du droit international est sur la même longueur d’onde ; « Sans l’armée rien ne peut se faire, elle est le centre du système et la seule qui sait quel est le bon compromis, elle détient les fiches de carrière de tout un chacun. C’est à elle de faire le premier pas, si elle souhaite réellement un changement.» Sur le terrain, l’ensemble des acteurs semblent manquer de légitimité et de crédibilité. Du côté des partis politiques, c’est la débandade ! Le décor semble que « tout a été changé pour que rien ne change. »

L’armée reste la colonne vertébrale
Le personnel historique, politique ou de la société civile se recycle et se reconstruit sur les décombres d’une supposée
« opposition », mais laminée et sévèrement humiliée par le système pour rester sans voix audible. Que faire ? Faut-il tout mettre dans le même panier et inventer du jour au lendemain un nouveau personnel politique apte et crédible ? Cela relève-t-il du réel ? « On ne va tout de même pas ramener ou importer des leaders pour diriger l’Algérie ? », s’emporte Tassadite Yacine.
« Le peuple revendique un changement sans les symboles de l’ancien système, du côté du pouvoir on appelle également au dialogue et engager des personnes indépendantes et pro-
pres pour conduire ce changement », relève Nabila Bouchaâla, chef de département de l’Ecole supérieure du journalisme, à Alger, néanmoins, elle ajoute : « Le grand problème est qu’il y a un défaut de communication entre les différentes parties, il est temps qu’une connexion directe soit établie par tous les moyens possibles entre le peuple et ses dirigeants. » En effet ce défaut de communication existe à tous les niveaux: décideurs, classe politique, intellectuelle, société civile, universitaire et mouvement populaire .
Sans organisation dirigeante ou feuille de route, le peuple, par millions, sort dans la rue depuis le 22 février 2019 et entonne un seul slogan « Système dégage », mais il ne propose rien. Dans sa révolution, il en a fait un rituel : les vendredis pour tout le monde, y compris les bébés, les personnes âgées et les mardis pour les étudiants et la jeunesse, toutes catégories confondues, en général, marchant tous ensemble pour une Algérie debout, réconciliée et apaisée. Sur le plan international, des voix et non des moindres lui attribuent le prix Nobel de la paix ! De l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, le peuple ne revendique pas un « Etat islamique », et ne s’attaque pas à ses institutions et non plus à ses symboles, il en est même protecteur et garant, il s’attaque plutôt à son personnel. Le peuple en a applaudi, et savouré, la neutralisation du président déchu Abdelaziz Bouteflika, l’arrestation de son frère, deux de ses Premiers ministres, mais surtout des chefs de la mafia militaro-politico-financière, symboles du terrorisme étatique.
Dans la sémantique du discours du chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, il en ressort : « L’armée n’a pas d’ambition politique, dégagez des représentants, dialoguons, on ne tourne pas, encore, autour du pot, faites des programmes et proposez-les au peuple et partons à une présidentielle, en dépit de tout ce que l’on dit de la Constitution. » L’Armée refuse de s’inscrire dans la logique de transition à long terme mais appelle au dialogue qui doit mener tout droit vers l’organisation d’une élection présidentielle le plus rapidement possible. Autrement dit, d’une part, l’Armée refuse de valider l’aventure d’une transition sans parapluie constitutionnel et, d’autre part, semble prendre très au sérieux les leçons de l’expérience de l’arrêt du processus électoral en 1992 et ses dramatiques conséquences sur le pays, des années durant. K.L.-C.

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