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La CPI à l’aune d’Al Bechir
20 Juillet 2008 Lu 360 fois
La Cour pénale internationale (CPI, tribunal permanent global) en lançant un mandat d’arrêt international contre le président soudanais, Omar Hassan Al Bechir, outre d’une première, vient d’étrenner officiellement son existence en tant que Cour criminelle internationale habilitée à connaître - selon les statuts de Rome de 1998 portant création de la CPI - des crimes de «génocide», crimes «contre l’humanité» et autres crimes «de guerre». C’est une bonne chose en soi que des dirigeants politiques, au plus haut niveau de responsabilité - lorsque leurs juridictions pénales nationales sont incapables ou mises dans l’incapacité d’ouvrir une enquête - ne se sentent plus immunisés ou jouissent de l’impunité pour des crimes qui leur sont, ou peuvent leur être, imputés. C’est un peu le cas du président soudanais, Omar Hassan Al Bechir - à ses dépens pour avoir trop tiré sur la corde - qui risque de devenir un cas d’école. Il y a un hic, cependant! Certes, M.Al Bechir est fort peu sympathique et représente le prototype de dirigeants qui font peu cas des souffrances de leurs peuples, quand ils ne participent pas directement à la mise au pas de ces peuples. Ce dont est justement accusé le président soudanais. Une observation, toutefois, est à relever: la CPI, cour indépendante selon ses statuts, en s’attaquant au Soudan, a choisi la voie de la facilité d’autant plus que l’évidence des crimes commis au Darfour n’est plus à souligner. Al Bechir, dont le cas risque de faire jurisprudence, n’est pourtant pas le seul chef d’Etat dont les mains ne sont pas aussi nettes que cela puisse paraître, ou qu’ils veulent le faire croire. Nous avons des cas semblables, dont le dernier en date demeure l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, ordonnée par le président George W.Bush, dont le bilan désastreux - entre 600.000 et 2 millions de morts en cinq ans d’occupation, plusieurs millions de réfugiés et de déplacés - en souligne la gravité. Ce qui peut et doit, sans difficulté, être assimilé à des crimes de guerre, selon les statuts mêmes de la CPI. De même que des crimes contre l’humanité sont quotidiennement commis par l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés. Mais, ni les Etats-Unis ni Israël ne sont parties de la CPI dont ils réfutent les pouvoirs. Or, les Etats-Unis, qui pressent Al Bechir et le Soudan de se soumettre à la décision de la CPI en sont un farouche et résolu adversaire, qui voient dans cette institution une menace potentielle pour leurs ressortissants, en particulier leurs militaires servant à l’étranger, allant jusqu’à suborner des Etats membres de la CPI, les incitant à ne pas coopérer avec cette dernière (pour ce qui est des ressortissants américains). Sur 94 Etats membres de la CPI, les USA ont ainsi signé des accords en ce sens avec une trentaine d’entre eux, vidant dès lors de son objet principal une cour criminelle internationale qui se devait de faire prévaloir la justice en toute circonstance. Aussi, frapper les uns, en général les plus faibles - comme le Soudan et son président - pour leurs crimes réels ou supposés, fermer les yeux sur les crimes des autres, tout aussi réels, parce qu’ils sont puissants et bien en cours - comme les USA et Israël -, c’est remettre à l’ordre du jour le postulat prévalant aux sombres siècles du racisme et de l’injustice, selon lequel le jugement est fait selon que le coupable est blanc ou noir, riche ou pauvre, faible ou puissant. Le cas Al Bechir n’est en fait exemplaire qu’au sens où il confirme le fait que les puissants continuent d’imposer leur justice à deux vitesses, leur vision des choses et leurs normes. Et la CPI, sous couvert de justice, risque de n’être qu’un instrument, un de plus, au service des puissants.
Karim MOHSEN
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