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Bienfaisance et affairisme
14 Juin 2008
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Le ministre de l’Intérieur a donné, jeudi dernier au Sénat, le chiffre de 81.000 associations agréées dans notre pays. Le chiffre est énorme. Il donne l’impression de trouver une association à chaque coin de rue. A conseiller, aider, accompagner, rassurer, défendre, etc. etc. les citoyens qui se débattent dans des problèmes de différente nature. Combien sont-ils ces citoyens qui ont bénéficié des bienfaits de ces dizaines de milliers d’associations? Pas des masses. Ce qui explique d’ailleurs que «95% d’entre elles n’ont jamais présenté de rapport d’activités comme l’exige la loi» comme l’a révélé aux sénateurs Noureddine Yazid Zerhouni.
Il est clair qu’il ne faut pas chercher très loin la raison. Pas d’activités, pas de rapports. Tout simplement. Mais alors, direz-vous, pourquoi des personnes se regroupent-elles en associations? Pourquoi le nombre des associations a triplé quasiment depuis l’ouverture démocratique? Passant de 30.000 associations en 1992 à 81.000 aujourd’hui. Comment expliquer un tel engouement alors que sur le terrain, rien ou presque n’apparaît? Il n’y a pas une seule réponse, mais plusieurs. Commençons par ces associations qui servent de couverture à l’action partisane. Des associations qui font la charité aux démunis. Une charité concomitante à un message politique.
Dans les années 90, les partis de la mouvance islamiste ne se sont pas privés de ce parfait moyen de «recrutement» pour les besoins de la cause. Un moyen qui, même s’il a baissé d’intensité, n’a pas été totalement abandonné depuis. Comme les mariages collectifs par exemple. Viennent ensuite les associations créées pour booster les carrières de leurs membres. Un bon moyen, en effet, pour se mettre en avant et «prendre l’ascenseur» pour atteindre de plus hautes fonctions dans les rouages de l’Etat. On peut aussi citer l’attraction que peuvent avoir les subventions de l’Etat au profit des associations agréées.
«L’absence de présentation des rapports financiers» de la majorité des associations dont a fait état le ministre de l’Intérieur, se passe de commentaires. Arrêtons les exemples pour dire que, mis à part une toute petite minorité d’associations qui tentent vaille que vaille d’accomplir les missions portées sur leurs statuts, sauf dispositions probatoires rigoureuses, il n’y a aucun miracle à attendre des associations et les voir jouer le jeu au seul profit des citoyens. De l’intérêt général.
Ce mal ne date pas d’hier. Tout le monde connaissait son existence depuis des lustres mais puisque le gouvernement s’est enfin décidé à en parler, espérons seulement que des mesures suivront. Pour supprimer l’affairisme qui se déguise en bienfaisance.

Zouhir MEBARKI

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