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Projection de six documentaires réalisés par des femmes à la Cinémathèque

Résistance au féminin !

Des films qui tombent à pic, car montrés dans un contexte miné par le débat sur le féminisme au sein du Hirak…

Dans le cadre d’un atelier de création du collectif Cinéma et Mémoire que dirige depuis des années Habiba DJahnine, six documentaires sont nés. Réalisés exclusivement par des femmes, ces docs ont été conçus à Timimoun entre novembre 2017 et mai 2019. Ces derniers ont été projetés jeudi dernier à la cinémathèque d’Alger. Des films tous portés par un regard féminin et tournés comme dira un intervenant, dans la salle, « vers la filiation familiale ». En effet, que ce soit vers la mère (la plupart du temps) la sœur, la tante, ou plus généralement, vers la société, ces films osent le « je » qui interroge soi-même et partant, part à la conquête de ses racines pour comprendre ainsi son présent, son passé et son avenir…
Des films sereins, apaisants, portés le plus souvent par un souffle mélancolique, mais sans jamais tomber dans le patos et le défaitisme. Un film sur le combat de ces femmes invisibles que l’on connaît toutes, parce que nous en avons tous des exemples dans la famille, des femmes qui ont combattu soit dans le maquis, au sein de leur ménage, au quotidien, au travail, ou dans la rue. Des femmes qui font fi de toute forme de violence pour avancer, travailler , être utile, porter la vie à bout de bras, continuer à sourire, à rire. Des femmes mues par une force immense, malgré toutes les difficultés et les embûches du quotidien, des blessures connues par tous ou au contraire tues, non dites, dissimulées comme l’on a ainsi habitué les femmes : à ne pas parler, à ne pas répondre, à baisser son regard, à encaisser les coups en catimini, à souffrir en silence et puis continuer son chemin malgré tout. Par la grâce du poids des tabous et de la morale d’une société patriarcale dont les valeurs humaines ne font que régresser…
Parmi ces films, on citera pour commencer, E’sitar (le rideau) 26’, de Kahina Zina. Cette jeune fille comprend dès l’enfance qu’elle est une condition, cependant elle en ignore les raisons. Elle nous dévoile le rapport qu’elle entretient avec les garçons..
Entre peur, colère, résignation … Elle doute, cherchant des réponses à travers ses histoires, ses souvenirs et ceux de sa sœur Mouna, de son amie Yasmine ; dans d’autres récits, dans d’autres lieux. Le rideau qui ouvre le film est celui par lequel arrive à la fois la lumière, mais derrière lequel on se protège des autres, on cache son corps aussi…C’est le cocon familial. Mais gare à la fille qui le franchit pour aller se hasarder dans l’espace public, propriété privée des garçons, semble dire ce film. Si Kahina se révolte contre cet état de fait, sa sœur, elle, temporise et essaye de la raisonner en lui affirmant qu’il ne sert à rien de tenter de convaincre ceux avec qui elle se dispute, mais plutôt de gagner son temps en allant vers ceux qui partagent ses idées..

Combat de femmes
Des idées contradictoire fusent avec sa sœur, dans cette autre « zone de confort » qu’est la voiture…Dans Selon elle 19’, Kamila Ould Larbi semble être indécise et part interroger sa mère sur ce qui l’habite : ce qu’elle veut ou pas faire de sa vie…continuer à faire du cinéma, un passe temps ou un métier ? Sa mère qui, face d’elle en train de repasser du linge semble donner parfois des réponses toutes faites sachant qu’elle affirme connaître très bien sa fille.. De l’humour ponctue cet échange qui pourtant cache un profond malaise chez cette jeune fille qui possède une autre vision des choses que celle de sa mère. Si la jeune femme aspire à apprendre sur son avenir, sa mère plus pragmatique, lui apprend que le plus important est de savoir réfléchir à quoi faire au présent…Deux philosophies qui cohabitent sans heurts pourtant…

Souffrir en silence
Yeah, Djamila goulili, loukan nmout, kifeh tdiri ? (Dis-moi Djamila, si je meurs, comment feras-tu ?) est pour sa part, un doc de 33 mn signé Leïla Saâdna. Cette dernière se souvient être revenue en Algérie en 2004. Elle commença par prendre des photos et filmer sa famille... Ces images qu’elle tourna à cette époque en super 8, sont incorporées dans ce film, qui met en scène une grand-mère des plus attachantes qui évoque la disparition de son fils qui se jeta un jour du balcon. Un film aussi sur l’exil et l’injustice commis envers des femmes, abandonnées et dont les maris partent ailleurs, refaire leur vie auprès des Françaises...
Dans Felfel lahmar, 30’ Saâdia Gacem s’interroge sur son propre statut de femme, son identité, partagée qu’elle est , entre deux Codes, le Code de la famille (Qanun El Oussra) et le Code de sa famille. Au fut et à mesure qu’elle décortique le Code de la famille avec ses copines, elle révèle pour nous ses grandes failles. En face, aux côtés de sa mère et les membres de la famille, au village, elle part à la quête des us et coutumes des femmes, flanqués d’interdits, d’injonctions, de règles à suivre pour ces femmes-là…Des femmes pourtant combatives.Cette scène où la mère et la petite fille s’affairent à nettoyer la source est lourde en symbolique et en dit long sur la passation du flambeau de cet héritage ancestral que Saâdia avoue en avoir hérité tout en avouant prendre conscience de qui elle est et la nature de son rapport à l’Autre en fonction d’où elle vient et ce qu’elle a connu… Bnet El Djeblia, (les filles de la montagnarde) 40’ de Awres Wiame, met aussi l’accent de façon appuyée sur ce rapport mère/fille. Le cœur de cette histoire est Khedidja el Djeblia, une ancienne moudjahida vivant à Médéa qui perdit la tête juste après l’indépendance.
En effet elle tomba malade après avoir été marquée par les traumatismes de guerre. Elle fut internée en1970 à l’hôpital psychiatrique de Blida. Ses filles, Turquia et Aïcha, dont le père est chahid, avaient intégré le centre des enfants de chouhada (martyrs), où elles avaient eu une formation artistique.
Turquia deviendra danseuse au sein du Ballet national algérien, et va raconter à sa fille, qui réalise ce film, son vécu et le vécu de Khedidja. Aussi, la jeune réalisatrice évoque un double traumatisme, celui de la moujahida et celui de sa mère, qui, durant la décennie noire, a dû cacher son métier de danseuse en apprenant un autre, celui de la coiffure.
Elle évoque aussi la gloire d’antan du Ballet national qui faisait la fierté de l’Algérie et l’envie des autres pays étrangers, à une époque où l’art avait toute son importance, avant l’arrivée de ceux qui ont tenté par tous les moyens de briser les artistes et ainsi faire mourir cette flamme et cette passion qu’est la danse pour Turquia qui évoque son passé flamboyant avec un regard à la fois profondément triste et nostalgique. Nnuba est le film le plus long de la journée. Il fait 47 mn et pourtant il semble être le plus abouti. Il est réalisé par Sonia At Qasi-Kessi, Nnuba qui veut dire en amazigh à tour de rôle est l’appellation donnée à une très vieille organisation sociale d’entraide féminine qui consiste à faire paître le bétail du village à tour de rôle.

Ces héroïnes du passé et présent
Ce film traite de cette pratique instaurée par les bergères d’un village de Bouzeguene, dans les hautes montagnes kabyles. Le film suit le quotidien de nombreuses femmes rurales noyées dans leur rude travail... Des femmes belles, altières dans leurs gestes, dans leurs rides, dans leurs habits colorés et chatoyants, des femmes qui transforment leur vécu en une leçon de vie et des poèmes qui n’ont rien à envier à ceux de Rimbaud . Un film extraordinaire, qui montre des femmes telles que l’on a rarement vues au cinéma. Des femmes qui respirent la fraîcheur malgré leurs âges avancés. De vrais mères nourricières, des templiers qui ne plient pas.
Bref, six films des plus généreux ont été projetés devant un public conquis. Ce dernier a été littéralement happé par ces chroniques de vies ordinaires qui ont su resituer ces tranches d’histoire dans la grande, celle de leur famille via ces petites lucarnes sur l’intime, filmés avec une belle pudeur, de quoi laisser passer cette petite lumière tant régénératrice après une tempête…

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