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Entretien avec le réalisateur Nassim Boumaiza producteur-réalisateur algérien

«J’aime le cinéma grand public»


Il a présenté en avant-première nationale son court métrage des plus originaux, Point zéro, samedi soir à la cinémathèque d’Alger. Un film qui a déjà fait de nombreux festivals et reçu des prix dont celui du meilleur scénario récemment au festival de Oujda au Maroc. C’est l’histoire de Ali, un jeune venu de Chlef qui devra aller pour la première fois de sa vie à Alger où il doit régler un problème administratif. Après une journée marathonienne, il rate le dernier taxi pour rentrer chez lui. Ali se retrouve coincé à Alger toute la nuit. Ce sera sans doute la nuit la plus longue de sa vie. Il devra faire face à de nombreux obstacles pour pouvoir survivre à cette jungle humaine de la nuit... jusqu’à perdre le contrôle. Le bon et gentil Ali alias l’acteur Rachid Belakili est obligé d’un autre côté l’espace d’un temps où le jour se lève...Film noir saupoudré d’humour, Point zéro met en scène une pléiade d’acteurs mis en scène dans des situations que l’on a peu vues au cinéma. Film audacieux et pertinent, Point zéro témoigne de la vivacité du réalisateur et l’ouverture de son regard cinématographique qui se plaît à explorer les sentiers battus du 7ème art pour surprendre son spectateur et l’émouvoir… Projeté cette année au Fespaco 2019 en l’absence de son réalisateur, nous avons pu enfin le choper pour voir ce dernier. Il nous parle ici de son court métrage, mais aussi de ses nombreux projets… A peine 30 ans, le responsable de la boîte Khamsa production n’a pas fini de nous surprendre…


L’Expression : Comment vous est venue l’idée de ce film, c’est-à-dire une histoire qui dure l’espace d’un temps déterminé, une nuit avec ?
Nassim Boumaïza : L’idée à la base, je voulais raconter ma ville, Alger, mais je voulais aussi créer un certain équilibre, c’est parler un peu de tout. La véritable version de Point zéro est une version qui dure une heure cinq, ce n’est pas un court métrage. Je voulais aborder toutes les catégories sociales de l’Algérie et raconter tout ça via un protagoniste qui rentre dans des univers et nous en présente d’autres. C’est un protagoniste qui saute d’un univers à un autre, c’est de là où j’ai essayé d’écrire cette histoire et de raconter une histoire humaine aussi, un sujet qui me tient à cœur aussi c’est le régionalisme. Etant moi-même algérois je trouve qu’on est très raciste et très régionaliste, nous les gens de la capitale…

Le personnage central est de Chlef, mais on a l’impression que vous avez exagéré dans les traits. C’est très caricatural tout ça...
Oui, c’est voulu. Pour moi c’était plus simple de caricaturer ce genre de personnage que de ramener un gars de Tindouf. J’ai pris une wilaya qui est vraiment collée à la capitale pour dire que ce régionalisme n’est pas une question de distance réelle. Dans le film on voit bien une séquence où il y a deux individus de Chlef et on assiste à un différend entre eux.
C’est un sujet que j’ai voulu remettre en question, mais sous différentes formes.

Il est assez naïf. Il rappelle presque Mister Bean…
Moi je dirai plutôt que c’est du Tom Hanks dans Terminal dans le costume.

Oui, effectivement…
Je pourrai vous citer plein de références dont l’inspecteur Monk. Il n’est pas naïf, il est saint…

Il a de la candeur…
Aussi… J’ai voulu montrer l’effet d’une capitale sur une personne. Autre chose, la deuxième réflexion qu’on peut se faire sur le film est d’ordre philosophique, c’est de se dire, par rapport à Dieu, cette personne est –elle une bonne ou une mauvaise personne ? C’était ça la finalité du film. S’il ose le formuler en arabe, on dira ce dernier va t-il partir au paradis ou en enfer ? C’est juste un sujet de réflexion en soi qui mérite d’être débattu. Car nous, les Algériens nous avons le culot de juger les gens sur le premier virage.

Il y a de l’humour dans le film, même si la fin se termine sur une note tragique. Sans dévoiler l’issue, votre personnage passe par plusieurs péripéties et c’est là où votre question se situe finalement, dans le sens où la fin se justifie-t-elle malgré tout ou pas ? C’est vrai que votre personnage a été poussé à bout... Votre question serait-elle donc : «Sur quelle base doit-on juger une personne ?».
Tout à fait. Selon moi on vit dans une société qui juge au premier regard. Je ne voulais pas aborder cette question frontalement. Je voulais vraiment l’aborder à la fin. Et de dire : «A vous de juger maintenant comme vous avez l’habitude de faire d’ailleurs en s’adressant aux spectateurs. Point zéro a été réfléchi pour que cela soit une histoire universelle. Le film pourrait se dérouler dans n’importe quelle autre capitale et ça marche...

Qu’entendez-vous par Point zéro ?
Cela veut dire retour à la source». A la case départ. Le film commence au lever du soleil et se termine au lever du soleil aussi. Sur la version de départ, d’une heure cinq, tout se reproduit deux fois. Dans la version courte on remarque par exemple l’arrêt de bus jour et nuit, le décalage entre Chlef et Alger, l’affiche du film c’est un abribus. l’histoire de la cigarette et avec l’homme noir qui revient par la suite avec le Chelfi. Pour moi c’est un rond, un point zéro. A la base le titre initial du film devait être «Maudit» en connotation et par rapport à Chlef, après j’ai trouvé cela un peu trop facile. J’ai ensuite pioché et je suis parti vers un titre plus mystérieux.

Vous avez tourné pour le mois de Ramadhan la série Boubalto en Espagne. Un mot là-dessus ?
Ça a été tourné dans les studios, là où Clint Eastwood a tourné sous la direction de Sergio Leone. J’ai tourné un western algérien. Chaque année je me lance des défis. Cela fait presque sept ans que je fais des séries durant le mois de Ramadhan et cette année c’était impératif pour moi de faire quelque chose dans un autre registre. Moi qui est fan de Sergio Leone c’était le bon moment de le faire... On a tourné d’ailleurs dans les mêmes décors que Sergio Leone...

Comment avez-vous fait pour avoir les moyens, d’autant que la qualité était là au niveau de l’image, je parle des costumes etc. avec quel budget ?
Eh bien, il faut être audacieux dans la vie. Je suis mon propre producteur. Point zéro en est un exemple ; il est autofinancé. Ce que je fais en général c’est que je pioche dans mes réserves personnelles, je commence le projet et après je démarche. C’est ce que je fais chaque année et ça marche. Et pourvu que ça dure. Faut dire aussi qu’avec ces studios-là on a négocié sachant qu’on était la première équipe africaine à tourner là-bas, du coup on a eu une petite remise. Parce qu’on a eu à leur faire un peu de pub et on a aussi signé un contrat de deux années. Il y aura donc une suite de la série..

C’est quoi vos projets ?
J’écris un court métrage. Je prépare un long métrage et je tourne des clips. J’ai pour info, tourné pas mal de clips. Je ne tourne pas de doc, par contre… sinon j’essaye d’expérimenter des choses tant que je suis jeune.

Un mot sur le long métrage en préparation...
C’est un road moovie. Il s’appelle Tam Express. C’est une comédie, un mélange entre un film de Djamel Bensaleh, Le Ciel, les oiseaux et ta mère, et une référence au film de Steven Spielberg, Sugar land Express.

Comment concevez-vous le cinéma, le vôtre j’entends ? Celui que vous aimez ?
J’aime le cinéma grand public. Je ne suis pas philosophe et pas très cinéphile. J’essaye de raconter des histoires à mon niveau. Mon métier est fait pour faire rêver avant tout. Et en deuxième lieu, donner une réflexion, mais à la base je ne suis pas un porteur de message…

Vous avez fait des études en cinéma ou êtes-vous autodidacte ?
J’ai fait des études en cinéma. Je suis passé par l’université d’été de la Femis comme beaucoup. J’ai fait une école de cinéma en France. Je suis monteur de formation à la base. J’ai commencé en Algérie quand j’avais 17 ans dans Nas Mlah City. J’étais assistant-réalisateur. J’ai fait chargé de casting. Je suis parti en France, puis je suis revenu. J’ai commencé à réaliser des séries en 2012. La première et après j’ai enchaîné. J’ai fait beaucoup de télé en fait. En France, j’ai travaillé durant deux ans pour Arte en tant que réalisateur de bande annonce. A la base j’habite à Strasbourg. Je suis entre les deux pays…

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