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«Al Bayazin» réédite l’ouvrage «Dar Abdeltif» de Mounjia Abdeltif

Au chevet du patrimoine !

«Les Italiens ont les codes pour régénérer leur ville. Chez nous, on n’a pas cette connaissance. La tragédie est là…»

Dar Abdeltif, cette belle demeure nichée entre Maqam E’chahid (Mémorial du Martyr) et le Musée des beaux-arts -qui abrite actuellement, heureux hasard du calendrier- une grande résidence artistique appelée « Maaen » fait l’objet d’un livre signé Mounjia Abdeltif, une descendante de la famille du même nom et architecte de son état. Cette femme a ainsi réalisé un livre en conclusion de son travail de recherche sur le patrimoine architectural, sorti aux éditions Al Bayazin. Ce livre, qui marche bien, vient d’être réédité et a fait l’objet, la semaine dernière, d’une présentation et vente-dédicace à la librairie L’Arbre à dire, sise à Hydra. Publié d’abord en 2014 et très demandé, ce livre se base avant tout sur l’étude de l’histoire du lieu dont la plus ancienne trace écrite remonte à 1715. «J’aborde l’histoire de Dar Abdeltif, bien que l’on ne sache pas à quel moment elle a été construite, la plus ancienne trace est un acte de propriété daté de 1715 (…) et le nom Dar Abdeltif fait référence au dernier propriétaire de la demeure qui l’avait achetée en 1795», a-t-elle fait savoir lors de la présentation. L’oratrice évoquera d’abord la genèse de son travail. : « Je me suis lancé en thèse de doctorat en 2006-2007. Je me suis consacré au sujet du patrimoine architectural en général au début et ensuite sur Alger . J’apprends que la médina est classée patrimoine mondial et là jaillit une question. Il me fallait la thèse pour répondre à cette question : pourquoi on classe ? Qu’ont-elles de particulier ces villes et cette architecture pour qu’elles soient classées patrimoine mondial ? » et d’ajouter : « Il fallait que je réponde à cette question : pourquoi les gens sont-ils si émus quand ils sont face à cette architecture du patrimoine ? J’ai eu l’occasion de faire visiter Dar Abdeltif et reçu des gens du monde entier et constaté leur émerveillement. »

Questionnements et recherche
La chercheuse en patrimoine affirme aussi : « Plus j’avançais dans mes recherches, plus et il me fallait une grande dose de philosophie, de science, de la poésie même pour pouvoir cerner les qualités de cette architecture. » Après avoir entamé les travaux en 2007 et restauré enfin en 2008, Madame Mounjia Abdeltif, en 2008 continue à affiner ses recherches et aller jusqu’aux détails tout en enseignant l’architecture. « J’ai pris conscience d’une chose, sur le plan scientifique, que ce soit Dar El Dzayer, Rome ou Madrid ou n’importe quelle ville européenne et même en Asie, j’ai découvert certains éléments régulateurs que tous les patrimoines mondiaux classés ont de commun dans le monde, à savoir le fameux nombre d’or et je me suis demandé pourquoi n’est-il pas enseigné à nos étudiants ? J’ai commencé à me poser des questions sur ce qui s’est passé au XXe siècle.. » Et d’indiquer : « Je prends un double mètre et je mesure, je trouve partout au niveau des fenêtres, les colonnes, les portes, le même nombre d’or. Pendant ce temps je fais des conférences un peu partout... Il n’y a pas eu de fin de thèse, mais le résultat de la recherche. Je me mets à ma table et en un mois ce livre sort. » Très peu de livres sont en effet publiés autour de Dar Abdeltif, mis à part des articles. Ce que l’on sait, c’est qu’en 1916 on a un acte notarié car elle a été achetée, ensuite elle est passée d’un propriétaire à un autre. En 1797 elle est achetée par le sieur Abdeltif en question. Il y a vécu jusqu’à 1830. A l’occupation française, la famille Abdeltif est expropriée. Dar Abdeltif devient un hôpital pour les légionnaires. Puis elle tombe en ruine au XIXe siècle... Le maire a décidé d’en faire la maison des artistes. Jusqu’à 1962. « C’est une de ses vies » argue l’oratrice qui estime que « c’est une page de son histoire qui est assez intéressante. Elle a reçu les lauréats peintres et sculpteurs européens qui, pour être récompensés, avaient le privilège d’y séjourner, peindre et y exposer. Certaines de leurs œuvres sont encore visibles au niveau du Musée des beaux-arts d’Alger. »

Des risques de l’impérative restauration
Dar Abdeltif est restaurée en 1903. « On peut dire qu’elle a eu la chance d’être restaurée, car les autres, il en existait d’ailleurs une centaine et beaucoup n’ont pas survécu, elles ont été démolies… » En 1980 Dar Abdeltif est squattée par 20 familles créant une vraie bidonvilisation. « En 1994 j’ai eu l’occasion de la visiter, c’était l’horreur. En 2005 on a décidé de la prendre en charge et la restaurer. La première restauration n’a pas marché. La deuxième était la bonne. Quand on pense qu’elle a trois siècles… ! Mais aujourd’hui elle souffre de nouveau de graves problèmes d’humidité... ». Évoquant le rôle de la restauration, l’intervenante dira que ce métier peut entraîner des risques au niveau de la bâtisse. Des soucis hydrauliques peuvent endommager à la longue Dar Abdeltif, mais creuser dans le site suscite des vibrations qui peuvent aussi fragiliser la structure a-t-elle fait comprendre. « La restauration c’est d’une certaine manière une science. L’architecte-restaurateur de Dar Abdeltif est resté à Rome pendant 7 ans, pour pouvoir apprendre toutes ces techniques. L’architecture du patrimoine invite à l’humilité. Quand on croit trouver quelque chose en fait, vous vous sentez ignorant juste après. On est en perpétuel questionnement. » Le jardin de Dar Abdeltif note-t-on a été classé par l’Unesco, patrimoine mondial de l’humanité. « Quand il y a des gens qui la visitent, je leur dis : «Elle n’est pas qu’à nous, elle est aussi à vous, vous êtes chez vous». Je leur dis : «Elle est patrimoine mondial. Il faut raisonner comme ça. Je regrette qu’on ne puisse pas la visiter vraiment car les «byout» sont occupées par les bureaux de l’Agence pour le rayonnement culturel (l’Aarc) . Alors, on se contente du «west edar» et la terrasse… » et de souligner avec dépit, mais avec une farouche détermination : « Ce patrimoine, s’il n’est pas une école d’architecture pour nous, on va le perdre. Et là, on aura plus de référence, d’un point de vue identitaire. Il faut bien se dire une chose et c’est mon point de vue. Je n’ai pas peur que la médina s’écroule. Ce qui me fait peur, c’est qu’on ne la connaisse pas. On n’est pas capable de la régénérer. On ne se sait pas la régénérer. Les Italiens ont les codes. ils savent régénérer un patrimoine. Si jamais un palais tombe, ils savent comment faire pour qu’il repousse. Chez nous, on n’a pas cette connaissance. La tragédie est là », conclut Moujia Abdeltif.

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