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Un SMS qui lui a glacé le sang

La cour d’Alger a connu hier, un procès en appel ayant trait à la mise hors d’état de nuire d’un maître chanteur. . .

Les membres de la chambre correctionnelle vont devoir réfléchir à une triste histoire de règlements de compte d’un employé rancunier contre un brave et gentil directeur en retraite, mais qui a été estomaqué par l’étonnante relaxe pure et simple de l’inculpé de menaces, verdict du juge du siège du tribunal d’Hussein- Dey (cour d’Alger). Heureusement que le législateur a prévu l’appel pour les mécontents ou insatisfaits des décisions de justice. Voilà un excellent dirigeant d’une laiterie nationale qui, l’âge aidant, partit en retraite méritée pour un long repos. Il pensait passer le restant de ses jours paisiblement dans son village natal, loin de la polluée capitale ainsi que de son insupportable chef-lieu de Bab Ezzouar et son éternel carrousel, près de l’air pur, des oliviers et des figuiers millénaires. Mal lui en a pris car, se lamentera-t-il devant la section pénale : «Quelques jours, après, Yassine. H. un employé m’a appelé sur mon numéro personnel pour une série de harcèlement, à partir du 7 mars 2017. Je croyais la folie passagère terminée, lorsque je reçus, quelques jours après, de graves menaces à travers 11 appels dont l’un contenait une ridicule, mais sérieuse menace qui disait exactement ceci, en tamazight, s’il vous plaît : «C’est moi Yassine. H. qui espère que tu te rappelles toujours de lui, lorsque tu as procédé à une retenue sur salaire de six jours.» Maître Nassima Aïd, l’avocate de la victime, l’a fort bien souligné, lors de l’introduction d’une question capitale au cours de sa percutante et bruyante intervention qui a ému toute l’assistance : «Ce que le pauvre inculpé ignorait, c’est que cette punition interne a été effectuée conformément au règlement intérieur de l’entreprise.
Un employé a commis une faute et le règlement aidant, il fallait qu’il soit puni, un point, c’est tout ! Donc, je ne voyais pas l’objectif des menaces que je n’avais pas d’abord prises au sérieux. Or, dans un autre appel, les menaces se font plus féroces puisque le texte était plus explicite ‘’c’est moi Yassine. H. est-ce que tu te rappelles de moi ? Je ne t’ai pas oublié, j’ai un compte à régler avec toi ! ‘’. Transcrit en arabe, j’ai eu la chair de poule ! (andi h’asseb maàk !). Plus expressif a été le texte suivant qui m’a glacé le sang dans les veines», a ajouté Hadj, la victime qui laissera le soin à son avocate d’enfoncer le clou «ton fils travaille avec nous et je te rappelle que je ne t’ai jamais oublié ! Tu m’as fait injustement une sale retenue sur salaire et là, monsieur le directeur en retraite, tu verras ce qui va arriver bientôt à ton cher fils ! ‘’, s’était écriée Maître Nassima Aïd. Avouez, chers lecteurs, que nous venons de parcourir des menaces écrites dignes des films de gangsters yankees des années trente ! La victime continua son récit devant une assistance muette de désespoir : «Ce n’est pas fini, puisque le 16 avril 2017, soit 39 jours après les premières menaces, voilà qu’il remet ça, méchamment ! Deux messages dans lesquels il me réserve un joli cadeau !
Effarant, car je cessais de me demander comment ce jeune travailleur a pu se procurer mon numéro personnel pour assouvir sa vengeance ! Mais ce qui ne cessait de me trotter dans la cervelle. Oui, une vengeance à propos d’un fait qui a été traité selon la réglementation en vigueur. Cela commençait à bien faire ! Les calculs et autres probabilités me trottaient dans le crâne. Un crâne qui commençait à peine de se vider et voilà qu’un écervelé s’amuse à faire du chantage via des menaces. Auparavant, il pensa constituer un conseil, s’en remettre à la justice à laquelle il n’eut jamais affaire. Il se mit à la recherche d’un bon conseil. Après une nuit blanche et s’être tourné et retourné plusieurs fois dans le lit, il se réveilla, le matin, avec une gueule de bois inimaginable. Il se regarda longuement dans la glace, renonça à se raser de crainte de se blesser car la main droite ne cessait de trembler et pour cause. Ah le stress ! Combien de fois a-t-il pris la lame ? On lui conseilla une avocate, membre de l’impressionnant Conseil de l’ordre de Blida : maître Nassima Aïd de Chéraga (cour de Tipasa).
Le jour du procès, elle était là, prête à tous les débats ! «Menacer quelqu’un avec des mots pleins de sous-entendus, est très grave. Menacer quelqu’un de préparer quelque chose de pas gentil du tout pour son fils, fait perdre le sommeil à toute personne au moral d’acier !» s’était écriée le défenseur qui demanda seulement justice. Elle fit le nécessaire comme il le fallait, satisfaite finalement de la mission accomplie. Or, pour qui l’ignore, les menaces sont prévues dans la section II, du titre II, du chapitre 1 du Code pénal. L’article 284 (ordonnance n°75 - 47 du 17 juin 1975) du Code pénal qui dispose que : «Quiconque menace, par écrit anonyme ou signe, image, symbole ou emblème, d’assassinat, d’emprisonnement ou tout autre attentat contre les personnes, serait punissable de la peine de mort ou de la réclusion perpétuelle, et, dans le cas où la menace est faite avec ordre de déposer une somme d’argent dans un lieu indiqué, ou de remplir toute autre condition, puni d’un emprisonnement de 2 ans à 10 ans et d’une amende de 500 à 5 000 dinars.
Le coupable peut, en outre, être frappé pour un an au moins et cinq ans au plus de l’interdiction d’un ou plusieurs des droits mentionnés à l’article 14 de l’interdiction de séjour.» Cet article a été bien étudié et le moindre justiciable peut le lire à sa guise. Ce que la malheureuse victime ignorait c’est que la justice a le bras long. La cour a le loisir de peser le pour et le contre avant de décider. Rendez-vous le
16 octobre 2019.

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