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La chronique judiciaire

Bachir avait honte à la barre

Un fonctionnaire de l’agriculture dans une wilaya du Centre a dérapé après avoir glissé sur la peau d’un article défendu par la loi.

Bachir. R., la cinquantaine dépassée, a été découvert avec, chez lui, 60 kg d’engrais, ce qui est en soi, interdit par la loi, mais pour certaines personnes, « interdit » veut dire tout simplement quelque chose qui ne vous appartient pas, donc à ne pas vendre sans autorisation du propriétaire légitime. Or, ici, il s’agit d’un produit capital pour la nourriture de la terre nourricière, c’est donc un produit bon pour la revente. Mais la loi est claire ! Revendre un produit qui ne vous appartient pas, est du vol : c’est du vol ! Et ce fonctionnaire est obligé de voir les choses en face : il a fait quelque chose de mal ; il doit se comporter en conséquence. Il comparait ce lundi gris et frais de février 2019, confus, malheureux et triste, devant le tribunal correctionnel du tribunal du coin et risque gros, et ce, d’autant plus que ce monsieur connaît très bien la loi qu’il a piétinée. Il est confus d’être traîné à la barre car il sait très bien à quoi s’attendre. Il est malheureux parce qu’il va droit dans le mur. Il est triste, du seul fait qu’il va devoir s’expliquer sur des pratiques indignes d’un cadre de l’agriculture, fonctionnaire de l’Etat. C’est un peu trop pour ce quinquagénaire issu du rif, haut-lieu du nif et de l’intégrité. Face à Mme la présidente de l’audience pénale, l’inculpé sera terrassé par une honte sans égale, même s’il est là, en qualité d’inculpé libre, c’est-à-dire ayant bénéficié de la liberté provisoire. Dans cette position plus qu’inconfortable, Si Ouameur. B. s’explique devant la juge jamais prête à tendre son cou aux dents acérées d’un carnassier.
La première question annonce la couleur de ce qui va suivre :
- « Inculpé, en tant qu’administrateur et fonctionnaire, la loi vous permet-elle d’exploiter une quelconque parcelle de terre ? demande, sans battre des cils,
la magistrate qui, d’un air
malicieux, voulait que ce monsieur sente qu’il est assis sur une branche qu’il a lui-même sciée. La réponse tombe aussi juste que deux plus deux font quatre. Mais l’inculpé est dur à cuire et reprend dans la foulée, comme pour faire diversion :
- A vrai dire, je suis en même temps fonctionnaire et fellah !
- Et donc ? insiste la magistrate qui savait ce qu’elle voulait.
- Et donc, je revends à l’occasion de l’engrais, lorsque . . .
- Et voilà, coupe la juge, en tapotant sur le pupitre. Vous revendez donc de l’engrais destiné aux cultivateurs de la région !
- Je n’ai pas encore terminé les explications au tribunal pour une meilleure compréhension de l’affaire ! dit l’inculpé qui n’arrive pas à se faire comprendre de la magistrate !
- De quelles explications voulez-vous parler en ce moment précis, alors que vous venez de reconnaître que vous vendiez de l’engrais qui ne vous appartenait pas ? Je ne comprends vraiment pas où vous voulez en venir. Si vous avez d’autres arguments à faire valoir, c’est le moment ! », reprend la juge impatiente d’avoir une réponse rassurante pour tout le monde.
L’inculpé perd de sa superbe devant tant d’acharnement de la part de la magistrate qui est surtout obnubilée par la revente de l’engrais appartenant au secteur public ! Ce qui s’apparente à du vol, fait prévu et puni par l’article 350 du Code pénal.
D’ailleurs, à titre indicatif, ledit article dispose, d’après la loi n° 06-23 du 20 décembre 2006, que :
«Quiconque soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol et puni d’un emprisonnement d’un (1) an à cinq (5) ans et d’une amende de cent mille
(100 000) DA à cinq cents mille (500 000 DA). La même peine est applicable à la soustraction frauduleuse d’eau, de gaz et d’électricité.
Le monsieur veut répondre au tribunal en reconnaissant sa faute, mais la honte l’habite car reconnaître un méfait publiquement, surtout qu’il y a dans la salle d’audience, des proches qui le vénèrent, qui l’aiment, qui le gâtent, qui peuvent faire marche arrière à la suite de cette inculpation. Il voulait expliquer au tribunal et au monde entier que finalement, il n’a fait que ce que la majorité des fonctionnaires, fait tous les jours qu’Allah crée.
Il pense sincèrement que ce qu’il a fait est d’une certaine manière, de la débrouillardise quotidienne, évitant par là, les détournements de fonds et à un degré plus dur : la corruption. C’est en quelque sorte, fuir le choléra pour la peste ! Après la mise en examen du dossier, l’inculpé écope d’une peine d’emprisonnement de deux ans ferme et d’une amende de 20 000 DA.

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