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Des décisions et des mesures qui interpellent les observateurs

La loi de finances 2020 passée au crible

L’environnement et le développement durable ? Combien de divisions ?

Cette citation reprend la fameuse réplique de Staline agacé par ses conseillers qui le relançaient sur le fait que le Vatican n'était pas d'accord avec la politique soviétique. Il eut cette réplique sans appel: «Le Vatican? Combien de divisions?» Mutatis mutandis nous sommes dans la même situation; un gouvernement en fin de parcours se permet d'engager le pays sur des décisions qui à mon humble avis sont prises en dépit du bon sens ou en tout cas qui nuiraient au pays en l'enfonçant un peu plus dans le chaos multidimensionnel qui nous attend.

Les mesurettesdu PLF 2020
Le moins que l'on puisse dire est que les rédacteurs ont le souci de ne rien changer de fondamental en se rabattant sur des mesurettes qui n'attaquent pas le problème dans le fond. Encore une fois du social mal placé pour lequel les citoyens n'ont aucune reconnaissance d'une part parce qu'il profite à ceux qui ont relativement les moyens (comme par exemple celui qui a une bagnole par rapport à celui qui prend le bus). Les calculs montrent que c'est une petite rente de 30DA/litre (si le prix était porté de 70DA et était appliqué) que l'on donne a celui qui a une voiture si seulement son véhicule roule l'équivalent de 1250 litres (une tonne) la prime est de 40 000 DA. Soit pour les 6,3 millions de voitures 250 milliards de DA Cet argent s'il venait à être récupéré par une politique courageuse des prix, permettrait d'améliorer le réseau de transport et le rendre disponible et fiable. Au lieu de cela, par la taxe prévue, les autorités comptent récolter l'équivalent de 12 milliards de dinars, sur les 6,3 millions de véhicules que compte le parc automobile national. Non! la démarche est incorrecte. Les subventions ne profitent en majorité qu'à ceux qui n'en ont pas besoin

La fuite en avant
Le gouvernement prévoit, dans son projet de loi de finances pour 2020, de ré-autoriser l'importation des véhicules d'occasion de moins de trois ans, mais en imposant des conditions. Seuls les véhicules à motorisation essence sont concernés par la disposition. Les véhicules usagers à importer doivent obligatoirement être équipés au GPL/GNC ou en être prédisposés... la seule disposition écologique vole en éclats, le diesel peut rentrer en Algérie. C'est-à-dire tous les véhicules qui consomment beaucoup. Ainsi, tous les véhicules de moins de trois ans essence et au cylindre égal ou supérieur à 1800 cm3 (2000 cm3 pour le diesel) peuvent être importés.
Fatma Zohra Zerouati, ministre de l'Environnement et des Energies renouvelables, a raison de s'y opposer. L'argument important est que les pays européens tendent à se débarrasser de ces véhicules pollueurs. «Personne ne veut que l'Algérie devienne une poubelle des véhicules européens.» Nous sommes d'accord avec cette position cohérente et responsable et nous allons expliciter cela, mais auparavant nous allons faire un Etat des lieux de la politique anarchique des transports.
C'est un fait l'Algérie vit une situation économique particulièrement difficile depuis mi-2014. Celle-ci est étroitement liée à la dégringolade des cours pétroliers, Après avoir ouvert les vannes et importé certaines années pour plus de 5 milliards de dollars, l'Algérie a décidé de suspendre l'importation des véhicules, ce qui a fait flamber les prix. Pour amortir les dépenses, les autorités ont opté pour un véhicule assemblé localement, ce qui s'est soldé par un fiasco car le véhicule «monté» en Algérie revient de loin plus cher sans qu'il y ait le moindre transfert de technologie. En 2018 c'est 3,2 milliards de pièces pour le montage ckd skd. Si ces voitures étaient importées le coût serait beaucoup moindre!
En septembre 2019 le gouvernement annonce le retour à l'importation des véhicules de moins de trois ans avec un scénario d'abord sans diesel, ensuite avec diesel sans prendre en considération les conséquences, notamment en ce qui concerne le poison diesel.
En fait, dans le cadre d'une politique globale des transports car il y a 6 millions de voitures mais la demande en transport est au moins de 20 millions de citoyen lambda qui ont plus besoin de moyens de transport fiables (bus, tramway, métro, train, que de voitures particulières qui participent grandement à la pollution, notamment lors des encombrements qui font que la locomotion à Alger se solde par 500 000 litres de carburants/jour pour les 500 000 voitures qui circulent du fait de deux heures d'embouteillage en moyenne et sachant qu'une heure d'embouteillage c'est 1/2l de carburant. Ce qui occasionne une perte de 500 000 dollars /jour et l'envoi dans l'espace de 300 tonnes de CO2 /jour à Alger.
Dans une contribution percutante allant dans le même sens et parue sur le «Soir d'Algérie» Belcacem Bellil a tenu à poser les termes d'une fuite en avant du gouvernement concernant la loi de finances 2020. Il est des décisions qui suscitent une avalanche de réactions en chaîne avant même leur mise en application. C'est le cas, en ce moment, de la mesure prévue dans le projet de loi de finances 2020, autorisant l'importation des véhicules de moins de trois ans. En dépit des avis des économistes et des observateurs avertis, qui ont déjà eu à relever l'inconsistance de l'argumentaire décliné par le ministre du Commerce pour tenter de justifier le retour à une disposition suspendue en 2005, le diesel a les faveurs du gouvernement.
S'il est vrai que ce dernier fait l'objet d'une condamnation internationale unanime pour ses importantes émissions de particules (70% contre 30% pour l'essence) et a même été classé en 2012 «cancérogène certain» par l'Organisation mondiale de la santé (...) Ajoutons à cela la politique de soutien des prix du carburant en Algérie qui reste largement en faveur du diesel, puisqu'il coûte à la pompe la moitié de celui de l'essence, alors que le GPL peine à se généraliser à toutes les stations du pays. Cela se passe de commentaire. (...)» (1)
«Nous ne nous attarderons pas trop sur les prix des véhicules de moins de 3 ans en Europe, notamment qui obéissent à une décote officielle qui ne les rend pas aussi attractifs pour le client algérien que le gouvernement le laisse croire. (...) Il serait plus judicieux, en revanche, de revoir en priorité l'organisation de ce secteur, en instaurant des contrôles en amont et en aval de la chaîne d'approvisionnement des usines déjà en activité tout en envisageant une réouverture contrôlée des importations à travers des quotas pour les concessionnaires automobiles indûment écartés par l'ancien ministre Bouchouareb. Et c'est uniquement cette dernière mesure qui pourrait faire fléchir les tarifs surévalués des véhicules proposés actuellement par les marques présentes en Algérie. Sachant, à l'évidence, que les produits importés seraient largement compétitifs et que la facture globale ne doit pas, en tout état de cause, dépasser les seuils des exercices précédents. (...)
En l'état actuel des choses, le retour à l'importation des véhicules d'occasion s'apparente plus à une fuite du gouvernement qui ne veut pas assumer jusqu'au bout les dérives dangereuses de l'ancienne équipe, qu'une solution adaptée au pouvoir d'achat du citoyen.» (1)

Bannissement du diesel en Europe
Le diesel n'a plus la cote. Après des décennies de «trop diesel», il va être banni graduellement. La décision prise par le Conseil des ministres de l'Union Européenne. Le 15 avril 2019, les Etats membres ont définitivement adopté le futur seuil de CO2 que les constructeurs devront respecter en 2030. On connaît donc désormais le calendrier. En 2021, les gammes des constructeurs ne devront pas excéder, en moyenne, 95 g/km, avant de tomber à 81 g/km en 2025 et 59 g/km en 2030.
Une sortie des carburants fossiles est nécessaire à la fois pour préserver la santé de tous et pour lutter contre le réchauffement climatique. Cette sortie permettra aussi de respecter les engagements pris par le pays. Les automobilistes préfèrent le gas-oil, plus polluant car moins cher et les pouvoirs publics sont complices des dêgats sur la santé du diesel.

L'appel au sirghaz, au GNC
Le modèle actuel de consommation algérien est un modèle qui utilise l'énergie, de manière générale, pour le tertiaire à 45% et le transport (40%). A peine 5% sont consacrés à l'industrie et 10% à l'agriculture. En clair, il n'y a pas de création de richesse. La consommation de gaz naturel débridée (8 à 10% de croissance par an) va se substituer totalement aux exportations qui vont tendre vers zéro si on continue à ce rythme, Pourquoi? Par paresse, mais aussi par calcul politique, le pouvoir n'a pas joué la prudence. De ce fait, la consommation d'énergie est débridée. Le gaspillage est un sport national. Si on ajoute les hémorragies de carburants aux frontières, nous avons une idée du chaos actuel qui fait que l'Algérie achetait pour plus de 2 milliards de $ de carburants à 1$ le litre qu'elle revend à trois fois moins pour l'essence et six fois moins pour le diesel (Euro 6 abc) qui commence à être interdit en Europe car cancérigène. Le Diesel que nous produisons est plus nocif qui est à la norme Euro 2 (2).
Tel est le constat dressé dans une communication intitulée «transition énergétique pour un modèle à 50% durable: la révolution dans les transports en Algérie», présentée lors de la 22e journée sur l'énergie organisée par l'Ecole nationale polytechnique d'Alger. Depuis 2010, partout dans le monde le solaire s'est développé, mieux encore depuis deux ans, il est aussi compétitif sinon moins cher au niveau du kWh. La consommation de gas-oil a plus que doublé entre 2001 et 2015: les émissions gazeuses des moteurs diesel sont nocives pour la santé. Elles sont source d'insuffisances respiratoires et de certains cancers. Les avantages du GPL sont cités: le véhicule GPL coûte moins cher que le véhicule à essence. Le prix de ce carburant est le moins cher du marché. Le GPL est largement disponible en Algérie.
Les émissions de CO2 sont réduites de 18% par rapport au véhicule à essence. Avec une augmentation de la consommation de 7% par an et un parc automobile de 11 millions de véhicules en 2030, la consommation de carburants sera de 26 millions de tonnes en 2030. Pour inverser ces tendances, les auteurs de l'étude proposent un modèle où en 2030, 50% des véhicules circulant en Algérie utiliseraient des carburants propres (25% GPL et GNC, 25% de véhicules électriques).

Ils suggèrent la conversion de 100 000 véhicules diesel au GPL carburant par an, Dans ce scénario, la quantité d'essence économisée par l'introduction de la voiture électrique, notamment serait de 15 millions de tonnes soit une économie de 20 milliards de dollars. Ce modèle à 50% renouvelables est possible si on commence sans tarder à développer toutes les formules possibles d'économie d'énergie. Il n'est pas normal que quelqu'un qui consomme 5l/100 km pour sa Marruti paie l'essence de la même façon que celui qui dispose d'un 4X4 à 15l/1 00km. Les vignettes devraient de loin être différentes plus différentes. Mieux encore, ce qui intéresse l'immense majorité des Algériens c'est la disponibilité de transports en commun fiables.
Un prix élevé permettra d'assécher les pertes aux frontières, moraliser la consommation et respecter l'environnement en polluant moins» (2).

La locomotion électrique: l'avenir
Il est nécessaire de savoir que les véhicules thermiques devront disparaître - au vu de leur immense pollution selon les pays européens dans les 10 à 15 années à venir. Ce sont des parcs entiers qui devront disparaître. La France dispose d'un parc de 30 millions de voitures, elle se lance à marche forcée sur les véhicules électriques elle en est à 200 000 en 2018. Son parc thermique sera graduellement voué à la casse et au fur et à mesure qu'il vieillit l'Algérie en sera le réceptacle. On croit que les constructeurs de voitures nous font des fleurs! C'est une erreur! Ils liquident tous les modèles qui n'ont plus court, soit qu'ils consomment plus de 5l/100 km soit qu'ils sont dangereux pour la santé: c'est le cas du gas-oil qui va être abandonné en Europe. Volkswagen arrête les véhicules Diesel en 2025.par contre elle s'est mise comme toutes les autres grandes marques dans la révolution de l'électricité. Quand Renault nous offre la voiture roumaine dans le même temps elle installe la voiture électrique Zoé en Israël. Quand Peugeot veut bien s'installer en Algérie, il liquide indirectement les stocks, mais dans le même temps il investit à fond dans les voitures électriques au point de vouloir installer une voiture low cost en Inde pour 8000 $! Voire moins en Chine. Pourquoi ne pas demander à ces constructeurs de nous aider à nous lancer dans la locomotion électrique. Pourquoi l'Algérie ne se lance-t-elle pas alors dans les voitures électriques. 80% des pièces sont les mêmes que pour un véhicule thermique. En intégrant la locomotion électrique, ce sont des millions de tonnes d'essence et de pétrole qui seront épargnés pour les générations futures. Pour un parcours de 100 km à seulement à 7 l/100 km pour l'essence c'est 300 DA. Les mêmes 100 km avec l'énergie électrique à 10kWh/l cela revient à 5DA le KWh à 50 DA! Même avec l'électricité d'origine thermique nous sommes gagnants et c'est encore mieux si l'électricité était d'origine solaire! De ce fait, pourquoi ne pas s'accrocher à une locomotive comme la Chine qui est aussi première danse le domaine. Comme le géant chinois BYD qui annonce s'installer au Maroc en construisant quatre usines (pour les voitures électriques. les bus électriques, les locomotives électriques et même une usine de batteries électriques). C'est une véritable révolution de l'intelligence qu'il faut inventer. Nous devons changer de paradigme et responsabiliser tout le monde. Pour que cette transition puisse réussir, il est nécessaire de faire de la pédagogie pour expliquer au doyen les enjeux du futur, car c'est à lui de devenir un écocitoyen. Cela commence aussi au niveau des enfants à qui on doit apprendre les rudiments des économies en énergie, en eau, en pain, mais aussi le bien commun. Cela devrait arriver à un baccalauréat du développement durable (2)
En fait il faut le dire! Nous ne prenons pas le bon chemin de la sobriété énergétique. Nous n'avons pas de modèle de consommation, chaque département a sa propre logique sectorielle, il y a peu de coordination entre les différents secteurs «notre meilleure banque est notre sous-sol», un baril à 60 $ actuel peut valoir 200 $ dans le futur et c'est un viatique pour les générations de 2030 et au-delà. J'en reviens en définitive à la sentence de Staline appliquée chez nous: «Le ministère de l'Environnement? Combien de divisions?» Nous répondons sans hésiter: «Aucune, la culture, voire la gouvernance actuelle est loin d'avoir intégré le paradigme du développement durable qui peut se résumer ainsi: «Nous pouvons consommer mieux en consommant moins et en consommant vert. Tel est le challenge du futur gouvernement si on veut que l'Algérien sorte de la malédiction de la rente et mise sur la bénédiction du neurone».

 

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