| |
Dis-moi qui tu fréquentes...
20 Juillet 2008 Lu 518 fois
Peu de citoyens africains pleureront leurs dictateurs, une fois ceux-ci disparus. Quelques exceptions cependant demeurent: les exemples de gigantesques foules en pleurs et en détresse suivant les catafalques de Gamal Abd El Nasser et de Houari Boumediene illustrent l’attachement de deux peuples qui se sont identifiés aux projets de société de ces deux zouama. Ces deux personnages illustres, ont su redonner confiance à des populations malmenées et humiliées par de longues périodes passées sous la botte de l’impérialisme et du colonialisme. Cette dignité reconquise rendra tous les autres jugements indulgents et atténuera les dérapages des systèmes. Mais, après la chute du mur de Berlin et l’implosion du système communiste, les choses ont changé et l’unique gendarme du monde impose aux autres nations frileuses sa propre vision du nouvel ordre mondial. Les Etats-Unis et leurs satellites ont commencé à mettre hors circuit tous les hommes, tous les leaders qui ne rentrent pas dans le moule mis au point par leur état-major. Après Grenade sous Reagan, c’est l’Irak qui est puni par Bush père. L’Europe hésitante se joint à l’Amérique pour tracer de nouvelles frontières à l’intérieur de la Yougoslavie. Elles font mieux en traçant des frontières à l’intérieur d’une Serbie humiliée; cette humiliation sera portée à son paroxysme par le procès infligé au président serbe Milosevic par le Tribunal international qui est toléré mais non reconnu par les Américains. Les responsables politiques et militaires accusés de crimes contre l’humanité y sont déférés continuellement, ce sont pour la plupart des anciens généraux yougoslaves ou des chefs d’Etat africains compromis dans les guerres civiles de leur pays. La récente demande d’inculpation émise par un Argentin auprès de la Cour pénale internationale de La Haye à l’encontre du président soudanais, marque un nouveau degré dans l’escalade des agressions contre certains régimes. Il n’y aura pas beaucoup d’Africains, soudanais ou non, qui pleureront ce général arrivé au pouvoir par un coup d’Etat et dont le régime allié aux islamistes a porté sur les fonts baptismaux un parti qui a instauré le terrorisme en Algérie. Cependant, il faut se rendre à l’évidence que tous les dictateurs et tous les bouchers de l’histoire récente ne sont pas traités de la même manière par ce tribunal trop complaisant envers les protégés de la CIA: il n’est pas besoin de rappeler les vains efforts de Balthazar Garzon pour obtenir l’extradion du boucher de Santiago du Chili. Le général Pinochet, responsable de la mort, des tortures et de la disparition de milliers de Chiliens, est mort de vieillesse dans son lit tout comme Suharto. Ces deux dictateurs avaient une qualité qui passait pour une vertu aux yeux de l’Europe et de l’Amérique unies: ils avaient nettoyé leurs pays respectifs des communistes tout comme Sharon l’avait fait à Sabra et Chatila. Dis-moi qui ils nettoient, je te dirai qui tuer.
Selim M’SILI
|
|