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Le cri d’alarme de Nestlé
27 Mars 2008 Lu 598 fois
La Terre est menacée par le réchauffement nous dit-on. Par un changement climatique. Un grand battage médiatique est fait pour nous en convaincre. Pour bien faire, on a sorti le grand jeu avec pour vedette, l’ancien vice-président des Etats-Unis, Al Gore, auréolé au préalable du prix Nobel de la paix. La suite est connue. Si rien n’est fait, la planète tout entière va, à terme, vers une catastrophe. Aucune région n’en sera épargnée. En d’autres termes, c’est toute l’espèce humaine qui, si rien n’est fait, court à sa perte. Les riches comme les pauvres. Il faut tout de même signaler que cette thèse est controversée. Des scientifiques ne sont pas d’accord avec les arguments développés par Al Gore et ses sponsors. D’ailleurs, son pays, les Etats-Unis, ainsi que l’Australie n’ont pas voulu adhérer aux Accords de Kyoto qui contiennent les mesures à prendre contre l’effet de serre. Bien qu’il s’agit là d’un autre débat, il faut retenir que le tapage est à la dimension de la globalisation du risque. Dans le même temps, un autre drame, qui n’est pas global celui-là, est en train de se dérouler. Un drame qui ne menace que les pauvres qui peuplent la planète. Pas les riches. Un drame qui menace le Sud et concocté par le Nord. On comprend pourquoi ce drame ne fait pas la une des médias malgré toute son atrocité. Il s’agit, on l’aura compris, de la production des biocarburants. Un sujet que nous avons déjà traité ici même mais qui prend aujourd’hui un poids supplémentaire avec le cri d’alarme que vient de lancer une personnalité dont personne ne pourra contester l’expertise. «Si l’on veut couvrir 20% du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants comme cela est prévu, il n’y aura plus rien à manger. Accorder d’énormes subventions pour les produire est inacceptable moralement et irresponsable», s’est écrié, dimanche dernier, dans une interview au journal suisse NZZ am Sonntag, le P-DG du premier groupe alimentaire mondial Nestlé, Peter Brabeck. Impossible d’être plus clair et plus fort pour ceux qui pourraient avoir encore quelques doutes. L’intrusion des biocarburants dans la production d’énergie est un véritable plan machiavélique. Comment qualifier autrement un procédé qui consiste à utiliser des matières premières alimentaires pour produire une énergie de substitution au pétrole en privant des millions d’êtres humains en prise avec la faim, de tout espoir d’être secourus? Comment qualifier autrement ce procédé qui, par l’inflation des prix des produits alimentaires de base comme le blé, le maïs, le sucre et autres qu’il induit, tend à augmenter la liste des victimes? Certains spécialistes y voient le principal «ingrédient» d’une guerre civile mondiale. Un chaos programmé. Tout être doué de raison ne peut accepter un aussi horrible détournement alimentaire. Enlever de la bouche d’un affamé du maïs pour le mettre dans le moteur d’une voiture est un acte inqualifiable. Al Gore n’ignore rien de cette menace mais n’en dit mot. Il est «programmé» pour d’autres objectifs. Mais le plus étonnant est ce silence assourdissant de toutes les ONG humanitaires qui proclamaient haut et fort que leur but est de lutter contre la faim dans le monde. Il en va de même pour toutes les oeuvres caritatives qui pullulent dans le monde. Mais, direz-vous, qu’est-ce qui a piqué le P-DG de Nestlé pour avoir eu le courage de dénoncer «l’inacceptable moralement et irresponsable»? A ce poste-là on ne défie pas impunément les lobbys qui sont derrière ce détournement. La réponse est toute simple: Peter Brabeck est en fin de mandat à la tête de Nestlé. Il sera remplacé en avril prochain. Son plan de carrière n’est plus en jeu. Une mission plus noble s’offre à lui: dénoncer le génocide planétaire qui se prépare avec les biocarburants. Mais que pourra-t-il sans les caméras?
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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