| |
A l’assaut, Lamouri
17 Mars 2008 Lu 528 fois
Qu’on se le dise: il y a des délits que les juges se sont (re)mis à réprimer durement. Avis aux amateurs. Le point fort de cet espace demeure les jeux de mots. Maître Benouadhah Lamouri est chargé de défendre un inculpé de...vol. Le procureur effectue d’exorbitantes demandes (deux ans ferme). A l’issue du verdict, le représentant du ministère public a failli quitter la salle d’audience par le trou d’une souris...Cette affaire de port d’arme prohibé aussi reste un grave délit que beaucoup de juges traquent à chaque audience. Maître Lamouri, le jovial avocat, a eu beaucoup de mérite en sauvant son client, inculpé de vol et de port d’arme prohibé. Il faut dire que Foued B., 26 ans, traînant des blessures occasionnées la veille des faits, a été correct en ne tenant pas tête à la charmante présidente de la section détenus du tribunal de Sidi M’hamed, Alger. Il a été si correct en reconnaissant le seul délit de vol, écartant le second délit que le procureur a requis sévèrement une peine de prison ferme de deux ans. La juge, qui était dans un bon jour, a été plus que généreuse en ne harcelant pas le prévenu, père d’un enfant et déjà condamné pour...vol à une peine de prison ferme de six mois. Elle a permis à l’inculpé d’expliquer son fâcheux geste. Il a demandé pardon, «exigé» l’indulgence du tribunal. «C’est fini, je me range définitivement.» Puis ce fut au tour de l’avocat d’entrer en scène. Il a de suite mis avec vigueur l’accent sur la sincérité de son client qui a eu le courage de déclarer qu’il a volé. Cependant, avec les problèmes vécus en famille, il a préféré sortir à la recherche d’un boulot. En passant devant le centre commercial du centre-ville, il a été tenté par Satan. Le conseil rappelle, toutefois, que depuis 2002, il s’était tenu à carreau, qu’il est mal en point sur le plan physique...aussi. Pour ce qui est du casier, il n’a été condamné qu’une seule fois: en 2001! Jusqu’ici, le conseil savait où il allait, plaidant un délit considéré comme grave, car il n’ignorait pas qu’il allait emprunter la «trémie» d’un autre délit plus grave: le port d’arme, aggravé en ces temps d’assainissement, de la société qui vit plus que jamais une telle violence que même les juges ont été rappelés à l’ordre. «Pour le port d’arme prohibé, il n’en est pas question puisqu’il vous a affirmé que l’arme blanche ne lui appartenait pas. Permettez-lui de se soigner, de se débarrasser de sa minerve et ses béquilles et retrouver son petit enfant qu’il n’a pas vu depuis fort longtemps», a mâchonné le défenseur qui a souri à l’issue du verdict, puisque les six mois de prison ferme ont été prononcés alors que l’amende, ferme, elle, avait été fixée à huit mille dinars. «Attention prévenu, je ne veux plus vous revoir dans cette salle», chantonne presque la juge, pressée d’en finir avec le rôle...car à vingt heures passées de quelques quarts d’heure, c’est la justice qui va se plaquer, la fatigue jouant un mauvais tour aux juges et aux autres parties en présence, le procureur en tête: «Nous avons été trop conciliants par le passé. La loi est ce qu’elle est. Le tribunal a devant lui un ‘’dragueur’’ de port d’armes blanches. Il sait ce qu’il lui reste à faire: deux ans de prison ferme. Et c’est bien payé vu que la rigueur a été exigée par les chefs de cour là où une arme est brandie. Il est temps que cela cesse et il n’est plus question de pardonner ni de fermer les yeux. Maître Lamouri le sait.»
Abdellatif TOUALBIA
|
|