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Si pour le tourisme c’est un manque à gagner, pour la pêche c’est «un manque à manger». Comme s’il suffisait d’injecter de l’argent, des milliards et des milliards de dinars ont été dépensés pour «la modernisation» de la flotte de pêche, pour la construction de nouveaux ports de pêche, pour la réhabilitation des anciens...Rien n’y fait, le secteur est toujours naufragé. Il n’empêche qu’à chacune de ses «sorties», notre ministre de la Pêche nous abreuvait de promesses de relance sans délai de la production et donc d’une offre abondante des produits de la mer. Ce qui suggérait évidemment que le prix du poisson allait être enfin maîtrisé. Ainsi, avons-nous espéré durant de longues années. Jusqu’à cette semaine, lors de l’émission radio «El Wajiha», où notre ministre «débarrasse la table» et décrète que «les ressources halieutiques ne suffiront plus aux besoins d’une population en constante progression». Le «verdict ministériel» n’est en rien innocent. Il est fait pour justifier «la nécessité de recourir à l’aquaculture». Pour le ministre, il est temps de recourir à cette méthode scientifique. Aussi scientifique que son constat de nos ressources halieutiques «surexploitées». Une surexploitation que ne reflète pas, mais alors pas du tout, l’état de nos pêcheries. Une surexploitation dont on voudrait bien qu’il nous dise où elle atterrit. Et pourquoi l’avoir laissé sévir?
Soyons sérieux! L’argent à lui seul ne règle rien. Le secteur en a dépensé sans compter pour un résultat zéro à six chiffres.
La Méditerranée est toujours féconde. Ce sont les Japonais qui profitent de notre poisson grâce aux concessions de pêche qui leur sont faites. Les pêcheurs espagnols ont créé la panique dans la corporation européenne après l’adhésion de leur pays à l’UE. Le président français Sarkozy vient de promettre à ses pêcheurs de «mettre à plat les quotas de pêche».
En toute chose, pour espérer réussir il faut savoir gérer, manager. Pour la pêche plus qu’autre chose. Car nous disent les spécialistes «gérer durablement les ressources marines est un art délicat. Cela suppose de définir précisément ce qu’un stock donné peut supporter de prélèvements. Il faut ainsi mettre en oeuvre une batterie complexe d’indicateurs (taille moyenne des populations, pyramide des âges, masse des reproducteurs...) nécessitant une importante activité scientifique de contrôle. La création de réserves de pêche, comme outil de gestion des stocks, exige par ailleurs un choix judicieux de localisation des limites géographiques et l’imposition de règles précises. Autant de défis...» C’est tellement difficile que la FAO a constaté que «de nombreux membres de la FAO connaissent des difficultés dans la mise en oeuvre générale du Code de conduite pour une pêche responsable». Le Code de conduite en question bannit la gestion centralisée des pêches et exige la participation de l’ensemble des parties prenantes. Vous l’avez compris, il s’agit principalement des pêcheurs. Qui a vu M.Mimoune prendre langue avec les pêcheurs?
Maintenant, si c’est pour faire admettre la nécessité de développer l’aquaculture et suivre ainsi le nombre croissant des barrages dans notre pays, notre ministre s’y prend mal. D’abord parce que la pêche et l’aquaculture peuvent être menées en parallèle.
La seule différence est que la pêche répond à nos habitudes alimentaires tandis que l’aquaculture nous permettrait d’aider l’Afrique subsaharienne comme l’a recommandé en 2005, le sommet du Nepad intitulé «Poisson pour tous». Sauf que la disponibilité et le coût des aliments d’élevage aquacole introduisent de nouvelles dépenses.
Comme ce qui arrive à la volaille en ce moment. Donc, une nouvelle enveloppe en devises pour l’importation des aliments du poisson d’élevage est en vue.
Sans parler des risques d’épidémie des élevages aux conséquences incalculables. C’est ce qui fait dire toujours à la FAO qu’«une vision stratégique claire du secteur des pêches fait défaut dans certains pays». Ne nous sentons surtout pas morveux!...

(zoume6@hotmail.com)

Zouhir MEBARKI


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