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SAHARA OCCIDENTAL
Histoire d’un conflit entretenu
10 Janvier 2008 - Page : 10 Lu 2154 fois
En décembre, le Polisario a brandi la menace d’une reprise de la guerre contre le Maroc si les négociations échouaient.
Un conflit oublié et entretenu: le Sahara occidental. Ce conflit qui dure depuis plus de trente ans est vécu par le peuple sahraoui dans sa chair. C’est un conflit tragique mais inaudible de la part des grandes puissances qui ont décidé de regarder ailleurs, donnant l’impression d’entretenir «cet état de guerre ni paix» mais avec la détresse au quotidien pour les concernés. Territoire à décoloniser, le Sahara occidental a fait l’objet d’un conflit de souveraineté qui a été traité par les Nations Unies, la Cour internationale de justice et l’Organisation de l’unité africaine. Ce territoire qui s’étend au sud du Maroc sur une superficie d’environ 280.000km², zone traditionnelle d’élevage et de contrebande, le Sahara occidental a vu son intérêt renouvelé par la découverte en 1969 du gisement de phosphate de Bou Craa, dans le Seguiet el-Hamra et par l’importance des bancs de pêche au large de la côte. C’est en 1884 que les Espagnols installent sur la côte des comptoirs tenus par des effectifs réduits. Le territoire colonisé par les Espagnols comporte trois zones distinctes: Au nord, l’enclave d’Ifni et la région marocaine de Tarfaya; au centre, le Seguiet El-Hamra, zone convoitée car elle recèle en son sous-sol les gisements de phosphate. Au sud, le Rio de Oro, bande désertique qui abrite la capitale Dakhla (jadis Villa Cisneros). Le Maroc revendique, en effet, la première zone, celle d’Ifni et de Tarfaya, considérée comme partie historique du royaume. A la suite de négociations bilatérales entre Madrid et Rabat, l’Espagne restitue au Maroc en avril 1958 la région de Tarfaya puis Ifni en janvier 1969. En 1969, Madrid fait un premier pas et concède une large autonomie aux deux territoires alors que l’Assemblée générale des Nations Unies invite l’Espagne par plusieurs résolutions à organiser un référendum d’autodétermination. L’Espagne décide en 1974 de procéder à un référendum. Aussitôt, le Maroc s’y oppose.
Problème complexe Le Maroc et le Front Polisario se disputent la souveraineté sur le Sahara Occidental depuis le départ, en 1975, de l’Espagne, l’ancienne puissance coloniale. Trente ans de conflit, 50 résolutions, plusieurs plans n’ont rien pu faire; le conflit trentenaire est toujours d’actualité. Ancienne colonie espagnole, le Sahara Occidental a été annexé par le Maroc en 1975. Le Front Polisario, a combattu pour l’indépendance du territoire jusqu’à la conclusion d’un cessez-le-feu en 1991. Dès 1976, les chefs d’Etats de l’OUA décident de créer une Commission de sages pour mettre sur pied une solution équitable au conflit. Au sommet de Monrovia en 1979, les chefs d’Etat africains proposent un cessez-le-feu et préconisent l’organisation d’un référendum en liaison avec les Nations Unies. Le Maroc ne s’incline pas et l’année suivante, au sommet de Freetown, il s’oppose à l’admission de la RASD au sein de l’OUA. En juin 1981, au sommet de Nairobi, Hassan II accepte le principe d’un scrutin d’autodétermination sous contrôle international. Mais à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OUA à Addis Abeba en février 1982, le secrétaire général de l’Organisation annonce l’admission de la RASD, conformément aux dispositions des statuts. Cette décision va paralyser l’OUA jusqu’en novembre 1984, date à laquelle le Maroc se retire de l’Organisation dont les moyens d’action pour résoudre le conflit seront dès lors limités. Dès le début du conflit, il était clair que sa résolution n’était pas simple. L’Espagne qui aurait pu régler le problème dans la foulée des décolonisations -que les trois pays frontaliers Algérie, Maurétanie, Maroc, du Rio de Oro avaient appuyé- durant des années 60, a tergiversé. L’agonie de Franco a amené à un flottement bien exploité par le roi du Maroc avec sa «Marche verte» comme nous allons le voir. En dehors de l’Espagne, la France par son soutien sans faille au Maroc, réitéré d’ailleurs par le président Sarkozy, n’est pas la seule. Les Etats-Unis ont joué un rôle important dans la facilitation de la «Marche verte». Jacob Mundy écrit à ce propos: «En octobre 1975, la Cour Internationale de Justice déclare -dans un avis consultatif requis par le Maroc- que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n’établissent l’existence d’aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara Occidental d’une part, le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien d’autre part.» Quelques heures plus tard, le roi Hassan II prétend le contraire. La Haye, déclare-t-il à ses sujets, a soutenu son intransigeance: 350.000 civils marocains vont pénétrer au Sahara espagnol en moujahidine pour le «récupérer» pour la mère patrie. S’en suit une intense agitation diplomatique. En Espagne, le cabinet est désorienté, Franco à l’agonie. Suite à l’annonce de la marche par Hassan II, le Conseil de sécurité demande au secrétaire général Kurt Waldheim de consulter les parties. La principale pierre d’achoppement réside dans le droit à l’autodétermination des habitants du Sahara Occidental. En 1974, l’Espagne avait promis qu’elle organiserait bientôt un plébiscite, ce qui avait amené Hassan II à saisir La Haye. Le 6 novembre, la marche démarre sans accroc, bien que le jour même une résolution du Conseil de sécurité «l’ait déplorée». Hassan II l’a emporté dans sa surenchère avec Madrid. Il rappelle ses marcheurs le 9 novembre, proclamant que la situation avait évolué mieux que prévu. En effet, le 14 novembre, des représentants du Maroc, de la Mauritanie et de l’Espagne annoncent qu’ils ont conclu un accord, qui met en place une administration tripartite jusqu’au départ formel de l’Espagne début 1976. L’autodétermination, déclarent-ils, se réalisera simplement par la consultation de la Jama’a, un organisme colonial constitué des notables sahraouis. Mais avant que cela n’ait lieu, la Jama’a se dissout, proclamant que le Polisario est le véritable représentant du peuple du Sahara Occidental. Près de la moitié de la population indigène se rallie au drapeau du Polisario en exil en Algérie, où elle vit encore aujourd’hui dans quatre camps de réfugiés près de Tindouf. L’autodétermination, refusée en 1975, est toujours sur le tapis, même si l’ONU annonce en 1991 qu’elle organiserait le vote dans quelques mois.(1) «Le roi Hassan II aussi bien que le président mauritanien, Ould Daddah, avaient considérablement sous-estimé les capacités du Polisario à mener une guerre de guérilla, mais aussi la fureur du président algérien Houari Boumediene. Deux aspects surtout de l’abandon du Sahara par l’Espagne avaient dérangé Boumediene: la carte de l’Afrique du Nord avait été redessinée sans le consentement de l’Algérie, et les puissances occidentales avaient oeuvré durant la crise contre les intérêts algériens. Champion des mouvements de libération nationale, Boumediene ne pouvait pas laisser passer cet affront. Le régime d’Ould Daddah succombe bientôt aux guérilleros sahraouis et le Maroc se retrouve presque totalement refoulé du Sahara, quatre ans après l’avoir reçu de l’Espagne. C’est l’aide des Saoudiens, des Français et des Américains qui a permis de renverser la tendance en faveur du roi Hassan, permettant au monarque de regagner une grande partie du territoire. La combinaison d’intérêts économiques et militaires au Sahara est l’une des principales raisons pour le Maroc de refuser un référendum. Bien que l’ONU soit redevable d’un vote aux Sahraouis, aucun membre du Conseil de sécurité n’a actuellement la volonté d’obliger le Maroc de permettre un tel plébiscite. La France et les USA sont plutôt en faveur d’un référendum qui ratifierait un accord d’autonomie favorable au Maroc».(1) «Le rôle du gouvernement des USA lors de la crise d’octobre-novembre 1975 a été le sujet de beaucoup de spéculations. Ces accusations de complicité n’étaient pas totalement infondées. Trois ans après la crise, le Parlement espagnol a enquêté sur l’affaire. Il y a les écrits de Vernon Walter Il y a ensuite les mémoires de Daniel Patrick Moynihan, représentant des USA à l’ONU pendant la crise de 1975. Dans un passage souvent cité, Moynihan a comparé les histoires parallèles de Timor Leste et du Sahara Occidental: "La Chine a soutenu le Fretilin au Timor, et a perdu. Au Sahara espagnol, la Russie a tout aussi clairement appuyé l’Algérie et son mouvement, connu sous le nom de Polisario, et a perdu. Dans les deux cas, les Etats-Unis désiraient une évolution telle qu’elle a eu lieu et ont travaillé dans ce sens. Le Département d’Etat a souhaité que les Nations unies prouvent leur inefficacité quoi qu’elles entreprennent. C’était mon travail et je l’ai effectué, non sans succès".»(1) «Kissinger a rapidement envoyé une lettre à Hassan II, lui demandant de patienter [pour la Marche verte]. Le lendemain de la publication de l’avis de la CIJ et de l’annonce de la Marche verte, Kissinger a informé dans le bureau ovale le président Ford et le conseiller à la sécurité nationale, le lieutenant-général Brent Scowcroft: Pour Kissinger, le Maroc menace d’entreprendre une marche monstre sur le Sahara espagnol. La CIJ a donné une opinion qui attribue la souveraineté au Maroc et à la Mauritanie. C’est fondamentalement ce que Hassan voulait. L’Espagne penche pour l’indépendance. C’est ce que l’Algérie voudrait aussi. Je parlerai à l’ambassadeur marocain aujourd’hui. Rencontrant Hassan lors d’un voyage pré-programmé pour discuter du conflit israélo-arabe, le vice-secrétaire d’Etat, Alfred Atherton, a rapporté le 22 octobre que le Maroc et l’Espagne avaient conclu un accord permettant la marche tout en sauvant la face. Ils utiliseraient par la suite l’ONU pour légitimer l’occupation marocaine au moyen d’un plébiscite contrôlé, permettant ainsi à l’Espagne de se retirer avec élégance.»(1) Même Kurt Waldheim était au courant. Parlant avec Moynihan le 29 octobre, Waldheim a indiqué qu’il avait proposé une solution basée sur «le précédent de l’Iran occidental.» Waldheim avait admis qu’il serait difficile de trouver une «formule pour consulter la population», acceptable par Hassan, mais comme le signalait à ce moment-là un rapport de la CIA, «le secrétaire général avait pensé auparavant que le Maroc approuverait sa proposition, à condition que l’administration onusienne soit ‘’manipulée’’, de sorte que le territoire retourne bientôt à Rabat et à Nouakchott.» Le matin du 3 novembre Ford, Scowcroft et Kissinger se réunissaient dans le bureau ovale où on discuta, entre autres, de l’imminente Marche verte. Kissinger:...A propos du Sahara espagnol, la pression algérienne a fait renoncer les Espagnols. L’Algérie veut un port et il y a de riches gisements de phosphate. Les Algériens nous ont menacés avec leur position au Moyen-Orient.(1) Le 5 novembre, la veille de la marche, tôt le matin, Kissinger et ses collaborateurs discutent de la crise lors d’une réunion. Atherton commence en récapitulant les dernières activités diplomatiques et fait allusion à une proposition espagnole. Il est interrompu avant de révéler le contenu de la «suggestion raisonnable». Kissinger l’arrête pour dire, «renvoie-le [le Sahara] à l’ONU avec la garantie qu’il reviendra au Maroc». Le vice-secrétaire d’Etat pour les affaires européennes, Arthur Hartman, propose alors «d’escorter» certains des marcheurs à travers la frontière, mais Atherton le coupe pour donner ces instructions: «Laissez les marcheurs entrer sur dix kilomètres et laissez un groupe aller jusqu’au bout [Al-Ayun], et après ça, faire demi-tour et rentrer. C’est ce qui a été transmis à Hassan.» Malheureusement pour Kissinger, l’ONU n’a pas été capable d’organiser un vote «truqué» durant l’administration tripartite transitoire, qui a vu la moitié de la population indigène fuir vers le désert avant le retrait de l’Espagne en février 1976. La sanction des urnes étant refusée, le Polisario a essayé de réaliser l’autodétermination par le fusil.(1) Nous nous retrouverons présentement avec une quarantaine de résolutions qui dans leur grande majorité prônent l’autodétermination avec des nuances diverses. Le plan Baker accepté par le Maroc au départ aurait pu constituer une résolution élégante du conflit. Il n’en fut rien. Le Front Polisario et le Maroc divergent sur la façon de compter les habitants du Sahara Occidental qui, en trente ans, a vu l’arrivée de milliers de colons marocains autorisés à être comptabilisés dans les listes. Le Maroc a fait un pas important en se déclarant prêt à accorder une large autonomie. Aujourd’hui, le Front Polisario réclame un référendum d’autodétermination, sous l’égide de l’ONU, qui laisserait aux électeurs sahraouis le choix entre trois options: le rattachement au Maroc, l’indépendance ou l’autonomie sous souveraineté marocaine. Le Maroc s’en tient à sa proposition d’une autonomie sous souveraineté marocaine, seule voie possible selon lui vers une «paix des braves».
Et si demain... Le Maroc et le Front Polisario se sont donc retrouvés ce lundi 7 janvier pour une nouvelle fois à Manhasset, dans la banlieue de New York, pour un troisième round de négociations sur le Sahara sous les auspices des Nations Unies. Le ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, Taïeb Fassi-Fihri, a souligné que lors des négociations, le Maroc va réitérer sa proposition d’une large autonomie pour le Sahara Occidental avec un gouvernement et un Parlement locaux. «Cette solution politique consensuelle devrait mettre fin au conflit du Sahara et conduire à l’intégration du Maghreb arabe.» Le Front Polisario a rejeté la proposition marocaine, soutenant le droit du peuple sahraoui à l’indépendance. En décembre, le Polisario a brandi la menace d’une reprise de la guerre contre le Maroc si les négociations échouaient. Rappelons que deux premières sessions de négociations Maroc-Polisario s’étaient tenues en juin et en août, également à Manhasset, sans permettre d’avancer. «Nous espérons que, cette fois, le Maroc va coopérer à la pleine mise en oeuvre» des résolutions du Conseil de sécurité sur le Sahara Occidental et «s’engagera dans des négociations substantielles», a déclaré vendredi 4 janvier à l’AFP le représentant du Polisario à l’ONU, Ahmed Bujari. La situation ne semble pas évoluer. Imaginons pour terminer que ce conflit se résolve. Imaginons un Ensemble, un Maghreb uni avec plus de plus de 6 millions de km², qui s’étend sur trois fuseaux horaires, une population jeune de près de 80 millions d’habitants et qui sera de 120 millions dans vingt ans. Une unité linguistique, religieuse et historique. Des ressources minières en abondance (fer, phosphate), des ressources énergétiques fossiles (gaz, pétrole) et renouvelables (solaire, éolien). Une unité économique, culturelle, universitaire. N’est-ce pas le meilleur cadeau que pourraient nous faire nos dirigeants pour arriver graduellement à un effacement des frontières. On pourrait alors traverser toute l’Afrique du Nord sans visa et surtout unis, nous aurions une chance de survivre face aux grands ensembles qui s’agrègent pour résister à cette mondialisation-laminoir, et aussi donner de l’espoir à cette jeunesse qui sera là pour nous juger pour n’avoir pas été fascinées plus par l’avenir que par des conflits qui n’ont plus cours dans ce XXIe siècle de tous les dangers.
* Ecole nationale polytechnique * Ecole d´ingénieurs de Toulouse
1.Jacob Mundy: Comment les USA et le Maroc se sont emparés du Sahara espagnol. «How the US and Morocco seized the Spanish Sahara», Monde diplomatique, janvier 2006.
Pr Chems Eddine CHITOUR

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