| |
LA CRISE ENFLE EN AMÉRIQUE LATINE
Quito rompt ses relations avec Bogota
05 Mars 2008 - Page : 12 Lu 354 fois
L’opération menée par l’armée colombienne en Equateur, qui s’est soldée par la mort du numéro2 des Farc, a induit une grave crise entre Quito, Caracas et Bogota.
La crise en Amérique latine a gravi un nouvel échelon lundi avec la rupture des relations diplomatiques entre la Colombie et l’Equateur et l’expulsion de l’ambassadeur colombien au Venezuela, à la suite d’un raid contre la guérilla des Farc. Le ministère colombien des Affaires étrangères a été informé de la décision du président équatorien Rafael Correa de rompre les relations diplomatiques, face à «la succession de faits et d’imputations inamicales». Bogota a, notamment promis d’envoyer à l’ONU et à l’Organisation des Etats américains (OEA) des preuves sur les liens unissant les Farc à M.Correa et son allié, le président vénézuélien Hugo Chavez, après l’attaque menée contre la guérilla en territoire équatorien. Le directeur de la police colombienne, le général Oscar Naranjo, a déclaré que M.Chavez avait apporté «un financement de 300 millions de dollars» aux rebelles colombiens, en se basant sur des données retirées de l’ordinateur de Raul Reyes, le numéro2 des Farc abattu lors du raid militaire. Le responsable policier a aussi affirmé que la guérilla avait acquis 50 kilos d’uranium, ce qui démontre que l’organisation aspirait au «terrorisme international». Un des documents révèle aussi que M.Reyes considérait comme un «point noir» la pression internationale pour libérer l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, qui fait partie du groupe de 39 prisonniers que la guérilla veut échanger contre 500 rebelles détenus. Le gouvernement équatorien a rejeté dans son courrier officiel «les accusations colombiennes qui s’ajoutent, avec cynisme, à l’attitude hostile, manifestée par la récente violation de sa souveraineté». De son côté, le Venezuela, qui avait fermé son ambassade à Bogota, a annoncé l’expulsion de l’ambassadeur de Colombie à Caracas, ainsi que l’ensemble du personnel diplomatique, au nom de «la défense de la souveraineté de la patrie du peuple». Selon l’ambassadeur de Quito à Caracas, M.Correa devra se rendre au Venezuela aujourd’hui pour y rencontrer M.Chavez. Après l’élimination du numéro2 des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), les deux dirigeants ont décidé de renforcer leurs troupes à la frontière, faisant peser la menace d’un affrontement. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s’est déclaré «préoccupé par la montée des tensions» et appelé à la retenue. Un appel relayé par le Brésil, l’Argentine et le Chili. Le Conseil permanent de l’OEA se réunissait, hier, à Washington pour évoquer la crise. Les Etats-Unis ont apporté leur soutien à Bogota «dans son combat contre les organisations terroristes», tandis que le président cubain Raul Castro a exprimé, dimanche par téléphone, sa solidarité au président équatorien. Le ministre colombien de la Défense Juan Manuel Santos a exclu de répondre à l’escalade militaire. «Nous avons la capacité de mobiliser nos troupes, mais nous ne voyons aucune nécessité de le faire», a-t-il déclaré. Un haut responsable du ministère colombien de la Défense a révélé lundi à l’AFP que le raid contre les Farc avait été déclenché à la suite d’une information des renseignements américains. «Les Etats-Unis ont fourni (...) l’identification du téléphone satellitaire» de M.Reyes, permettant à l’armée colombienne de le localiser, a-t-il indiqué. Les soldats équatoriens patrouillant à la frontière ont été placées «en état d’alerte maximum», ont déclaré des responsables du ministère de la Défense, tout en admettant que le dispositif de 11.000 soldats n’avait pas été renforcé. M.Chavez, qui mène une médiation auprès des Farc sans l’accord de Bogota, avait aussi annoncé l’envoi de dix bataillons à la frontière, après avoir traité son homologue colombien Alvaro Uribe de «criminel». Toutefois, aucun mouvement de troupes vénézuéliennes n’a été signalé hier.
R.I

|
|