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EUROPE-IRAN
Première victoire diplomatique de l’Iran?
02 Février 2008 - Page : 12 Lu 1128 fois
«L’Iran a droit au nucléaire civil, mais un climat de confiance est nécessaire», selon Mme Ferrero-Waldner.
Que s’est-il passé dans les arcanes de la diplomatie internationale entre la fin du mois de décembre dernier et la fin de ce mois de janvier pour que l’Union européenne adoucisse le ton envers l’Iran sur la question de son programme nucléaire? En l’espace d’un mois, l’UE est passée d’une attitude à la limite de la menace envers l’Iran, à un discours conciliant, plus pragmatique et réaliste? «L’Iran est un géant du Moyen-Orient, important sur le plan stratégique» a déclaré, mercredi dernier, M.Javier Solana, le Haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité commune (Pesc) de l’UE, devant les députés du Parlement européen (PE) réunis en plénière à Bruxelles. Si M.Solana a rappelé que «le développement du nucléaire dans cette région serait un facteur d’instabilité dans la région et serait contraire au principe de non-prolifération», il a reconnu qu’une confrontation avec l’Iran n’est pas la bonne voie. «Nous avons beaucoup d’intérêts communs, de projets communs, notamment dans le secteur énergétique...l’UE souhaiterait normaliser ses relations avec l’Iran, car nous avons tout à gagner» a-t-il déclaré. Et c’est avec la même prudence que la Commissaire européenne aux relations extérieures, Mme Benita Ferrero-Waldner, a abordé la question et a estimé que «l’Iran a le droit au nucléaire civil, mais un climat de confiance est nécessaire». Plus optimiste que certains députés, elle s’est déclarée satisfaite et confiante sur les résultats issus des pourparlers de la délégation du PE. qui s’est rendue dernièrement en Iran. Elle a ajouté: «Les contacts personnels permettent de surmonter les préjugés et les stéréotypes entre deux anciennes civilisations qui ont beaucoup à s’apporter.» Cette nouvelle attitude de l’UE vis-à-vis de l’Iran contraste fortement, du moins dans le discours, avec les conclusions du dernier Conseil européen du 14 décembre 2007. Les chefs d’Etat et de gouvernement avaient adopté des positions plus fermes, s’alignant ainsi sur celles des USA. «Le Conseil déplore que l’Iran ne se soit toujours pas acquitté des obligations internationales qui lui incombent de suspendre toutes ses activités liées à l’enrichissement et toutes ses activités de retraitement, afin de rétablir la confiance dans le caractère exclusivement pacifique de son programme nucléaire» avait-il conclu, avant d’ajouter dans sa résolution finale que: «La réflexion s’est engagée sur les mesures complémentaires -les sanctions- qui pourraient être prises». Ainsi, en l’espace d’un mois, le «ton» a changé avec l’Iran. En revanche, l’UE met en avant un autre angle d’approche de ses relations avec l’Iran: les droits de l’homme. «La société iranienne est pleine de talents, le nombre de femmes universitaires diplômées est élevé», a affirmé M.Javier Solana, et d’ajouter: «Il existe des éléments de démocratie, mais le processus électoral laisse à désirer.» C’est le même discours chez Mme Benita Ferrero-Waldner: «L’amélioration de la situation en matière de droits de l’homme est nécessaire pour le bon développement de la coopération avec l’Iran», a-t-elle déclaré, tout en dénonçant «l’augmentation du nombre d’exécutions capitales l’an dernier». On l’aura compris, l’UE souhaite appuyer la société civile iranienne pour contrer le régime politique fermé des mollahs iraniens. Dans la salle du PE, si les députés n’ont pas ménagé le régime iranien sur ses atteintes aux droits de l’homme, il y avait ceux qui persistent pour des sanctions plus dures, comme le nationaliste polonais, Konrad Szymanski qui a déclaré qu’il «faut continuer à faire pression sur l’Iran et ne pas exclure l’option militaire», et ceux, plus réalistes, qui ont dénoncé le double langage envers l’Iran, voire les positions «hypocrites» de certains Etats européens. C’est le cas de la Française, Mme Marie- Anne Isler, députée du groupe des Verts qui s’est dite «contre le nucléaire, tout court» et de dénoncer les contrats de la France avec la Libye, la Chine et la Géorgie. Et de s’interroger: «La France ne joue-t-elle pas avec l’instabilité?» Devant ce changement de discours de l’UE, d’aucuns des journalistes et observateurs, présents dans la salle, ont conclu à une «victoire diplomatique de l’Iran». Peut-être que c’est aller vite en besogne, mais les jours à venir, et notamment la réunion prochaine du Conseil de sécurité de l’ONU sur la question, nous édifieront sur cette nouvelle donne de la stratégie européenne dans cette région de l’Asie mineure.
De notre bureau de Bruxelles, M’hammedi BOUZINA

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